Le financement humanitaire de la RDC reste largement insuffisant alors que près de 100.000 personnes sont mortes de négligence e

15 mai 2006

Les pays riches négligent la crise humanitaire en République Démocratique du Congo, a mis en garde aujourd’hui l’agence humanitaire Oxfam International. Depuis l’appel lancé le 13 février dernier, les pays donateurs n’ont engagé que 94 millions de dollars (14%) des 682 millions nécessaires au Plan d’Action Humanitaire (PAH) développé par l’ONU, la Croix-Rouge et les agences. Durant cette période de trois mois, on estime que 100.000 personnes sont mortes de causes liées au conflit.

Cette mise en garde s’élève alors qu’approchent les premières élections multipartites du pays depuis 40 ans, qui doivent avoir lieu le 30 juillet.

Oxfam pense que les pays riches doivent apporter leur juste contribution à l’appel, mais pour l’instant aucun des principaux pays donateurs n’a suffisamment contribué :

  • Les USA et le Japon ont pris des engagements financiers dérisoires par rapport à la taille de leurs économies
  • La France et l’Allemagne n’ont pris que de petits engagements
  • L’Italie n’a rien promis

La responsable d’Oxfam pour la RDC, Juliette Prodhan:

“Les pays donateurs ont investi à juste titre plus de 450 millions de dollars pour soutenir les élections, mais le vote seul ne peut résoudre les problèmes en RDC. Une importante assistance humanitaire est urgente si l’on veut sauver des vies. Quand 1200 personnes meurent chaque jour des causes directes et indirectes du conflit, les gouvernements des pays riches sont dans l’obligation morale d’agir. A leur plus grande honte, l’Italie, l’Allemagne et la France n’ont pris aucun ou presque aucun engagement financier en réponse à l’appel de l’ONU, tandis que la contribution de pays comme les USA ou le Japon est ridicule en regard de la taille de leurs économies.”

Oxfam s’adresse aussi à ces pays qui donnent traditionnellement plus que leur juste contribution afin que les fonds soient rapidement réunis. Des pays comme la Finlande, la Suède et le Canada donnent généralement l’exemple, mais leur réponse au récent appel est décevante. Les pays donateurs qui n’ont rien donné pour la RDC dans le passé, comme la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Espagne, doivent aussi contribuer si l’on veut répondre aux besoins nécessaires.

En outre, Oxfam en appelle aux pays qui ont pris des engagements financiers pour qu’ils débloquent les fonds aussi vite que possible, afin que les projets puissent être mis en œuvre.

La République Démocratique du Congo reste une région dévastée et oubliée par le monde, 3,9 millions de ses habitants sont mortes du conflit durant les 8 dernières années. Le PAH a à peine obtenu 9,40 dollars par personne dans le besoin pour l’année à venir, contre 550 dollars par personne obtenus lors de l’appel d’urgence de l’ONU suite au tsunami en 2005.

Oxfam a été témoin de déplacements de population massifs et répétés dans les zones où nous travaillons, notamment dans les régions d’Ituri et du Kivu. Dans de vastes zones de l’Est du pays, la dangerosité de la situation entrave l’accès humanitaire et rend difficile l’aide d’urgence pourtant nécessaire. En conséquence, les communautés avec lesquelles nous travaillons ne peuvent plus recevoir les soins de santé essentiels.

“La dure réalité est que les besoins humanitaires en RDC reçoivent un soixantième de ce qui a été versé pour alléger les souffrances après le tsunami de 2004. Chaque centime donné au tsunami était justifié, compte-tenu de l’ampleur du désastre, mais cela montre combien la RDC est négligée”, ajoute Prodhan.

26 millions supplémentaires ont été engagés dans des projets humanitaires hors du cadre du PAH, selon les chiffres du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Ce genre de financement hors-appel et bilatéral est important, mais Oxfam estime que les pays donateurs devraient se concentrer sur le soutien au PAH, qui est basé sur une évaluation précise des besoins et sur la coordination de projets entre des acteurs plus nombreux.