Les exploitantes agricoles à Cuba : confiantes dans l’avenir

Quand Reyna et ses filles jumelles Liudmila et Liuwitza ont pris possession de leur terre, ce n’était qu’un champ inculte, couvert de ces mauvaises herbes ligneuses que les Cubains appellent « marabu ». Il leur a fallu un an pour défricher le terrain afin d’y semer des cultures.

« Nous avons décidé d’acquérir une exploitation agricole parce que la situation alimentaire, ici, est plutôt difficile, dit-elle. J’arrivais à subvenir à mes besoins, mais je dois aussi penser à mes petits-enfants, à mes filles, à ma famille et à ma communauté. »

Un succès rapide

Coiffée d’un chapeau de paille blanc pour se protéger du soleil de l’après-midi, Reyna, 65 ans, montre comment son exploitation agricole a commencé à être profitable – et pour sa famille, et pour sa communauté située près de Bartolomé Masó, nichée dans la chaîne montagneuse de Sierra Maestra, dans le sud-est de Cuba.

« Nous avons 65 chèvres et moutons à la ferme, et une vache qui a mis bas deux fois. Elle nous donne du lait – pas seulement pour notre propre consommation mais aussi pour compléter le régime alimentaire des enfants du quartier, puisqu’il n’y a pas de lait pour eux dans les magasins. Nous produisons également du yucca, du maïs, des bananes et d’autres fruits et légumes que nous mangeons et que nous fournissons à la coopérative. »

Le soutien aux femmes

Reyna a fait la demande d’une concession en vertu de la loi de 2008 portant sur la distribution de terres inutilisées de l’Etat à des personnes prêtes à les cultiver – initiative qui s’inscrit dans la lignée d’une série de réformes visant à réduire la dépendance de Cuba à l’égard de l’importation de produits alimentaires. Reyna s’est aussi associée à l’une des nombreuses coopératives qui font partie de l’Association nationale des petits exploitants agricoles (ANAP).

Soutenue par Oxfam depuis 1997, l’ANAP travaille de concert avec des coopératives pour encourager et aider les femmes à devenir des productrices de denrées alimentaires. Celles-ci apprennent des techniques agricoles respectueuses de l’environnement et participent à des ateliers sur l’autonomisation économique et sur les violences à caractère sexiste.

« Nous sommes égaux »

Reyna fait figure de meneuse aux yeux d’autres exploitantes agricoles. Elle est indépendante, parle franc, et ne manque jamais une assemblée.

« Je veux savoir ce qui se passe et obtenir l’information de première main, et si je ne suis pas d’accord, je le dis. Nous devons être indépendantes, et faire comprendre aux hommes que nous avons les mêmes droits et que nous sommes leurs égales. »

Bien qu’elle doive encore faire face à des défis de taille, comme celui d’obtenir un système d’irrigation dont elle a grand besoin, Reyna est optimiste. Elle espère qu’un contrat lui permettant d’élever et de vendre des cochons, récemment signé, apportera un revenu supplémentaire à réinvestir dans son exploitation agricole.

« Nous avons commencé il y a peu de temps et les résultats ne sont pas encore marquants parce qu’au début, tout est un investissement. Mais nous avons confiance en l’avenir. Nous avons vu les résultats obtenus dans d’autres coopératives et ils étaient excellents. Nous allons continuer à travailler ensemble pour améliorer notre situation. C’est le seul moyen d’arriver. »