Les agriculteurs africains écrasés par les subventions et les privatisations.

Publié le : 15 Mars 2007

A la veille d'une conférence de haut niveau à l’OMC sur les aspects du coton liés au développement, l’agence internationale Oxfam a averti que les producteurs de coton d’Afrique de l’ouest sont confrontés non seulement à la baisse des cours mais aussi aux programmes de privatisation préconisés par les donateurs comme la Banque mondiale.

Dans un nouveau rapport publié aujourd'hui, intitulé « Comment les agriculteurs sont exclus du marché du coton : Le coût des réformes de la Banque mondiale au Mali » » Oxfam analyse la façon dont le processus de privatisation du secteur coton au Mali, y compris l'adoption d'un nouveau mécanisme de fixation des prix, a pu laisser les agriculteurs dans une situation encore plus précaire. La situation au Mali est un exemple de la façon dont le fardeau des faibles prix du coton est supporté par les producteurs africains alors que leurs homologues des pays riches sont protégés, selon Oxfam.

« Les trois millions de producteur de coton du Mali ont été écrasés par le coton américain subventionné et ils doivent maintenant s'inquiéter des politiques de privatisation de la Banque mondiale » a déclaré Céline Charveriat, responsable de la campagne Make Trade Fair d’Oxfam.

« Au lieu d'améliorer les moyens de subsistance des producteurs de coton, le nouveau mécanisme de fixation des prix envisagé pourrait déstabiliser des millions d’agriculteurs dont le coton est la seule source de revenu, et accroître le taux de pauvreté de cinq pour cent »

Avec plus de deux-tiers de sa population subsistant avec moins d'un dollar par jour - la plupart vivant dans les zones rurales - le Mali est un des pays les plus pauvres du monde.  Il est également le deuxième plus grand producteur de coton en Afrique subsaharienne après le Burkina Faso.

Alors que l'impact des prix bas et volatiles est maintenant partagé à un certain degré par les différentes parties prenantes au secteur malien du coton, le nouveau mécanisme de fixation des prix va réellement accroître la pression sur les agriculteurs. « Transférer les risques d'un marché mondial hautement volatile vers le bas de la chaîne ne fait qu’aggraver la pauvreté » poursuit Charveriat.

Un nouveau mécanisme, comme un fonds de stabilisation des prix pourrait aider les agriculteurs et les autres acteurs de la filière à mieux gérer le risque prix inhérent à la production de matières premières destinées à l'exportation. Cela permettrait d’améliorer la sécurité alimentaire, le développement rural, la santé et l'éducation.

Oxfam invite la communauté des donateurs, en particulier la Banque mondiale et le FMI, à mettre sur pied un fonds de soutien pour mieux protéger les agriculteurs, et à s'assurer que le risque soit partagé entre les différents acteurs. Un tel fonds, agissant comme mécanisme de stabilisation des prix, peut être une réussite et aider les producteurs à mieux gérer les risques, s’il est bien élaboré, et géré par les producteurs eux-mêmes, comme le démontre l’exemple du Burkina Faso.

En cas de plusieurs années de prix bas, le prix payé aux producteurs et le fonds s'ajusteront en conséquence, contraignant les producteurs de coton à ne pas ignorer les signaux du marché. Les cultivateurs de coton en Afrique n’ont pas encore bénéficié des négociations commerciales internationales à l'OMC et subissent encore les conséquences des subventions et du dumping américains.

De nouvelles analyses de l'économiste Daniel Sumner, de l’Université Davis de Californie citées dans la soumission brésilienne au Groupe spécial de la mise en conformité démontrent le lien entre les subventions américaines et la surproduction de coton. Entre 2000 et 2005, selon Sumner, les producteurs de coton américains  auraient perdu 663 dollars par are cultivé, soit près de 10 milliards de dollars au total, s'ils n'avaient pas bénéficié des paiements anti-cycliques et des prêts à la commercialisation. Au lieu de pertes, les producteurs de coton américains ont engrangé un bénéfice moyen de 127 dollars par are, soit 1.44 milliards de dollars au total. « Si les producteurs de coton aux E.U. devaient vendre leur production sur le marché, ils auraient réduit la production plutôt que d’accumuler des pertes collectives de plus de 12 milliards de dollars» a déclaré Charveriat.

« La réforme de la Farm Bill américaine offre la possibilité de réduire le dumping à l'exportation, qui est si préjudiciable aux agriculteurs dans les pays en développement, mais il appartient au Congrès des Etats-Unis d’en décider ». En toile de fonds, il est également crucial que les questions d’importance pour les pays en développement, comme le coton, ne soient pas mis à l'écart dans les négociations actuellement en cours à l’OMC. Un accord qui définirait des règles qui ne tiennent pas compte des besoins des pays en développement, et qui, au contraire, consoliderait et aggraverait les inégalités à la fois entre et au sein même des pays, serait une occasion manquée, au regard des grandes promesses faites il y a 5 ans.

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