Climat : le G8 doit réduire ses émissions et augmenter son aide

Publié le : 29 Mai 2007

Les pays du G8 doivent agir pour maintenir le réchauffement global en dessous de la barre des 2 degrés. Ils doivent aussi soutenir financièrement les pays pauvres afin qu’ils puissent faire face aux conséquences du phénomène.

Selon un nouveau rapport d’Oxfam, les pays du G8 doivent fournir 80% des 50 milliards de dollars annuels nécessaires à l’adaptation des pays en développement aux changement climatiques.

Les obligations du G8

Les changements climatiques affectent déjà profondément les populations les plus pauvres du monde. Ces dernières sont à la fois les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre et les moins à même de s’adapter.

"On ne peut attendre des pays en développement qu’ils assument seuls les conséquences des émissions des pays riches", note Brigitte Gloire, spécialiste d’Oxfam-Solidarité (Oxfam International en Belgique) sur les questions de développement durable. "Alors qu’ils se préparent à se rencontrer au sommet du G8 en Allemagne, les pays du G8 font face à deux obligations. La première est de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin que le réchauffement global ne dépasse pas la barre fatidique des 2 degrés. La seconde est de payer leur part des 50 milliards annuels requis pour les fonds d’adaptation afin d’aider les pays pauvres à faire face à la situation."

Ces 50 milliards annuels ne sont qu’une estimation. Ce montant augmentera fortement si les émissions ne sont pas réduites de façon drastique. Les pays du G8 doivent prendre exemple sur les Pays-Bas et fournir une aide supérieure aux 0,7% du Revenu National Brut (niveau adopté par les Nations unies).

Une question de justice

Le rapport  "L’adaptation au changement climatique" met en lumière l’apport financier que chaque pays doit fournir en matière d’adaptation. Le rapport classe les pays sur base de leur responsabilité en matière d’émissions de carbone de 1992 (date à laquelle presque tous les pays du monde se sont engagés à combattre les changements climatiques) à 2003. Le calcul prend aussi en compte la capacité de payer, basée sur la position des pays en matière d’indice de développement humain. Sur cette base :

  • Les Etats-Unis doivent couvrir près de 44% des coûts d’adaptation des pays en développement
  • Le Japon, presque 13%
  • L’Allemagne, plus de 7%
  • Le Royaume-Uni, plus de 5%]
  • L’Italie, la France et le Canada, 4 à 5% chacun
  • L’Espagne, l’Australie et la Corée du Sud, 3% chacun.

"Que les pays riches paient pour les dégâts causés aux moins responsables du problème est une question de justice", déclare Brigitte Gloire. "Ceci est également crucial afin d’établir une confiance entre les Etats, élément essentiel au succès de tout accord mondial de lutte contre les changements climatiques".

Oxfam travaille dans plus de 100 pays avec des communautés pauvres qui sont en première ligne face aux changements climatiques. Nous rappelons que les fonds d’adaptation ne peuvent être détournés de l’aide actuelle déjà requise pour parvenir à réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement. "Il ne s’agit pas d’aide. Il s’agit, pour les plus gros et les plus riches pollueurs, de prendre en charge les coûts imposés aux plus vulnérables. Une responsabilité tout à fait distincte et additionnelle", précise Brigitte Gloire.

Constats de première ligne

Le personnel et les partenaires d’Oxfam sont en première ligne pour constater les effets des changements climatiques sur les populations pauvres, et en particulier sur les agriculteurs. Nos constatations reflètent parfaitement le consensus établi par les scientifiques du monde entier. Le Groupe d’Expert Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) a souligné que l’Afrique sera le continent le plus durement touché par le réchauffement climatique. On y prévoit une diminution de la production agricole, et pas moins de 250 millions de personnes feront probablement face à un manque d’eau d’ici 2020. On prévoit également davantage d’inondations en Asie, particulièrement dans la région des deltas où vivent près d’un milliard de personnes.

"Des deltas du Bangladesh aux zones arides du nord du Kenya en passant par les Andes péruviennes, nous constatons les effets du climat sur la vie des populations et sur leur capacité à gérer les ressources naturelles. Oxfam et d’autres ONG font face à un énorme défi à long terme dans leur soutien aux communautés", rappelle Brigitte Gloire.

Pas d’excuse pour les pays riches

Les coûts d’adaptation sont difficiles à estimer. L’ampleur des dégâts est encore incertaine et dépendra de la rapidité à laquelle les émissions de gaz à effet de serre seront réduites. Le rapport d’Oxfam souligne que ceci ne constitue en rien une excuse pour les pays riches, qui ne se sont engagés que pour 182 millions de dollars jusqu’à présent, soit une "fraction d’une fraction" du montant requis. Qui plus est, ce petit montant est lui-même détourné des budgets d’aide au développement. "Les pays riches font d’énormes investissements chez eux pour s’adapter aux changements climatiques, car ils connaissent l’ampleur du problème qui s’annonce. Mais ces mêmes pays calent lorsqu’il s’agit de fournir de l’argent aux pays les plus pauvres afin qu’eux aussi puissent s’adapter", déplore Brigitte Gloire.

Le rapport note que des solutions plus innovantes seront nécessaires à mettre en oeuvre pour récolter suffisamment de fonds : instaurer des taxes sur le carbone et le transport aérien, améliorer les mécanismes de commerce du carbone, cesser les subsides aux énergies fossiles...

Les donateurs des pays riches se rencontrent fin juin à Washington DC. Comme tous les deux ans, ils s’y engageront vis-à-vis des fonds à répartir dans deux fonds spéciaux d’adaptation. Jusqu’à présent, ils n’ont fourni que 48 millions de dollars pour l’ensemble des 49 pays les moins avancés (PMA). La somme requise pour les projets d’adaptation les plus urgents des PMA oscille entre 1 et 2 milliards de dollars. 

Contacts

Matt Grainger +44 1865 339128 or matt.grainger@oxfaminternational.org