Changement de priorité

Faire passer en premier les intérêts du peuple somalien

Alors que les gouvernements et les institutions les plus influents de la région ainsi que des acteurs du monde musulman et occidental se réunissent à Londres le 23 février 2012 pour revoir leur approche de la crise en Somalie, cette note d'information souligne la nécessité d'un engagement plus efficace de la communauté internationale pour faire face à la crise humanitaire qui perdure dans le pays. 

Plus de six mois après que les Nations unies ont décrété l’état de famine en Somalie, plus de 31 % de la population restent dans une situation critique nécessitant une aide d'urgence, le conflit qui s'intensifie continue de chasser des milliers de civil-e-s de chez eux et les expulsions et le climat d'insécurité complique encore un peu plus l'accès des organisations humanitaires à celles et ceux qui sont dans le besoin.

Alors que la responsabilité de cette situation est avant tout à chercher du côté des factions belligérantes, la communauté internationale est aussi à blâmer ; les politiques qui ont fait primer les préoccupations sécuritaires internationales sur les besoins, les intérêts et les souhaits du peuple somali ont involontairement nourri le conflit et la crise humanitaire. L’intensification des opérations militaires soutenues par la communauté internationale depuis la fin de l'année 2011 représente de sérieux risques pour la population civile et l'accès à l'aide humanitaire, risques face auxquels les gouvernements étrangers et les institutions multilatérales ont tardé à répondre. Un dangereux amalgame entre aide humanitaire et sécurité internationale et des initiatives de consolidation de l’Etat en Somalie, notamment des efforts de lutte contre le terrorisme, ont alimenté le sentiment, au sein de groupes d’opposition, que les organisations internationales sont à la solde des gouvernements occidentaux, réduisant un peu plus l’espace humanitaire.

Il est difficile de prédire combien de temps durera cette période d’intenses conflits qui frappent la majeure partie du Sud de la Somalie. Mais il est clair, en revanche, qu’aussi longtemps qu’ils dureront, la crise alimentaire persistera dans les zones affectées. Pour que des millions de personnes dans le besoin puissent bénéficier pleinement des efforts d’aide de la société civile somalienne et des organisations internationales, il est nécessaire de tenir compte plus systématiquement des répercussions humanitaires des initiatives régionales et internationales en matière de politiques et de sécurité. Des stratégies plus cohérentes sont nécessaires de la part des acteurs régionaux, occidentaux et musulmans, centrées sur le soutien à un processus de pacification et de réconciliation inclusif mené par les Somalis, tout en intensifiant les efforts pour améliorer l’accès humanitaire et la coordination et en renforçant la résilience de la population somalie aux futurs chocs.

Principales recommandations

Le succès de la conférence de Londres doit être jugé à l’aune des résultats suivants :

  • les acteurs de la région, du monde occidental et musulman doivent user de leur influence pour convaincre toutes les parties concernées de garantir un accès élargi à l’assistance humanitaire, tout en respectant les principes humanitaires, tandis que les gouvernements donateurs et les organisations humanitaires devront parallèlement élargir leurs programmes humanitaires ainsi que les programmes de construction de la résilience à long-terme ;
  • la conférence doit prendre des mesures pour garantir que les stratégies politiques et sécuritaires ne compromettent pas l’assistance humanitaire ;
  • la priorité doit être donnée à des solutions au conflit et à la crise humanitaire non-militaires et durables, en particulier en faisant participer une large partie de la population somalienne au développement de ces solutions.