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Article d’Oxfam International: http://www.oxfam.org/fr/policy/briefingpapers/bp_education_2006
Publié le: 17 September 2006

Piètres performances

 

Bulletin scolaire sur la contribution des pays riches à l’Éducation primaire universelle d’ici à 2015

L’éducation pour tous est un objectif abordable et réalisable. Pourtant, pour plus de 100 millions d'enfants, la scolarité primaire reste un rêve inaccessible. La campagne "Education pour tous" dresse un bulletin scolaire sur la contribution des pays riches à l’Éducation primaire universelle d’ici à 2015.

Au cours des dernières années, les pays pauvres se sont montrés de plus en plus déterminés à mettre fin au fléau de l’analphabétisme et de l’ignorance. Un nombre croissant de gouvernements s’efforce d’abolir les obstacles à la participation des enfants pauvres, en prenant des mesures courageuses pour abolir les frais de scolarité. Les budgets consacrés à l’éducation primaire augmentent, en particulier dans certains des pays les plus pauvres. Et leurs efforts sont payants ; depuis 1998, les inscriptions en primaire ont augmenté en Afrique subsaharienne comme en Asie du Sud et de l’Ouest, avec près de 20 millions de nouveaux écoliers dans chacune de ces régions et une progression particulièrement rapide des inscriptions des filles.

En 2000, lors de la Conférence mondiale sur l’Éducation pour tous à Dakar, au Sénégal, les pays riches ont conclu un accord avec leurs homologues des pays pauvres. Ils ont déclaré que : “aucun pays sérieusement engagé dans l’Éducation pour tous ne verra la réalisation de cet objectif contrecarré par le manque de ressources“. Pourtant, en 2006, malgré des engagements, des assurances et des promesses répétées, les nations riches n’ont toujours pas réussi à honorer leur part du contrat.

Les derniers chiffres montrent que l’aide bilatérale à l’éducation de base a augmenté pour atteindre 3,3 milliards USD par an, dont la plus grande partie va aux pays pauvres. Il s’agit d’avancées indéniables qui ont transformé les vies de millions de déshérités. Mais il subsiste encore un déficit annuel de ressources absolument nécessaires s’élevant à 3,7 milliards USD au moins, et très probablement davantage.

De récentes estimations laissent à penser que les besoins globaux en ressources externes pourraient atteindre 10 milliards USD par an, en prenant en compte la lenteur des progrès réalisés jusqu’à présent ainsi que des objectifs réalistes de croissance économique et les défis posés par le VIH/sida et les conflits. Selon ce rapport, certaines nations, comme la Norvège, la Suède, le Danemark, le Luxembourg et les Pays-Bas, font des efforts héroïques pour contribuer équitablement à l’aide et s’assurer qu’elle permet de scolariser les enfants pauvres. Le gouvernement britannique a récemment pris des mesures en vue améliorer sa performance dans ce domaine, en promettant de fournir 16 milliards USD d’aide à l’éducation de base entre aujourd’hui et 2015. Ce faisant, le gouvernement britannique établit un nouveau niveau de référence pour les autres nations du G8. À l’autre extrémité de l’échelle, certains des pays les plus riches, des nations appartenant au G8 comme le Japon, l’Italie, l’Allemagne et les États-Unis, font preuve de mesquinerie lorsqu’il s’agit d’aider les enfants déshérités du monde.

L’argent est nécessaire, non pour des produits de luxe, mais pour les besoins de base de l’éducation. Il devrait être utilisé pour permettre aux enfants d’être instruits par un enseignant qualifié et attentif, dans une salle de classe correcte, avec des manuels et d’autres matériels pédagogiques. Entre aujourd’hui et 2015, 18 millions au moins d’enseignants seront nécessaires si l’on veut donner à tous une réelle possibilité d’apprendre. Notre analyse démontre que la pratique de l’aide liée à l’achat de biens et de services émanant du pays d’origine et l’usage de consultants coûteux reste un problème. Très peu de pays se sont montrés déterminés à aider les pays à couvrir les dépenses courantes de l’éducation – notamment la facture salariale des enseignants. Ce problème est exacerbé par le travail de sape de la profession enseignante exercé par les institutions financières internationales. Il est indispensable que les nations riches et les institutions financières internationales travaillent en commun pour garantir la disponibilité à long terme de ressources prévisibles permettant d’employer ces professionnels indispensables.

Tout aussi inquiétante est la fragilité de la situation, dévoilée dans notre analyse, de l’Initiative Fast-Track (FTI) de l’Éducation pour tous, un modèle phare établi sous les auspices du G8 dans le but de mettre en pratique le contrat global imaginé à Dakar. Cette initiative innovante a jusqu’à présent incité 20 pays à concevoir des stratégies et à redistribuer les ressources intérieures afin de réaliser l’éducation primaire universelle et l’égalité des sexes dans l’éducation. Les pays ont fait ce qu’il fallait, forts de la promesse leur assurant qu’un financement complémentaire serait disponible pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs. Quelques ressources ont bien été mobilisées pour soutenir ces plans, mais ces pays pionniers restent confrontés à un déficit collectif annuel de financement approchant les 415 millions USD. En conséquences, les plans prévus pour toucher 16 millions d’enfants privés d’école dans le monde restent dans les limbes. 40 autres pays pourraient être prêts à recevoir l’approbation du FTI au cours des deux prochaines années, mais ils auront des difficultés à le faire en confiance au vu de l’expérience de leurs prédécesseurs.

Les pays riches doivent viser plus haut et collaborer davantage pour offrir à chaque garçon et à chaque fille son droit à l’éducation. Ils devraient établir des calendriers pour atteindre l’objectif d’aide de 0,7% du RNB et s’assurer que cette aide, alliée à une annulation totale de la dette, est dirigée vers les pays à faible revenu et finance leurs stratégies d’éducation de base. Les bailleurs de fonds et les institutions internationales devraient travailler en commun pour garantir la disponibilité de fonds supplémentaires destinés à couvrir les dépenses de base liées à la mise en place d’un système éducatif solide, en incluant le paiement des salaires des enseignants. Si l’on veut encourager une planification ambitieuse, une aide prévisible et à long terme est indispensable. Le FTI devrait être placé au centre des initiatives visant à réaliser l’Éducation pour tous. Le déficit financier immédiat doit être comblé de toute urgence, et les nations riches devraient s’engager à l’avance à financer les plans des 40 prochains pays.

Le temps d’agir est arrivé. Il ne faut pas oublier que l’objectif fixé en 2000 était de permettre à tous les enfants d’achever leur éducation primaire avant 2015. Cela signifie qu’il ne reste que deux ans pour construire des écoles, recruter des enseignants et atteindre les enfants exclus et déshérités qui vivent dans des conditions particulièrement éprouvantes. Ce n’est pas une question d’argent, mais de justice. Il s’agit de tenir notre parole envers les enfants du monde. Il ne faudrait jamais rompre une promesse faite à un enfant.

“Nous aurons le temps d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement – mais uniquement si nous sortons des sentiers battus… C’est le minimum nécessaire pour atteindre les Objectifs.“
Kofi Annan

Date de publication originale: Septembre 2006