Pêcher sous les bombes à Gaza

Bateau de pêche détruit à Gaza par une frappe israélienne. Photo : Oxfam
Des dizaines de bateaux et plus d'un millier de filets de pêche ont été détruits à Gaza.

En un instant, l’avenir de Sabri Bakr a été réduit à néant. Les attaques aériennes israéliennes sur le port de Gaza ont complètement détruit son nouveau bateau et ses filets. Cette perte pourrait paraître dérisoire quand tant d’autres ont perdu leur vie, mais pour Sabri et pour 3 600 pêcheurs qui sont dans le même cas, cela va avoir un impact à long terme sur sa capacité à nourrir sa famille.

« Mon bateau et mes filets ont été complètement calcinés. Et pire encore, c’était un bateau neuf dont je n’avais pas encore remboursé le prêt. Il m’avait couté environ $10 000, raconte Sabri. J’ai été pêcheur toute ma vie, et c’est ma seule source de revenus, pour moi pour 16 personnes dans ma famille élargie. »

Des restrictions qui pèsent lourdement

Ce n’est pas la première épreuve que rencontre Sabri. Plusieurs années de restrictions ont pesé lourdement. Depuis qu’Israël a mis en place le blocus sur la bande de Gaza en 2007, la pêche n’est autorisée que jusqu’à 6 miles nautiques. Et la majorité des poissons se trouvent à 9 miles nautiques ou plus. Engagés dans une véritable lutte pour leur survie, 90% des pêcheurs ont besoin d’aide internationale. Oxfam vient en aide aux pêcheurs en leur fournissant des équipements et une assistance technique.

« Avant même cette opération militaire, la situation était déjà très difficile, raconte Sabri. Mon ancien bateau et mes filets de pêche ont été saisis par la marine israélienne en 2012. J'ai donc dû emprunter afin de pouvoir en acheter de nouveaux. Six miles nautiques ne suffisent pas du tout pour avoir une quantité correcte de poissons. Tout cela a de lourdes conséquences sur la situation économique. »

« Comme une mauvaise blague »

Et même lorsqu’ils pêchent à l’intérieur de la zone des 6 miles nautiques, ils risquent de se faire arrêter ou tirer dessus par la marine israélienne. Dans la première moitié de 2014, au moins 177 attaques de ce type ont eu lieu, soit presque autant que dans toute l’année 2013. Et début juillet, le gouvernement israélien a annoncé que la zone de pêche allait être encore plus restreinte : à seulement 3 miles nautiques. « C’est comme une mauvaise blague, raconte Sabri. Ce que vous pouvez attraper dans 3 miles nautique ? Rien. »

Pour Sabri et tous les autres civils pris dans le feu de cette crise, Oxfam appelle les deux parties au conflit à convenir d’urgence d‘un cessez-le-feu durable et à mettre fin aux violences. Cette nouvelle escalade de violence n’est que la dernière dans une longue succession d’épreuves pour les civils qui subissent le blocus de la bande de Gaza. Une solution à long terme est nécessaire pour apporter une paix durable et sûre pour tous. En plus d’un cessez-le-feu immédiat, il faut mettre fin au blocus et aux restrictions qui empêchent des civils comme Sabri de subvenir aux besoins de leur famille.

Par Arwa Mhanna, chargée des médias et de la communication d'Oxfam à Gaza

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