La police afghane doit protéger les femmes, non les violenter

Alors qu’elle venait de fêter son 18e anniversaire, le père de Zahra a voulu la marier de force à un toxicomane violent.

Terrifiée, sans personne à qui demander de l’aide, Zahra a fugué et s’est rendue dans un poste de police. Mais les hommes de garde ne l’ont pas prise au sérieux et ont tout bonnement tourné le dos. Zahra n’a eu d’autre choix que de rentrer chez elle où elle a connu des mois d’angoisse et de sévices.

Aujourd’hui, Zahra est hébergée dans un refuge pour femmes à Kaboul et vit avec d’autres rescapées de violences, dont beaucoup maltraitées par la police.

« Au début, je faisais confiance à la police, mais c’est devenu impossible, regrette Zahra. Il aurait été bon pour moi qu’il y ait une agente de police. À des femmes, nous pouvons tout dire. Elles savent ce que ressentent les autres femmes. »

Le cas de Zahra n’est que trop fréquent en Afghanistan. Malgré les 60 milliards de dollars d’aides et d’investissements consentis en faveur du développement au cours des douze dernières années, depuis la chute des talibans, l’Afghanistan reste l’un des pays les plus dangereux pour les femmes. 87 % des Afghanes ont subi une forme de violence et, selon la Commission indépendante des droits de l’Homme en Afghanistan, près de 15 % des agressions sexuelles et crimes d’honneur commis sur des femmes au cours des deux dernières années étaient le fait de membres de la police.

Chaque jour, des femmes sont violées, battues et mariées de force. Pourtant, les plaintes déposées restent rares. Trop souvent, il n’y a tout simplement personne à qui ces femmes puissent s’adresser. En effet, les femmes représentent moins de 1 % des forces de police du pays. Pour mettre un frein à l’augmentation des violences faites aux femmes, il faut davantage de femmes dans les services de police pour protéger les Afghanes.

Mary Akrami dirige le Centre de développement des compétences des femmes afghanes (AWSDC, Afghan Women Skills Development Centre), l’association qui gère le refuge dans lequel Zahra vit désormais, et un partenaire d’Oxfam. Selon elle, pour chaque femme qui parvient à prendre un nouveau départ dans un refuge, des milliers d’autres sont dans une voie sans issue.

« Il faut recruter davantage de femmes dans les stations de police de tout le pays. Elles doivent être formées en droit, ainsi qu’à la compréhension des besoins particuliers des femmes, afin de pouvoir déceler les cas de violations des droits et déterminer s’il convient d’engager des poursuites, explique Mary. On ne peut exclure la moitié de la population. La possibilité pour une femme de parler à une autre femme au poste de police aura un impact énorme non seulement sur les droits des femmes, mais aussi sur le développement de l’Afghanistan. »

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Infographie - Les femmes et la police afghane