Control Arms: Lettre ouverte d'Ellen Johnson-Sirleaf (Présidente du Libéria)

Ellen Johnson-Sirleaf est la première femme élue présidente d'un à‰tat africain. Elle est une ardente militante pour la paix au Libéria et contre les conflits armés en Afrique.

Mon pays, le Libéria, a des armoiries qui commémorent un événement extraordinaire dans l'histoire du monde. On y voit le soleil se lever derrière un navire du 19e siècle qui ramène d'Amérique des Africains libérés de l'esclavage, pour qu'ils se bâtissent une nouvelle vie sur la côte Ouest africaine. Ce voyage était l'aboutissement d'un mouvement mondial de gens justes et bons qui ont reconnu le mal terrible infligé aux gens d'Afrique. Ces personnes ont travaillé ensemble pour y mettre fin et le Libéria, pays de liberté, est devenu la première république indépendante d'Afrique.  

Aujourd'hui, 160 ans plus tard, je demande à  la communauté internationale de se remémorer cet ancien accord collectif et de s'unir pour redresser une nouvelle injustice, et libérer mon peuple et ceux de nombreux autres pays du fléau du commerce incontrôlé des armes. Nous, au Libéria, travaillons avec ardeur depuis la fin de nos 14 années de guerre civile en 2003, pour débarrasser le pays des armes qui ont servi à  tuer quelque 250 000 Libériens ”“ près de 8 % de la population. Les gangs en possession de ces armes ont violés et agressés nos filles et parfois nos garà§ons, et détruit des communautés entières.  Nous savions que nous ne pourrions reconstruire notre société sans mettre fin à  cette violence, et sans désarmer les groupes. En 2004, plus de 100 000 anciens combattants ont été démobilisés et désarmés. Près de 28 000 armes et 8 000 000 de munitions ont ainsi pu être détruites.Mais tous nos efforts seront réduits à  néant si le commerce international des armes reste incontrôlé et si les armes restent toujours si faciles d'accès et en grand nombre, à  cause de la recherche de profits de groupes ou d'individus sans scrupules.  Cette réalité me hante quand je fais le bilan de toutes les réalisations accomplies au cours des 14 mois qui se sont écoulés depuis mon accession à  la présidence du Libéria. Nous avons commencé à  réparer des routes et des ponts. Des dizaines de milliers de personnes déplacées ont été réinstallées et munies d'outils et de semences. Des dizaines de cliniques de santé ont été remises en état. Grâce à  la mise en place d'un ensemble de mesures d'efficience et anticorruption, nous prévoyons une augmentation de 50 % des recettes gouvernementales cette année. Nous consacrons beaucoup d'efforts à  l'élaboration de notre plan de réforme juridique et judiciaire. Notre commission de la réconciliation et de la vérité, formée pour enquêter sur la guerre et en panser les blessures, est désormais en place.

Rappelons-nous que durant les guerres au Libéria et en Sierra Leone, les Nations unies ont imposé des embargos interdisant expressément l'exportation d'armes vers nos pays, sans aucun résultat. Les marchands d'armes et les revendeurs ont trouvé les moyens de contourner les règles et des millions d'armes sont entrées ici en provenance de plusieurs régions du monde. Ces personnes et les gouvernements qui ont facilités leurs activités doivent être tenu responsables et doivent rendre des comptes car leur soif de profits a causé la mort d'un grand nombre de personnes.

De nombreux pays d'Afrique et d'ailleurs dans le monde sont confrontés à  des problèmes semblables. Chaque jour, les armes légères faucheraient la vie de 1 000 personnes, et il y aurait 10 millions de fusils en Afrique occidentale. Les violents conflits qui ont enflammés la région ont été facilités par le grand nombre d'armes en circulation. Plus il y a d'armes, plus les conflits sont intenses. Même les élections en Afrique occidentale, et en particulier celles qui se sont déroulées au Nigéria, ont vu leur crédibilité atteinte à  cause des armes qui se trouvaient dans de mauvaises mains. Les tragédies qui se déroulent en ce moment au Darfour et au Congo oriental, et surtout leur impact sur les populations civiles, sont aggravées par le libre approvisionnement en armes.

Un traité sur le commerce des armes est nécessaire. Il comblerait les lacunes qui sont depuis si longtemps exploitées par les commerà§ants d'armes, souvent avec l'approbation tacite des gouvernements qui tiennent à  ce que leur industrie de l'armement prospère. Ce traité établirait un principe simple : l'interdiction de tous les transferts d'armes susceptibles d'être utilisées en contravention du droit international.Il établirait aussi des normes communes ayant force obligatoire qui régiraient tous les transferts internationaux d'armes. Il incomberait aux à‰tats de contrôler le commerce des armes et de faire prévaloir les droits de la personne dans l'éventualité de transferts d'armes. Les à‰tats qui manqueraient à  ces obligations devraient en répondre.

En décembre dernier, 153 pays, soit plus de 80 % de tous les pays, ont voté en faveur d'une résolution des Nations unies visant l'élaboration d'un traité sur le commerce des armes. Un seul pays, les à‰tats-Unis, s'y est opposé. Le processus de sollicitation des vues des à‰tats membres est amorcé, et j'exhorte tous les gouvernements à  prendre part à  la consultation, et à  appuyer l'adoption d'un traité strict fondé sur le droit humanitaire et les droits humains internationaux. En parallèle, a lieu une consultation citoyenne, organisée par la campagne Contrôlez les armes, dans plus de 60 pays dont le Libéria. Grâce à  cette consultation, les témoignages poignants de ceux qui ont souffert à  cause des armes seront entendus aux Nations unies. Un traité sur le commerce des armes pourrait être conclu aux Nations unies d'ici la fin de la décennie, si nous poursuivons sur notre lancée.

Un proverbe libérien dit ceci : Le mouton noir qui manque, que vous n'avez pas vu durant le jour, vous ne le verrez pas non plus à  la nuit tombée. Ce proverbe nous invite à  saisir les occasions qui se présente à  vous. L'occasion de mettre fin aux transferts d'armes qui alimentent de graves atteintes aux droits de la personne, les conflits et la pauvreté, nous l'avons maintenant. J'implore les gouvernements du monde, ainsi que les fabricants et les commerà§ants d'armes, de ne pas priver le Libéria et tous les autres pays concernés, maintenant et à  l'avenir, de cette chance extraordinaire de consolider la paix pour nos enfants et pour nous-même.La devise nationale des Libériens déclare « l'amour de la liberté nous a mené jusqu'ici ». Je demande à  tous les épris de liberté et de paix de supporter le Traité international sur le commerce des armes.

Sur l'auteur : Ellen Johnson-Sirleaf est la première femme élue présidente d'un à‰tat africain. Elle est une ardente militante pour la paix au Libéria et contre les conflits armés en Afrique.

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