Droits de l’Homme : Oxfam inflige une carte rouge à Adidas

Publié le : 7 juillet 2006

Le géant du sport Adidas devrait défendre les droits humains. Et tenir sa promesse d’appuyer la réintégration des leaders syndicaux, licenciés de l’usine qui fabrique les chaussures portées par Zinedine Zidane, Alessandro del Pierro ou David Beckham pendant la Coupe du Monde.

“Adidas est le sponsor officiel de deux brillantes équipes de la Coupe du Monde : l’Allemagne, pays organisateur et demi-finaliste ; et la France, finaliste de l’épreuve. Mais hors du terrain, la multinationale mérite un carton rouge pour le non-respect des droits de ses ouvriers”, note Kelly Dent, d’Oxfam International.

Licenciements illégaux

En octobre 2005, 33 leaders syndicaux ont été licenciés de l’entreprise indonésienne Panarub, où sont produites les chaussures Adidas “Predator” et “F50.6 Tunit”. Le “crime” des syndicalistes : avoir mené une grève d’un jour afin d’obtenir une augmentation de salaire liée à l’inflation.

Fin mai 2006, ce licenciement a été jugé illégal par la Commission indonésienne des droits de l’Homme, qui a dénoncé à cette occasion la violation des droits des ouvriers de l’usine. Dans une lettre adressée à Oxfam et datée du 15 juin, Adidas déclare se rallier au jugement de la Commission, et annonce qu’il insistera auprès de son fournisseur pour que les syndicalistes soient réintégrés.

Mais la semaine passée, Adidas est revenu sur sa déclaration. Et souhaite aujourd’hui savoir si l’avis de la Commission est légalement contraignant. La multinationale renvoie les travailleurs à la Cour Suprême indonésienne, s’ils veulent plaider leur cause.

“Nous luttons pour ce que nous pensons être juste. Nous refusons de perdre espoir. Avec l’aide d’Oxfam, nous menons campagne pour récupérer notre emploi” déclare Muhammad Ali, un syndicaliste licencié.

Un code de conduite de façade?

“Le code de conduite d’Adidas est censé assurer le respect des droits humains par ses fournisseurs”, explique Kelly Dent. “Mais au lieu d’appliquer son propre code, Adidas laisse les syndicalistes se battre devant la Cour Suprême pendant des mois, voire des années. Si le code de conduite d’Adidas a le moindre sens, alors la compagnie devrait immédiatement exiger de son fournisseur qu’il réintègre les leaders syndicaux”.

En attendant, on craint que l’usine de Panarub ne licencie encore davantage de travailleurs : sous prétexte de non respect des exigences en matière de livraison et de qualité, Adidas a revu ses commandes à la baisse pour cette usine. Oxfam International déplore que les pratiques d’achat des grandes compagnies de sport n’incitent pas les entreprises à respecter les standards les plus basiques en matière de droits humains.

En mai 2006, Oxfam International a publié un rapport, “Offside! Labour Rights and Sportswear Production in Asia”. Ce rapport démontre que la plupart des ouvriers (principalement des ouvrières d’ailleurs) travaillant pour les grandes marques de sport ont été virés ou menacés de violences lorsqu’ils ont voulu mettre en place des organisations syndicales, nécessaires à l’obtention de meilleurs salaires.

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