Une infirmière dans un hôpital au Malawi. Photo: Abbie Trayler-Smith/Oxfam

Couverture santé universelle

Pourquoi les personnes en situation de pauvreté sont les laissés-pour-compte des régimes d'assurance maladie

Publié le : 9 Octobre 2013
Auteur: 
Ceri Averill, avec l’aide d’Anna Marriott, Health Policy Advisor, Oxfam GB

La couverture universelle en matière de santé (CSU) est devenue l'une des priorités mondiales en matière de santé. Le principe à la base de la CSU est le droit à la santé. D'après l'Organisation mondiale de la Santé, 100 millions de personnes basculent dans la pauvreté chaque année car elles doivent payer de leur propre poche pour leurs soins de santé – soit trois personnes à chaque seconde. Quiconque, riche ou pauvre, doit avoir accès aux soins dont il a besoin sans s'exposer à des difficultés financières.

Malheureusement, sous couvert de CSU, certains bailleurs de fonds et les États de plusieurs pays en développement promeuvent des régimes d'assurance maladie qui excluent la majorité des personnes et laissent les plus pauvres livrés à eux-mêmes. Ces régimes risquent de renforcer les inégalités en privilégiant les groupes déjà favorisés et en laissant pour compte les plus pauvres et les plus marginalisés, surtout les femmes.

Toutefois, un nombre de pays en développement rejettent ce modèle et privilégient les dépenses publiques pour la santé (prises isolément ou associées aux impôts sur les salaires du secteur formel) afin de déployer la couverture santé universelle avec succès. Le financement par l'imposition progressive et l'aide internationale est la clé pour réaliser la couverture santé universelle. Même les pays les plus pauvres peuvent accroître leurs recettes nationales pour la santé au travers d'impôts. Selon Oxfam, une augmentation de la fiscalité dans 52 pays en développement permettrait de lever 269 milliards d'USD – une somme suffisante pour doubler les budgets de la santé. Il est par ailleurs urgent de lutter contre l'évasion fiscale et les paradis fiscaux au niveau mondial, afin que les pays pauvres puissent générer et conserver davantage de leurs propres ressources pour la santé.

Recommandations

Les bailleurs de fonds et les États doivent abandonner les régimes d'assurance inapplicables et se concentrer sur un financement permettant de proposer des soins de santé universels et équitables pour tous.

Les États des pays en développement doivent :

  • Élaborer des systèmes de financement s'appuyant sur les quatre « ingrédients clés » identifiés par l'OMS. Plutôt que de chercher à adapter le modèle européen d'AMS fondé sur les salaires, ils doivent s'inspirer du nombre croissant de pays à bas revenus et à revenus intermédiaires en passe de parvenir à une CSU.
  • Faire de l’équité et de l'universalité des priorités explicites dès le départ, et ne pas céder à la tentation de commencer par les populations les plus faciles à atteindre, dans le secteur formel. Les personnes vivant dans la pauvreté doivent au moins bénéficier des mêmes prestations que les personnes les plus aisées, à chaque étape du processus.

Les États des pays à hauts revenus et organisations multilatérales doivent :

  • Cesser de promouvoir les approches inappropriées sous couvert de CSU, en particulier les régimes d'assurance maladie volontaires privés et communautaires.
  • Prendre des mesures contre la fraude fiscale et l'évasion fiscale, privant les pays pauvres des revenus indispensables pour se doter de services publics universels. Ils doivent soutenir une réforme fiscale progressive dans les pays pauvres, y compris par le biais d'un soutien technique pour renforcer les capacités de gestion fiscale.
 

En savoir plus

Rapport : Décider de son développement : La fiscalité pour combattre la pauvreté

Photos : La réalité de la médecine privée dans les pays pauvres

Agissez : Rejoignez le mouvement pour la taxe Robin des bois

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