Le G8 ne doit pas oublier les populations écrasées sous le poids de la crise alimentaire

“C'est la ruée consistant à brûler de la nourriture pour produire du carburant qui est responsable”
Takumo Yamada
Oxfam International
Publié le : 8 juillet 2008

Les plus pauvres paient le prix fort alors que l’inflation des denrées alimentaires réduit à néant des années de progrès.

Alors que le G8 se réunit au Japon, l’imminente crise économique menace de faire avorter les discussions prévues sur l’Afrique. L’agence internationale Oxfam met en lumière le fait que l’Afrique et d’autres pays pauvres sont touchés le plus durement par cette douloureuse situation économique, et que l’action du G8 contre la pauvreté n’a jamais été aussi nécessaire. Au lieu de cela, le G8 essaie de modérer les engagements déjà pris en matière d’aide et ne s’attaque pas à la question des biocarburants, c’est-à-dire la principale cause de la crise alimentaire.

Takumo Yamada, porte-parole d’Oxfam a déclaré : « L’augmentation rapide du coût du pétrole et des denrées alimentaires peut être douloureuse dans les pays riches mais elle a un effet désastreux sur la vie des populations et l’économie toute entière des pays en développement. Devoir choisir entre se nourrir ou prendre des médicaments vitaux est devenu un choix impossible pour des millions de personnes en Afrique. »

« L’intervention du G8 contre la pauvreté n’a jamais été aussi cruciale qu’aujourd’hui, mais à la place, ils sont en train de réduire leur aide et de brûler de la nourriture pour faire le plein de leurs voitures. »

Selon la dernière analyse de la Banque Mondiale, l’inflation des denrées alimentaires a supprimé 10 % du PIB du Sénégal, d’Haïti et du Sierra Leone, et environ 5 % du PIB du Vanuatu, du Mozambique et de l’Érythrée.

La Banque Mondiale estime que la hausse du prix du blé, du riz et du maïs a coûté aux pays en développement 324 milliards d’USD rien que l’année dernière.

Oxfam déclare que cela équivaut à trois ans d’aide financière mondiale.

Selon Yamada : « Le G8 doit reconnaître que ses politiques sur les biocarburants sont largement responsables des récentes augmentations du prix des denrées alimentaires. Utiliser les pays en développement comme boucs émissaires en appelant au retrait de l’interdiction sur les exportations dans ces pays détourne l’attention du véritable coupable qui se cache derrière la crise alimentaire : cette ruée consistant à brûler de la nourriture pour produire du carburant. Les biocarburants réduisent la quantité d’aliments disponibles, et revenir ensuite sur l’aide promise est un abus contre ceux qui ont faim. »

Selon Oxfam, la précipitation pour achever les discussions sur le commerce mondial dans le cadre du cycle de Doha n’est pas la réponse adaptée pour réagir à la crise alimentaire et cela constitue une violation de l’esprit de ces discussions sur le « développement ». Les propositions actuelles de l’OMC enfermeraient les pays pauvres dans la libéralisation, en leur retirant toute flexibilité et en les exposant davantage à la volatilité des marchés.

Oxfam est également préoccupé par les récents rapports selon lesquels les dirigeants du G8 sont en train de faire machine arrière sur d’anciennes promesses visant à développer l’aide à l’Afrique, les chiffres clés ayant été omis du communiqué. Leur engagement de 2005 consistait à fournir 50 milliards d’USD en aide nouvelle d’ici 2010, dont la moitié pour l’Afrique ; selon les tendances actuelles, il pourrait manquer jusqu’à 30 milliards d’USD. Cet engagement ne figure pas dans l’ébauche actuelle du communiqué. L’agence prévient que, sans cette augmentation du niveau d’aide global, les sommes promises pour faire face à la crise alimentaire doivent être prélevées à partir d’autres domaines clés comme la santé.

Yamada concluant : « Ces sommes d’argent vitales doivent augmenter et non être réduites. Cette semaine, nous avons besoin de voir un signe que nos dirigeants ne reviendront pas sur leurs précédents engagements. Face à la crise économique, alimentaire et climatique de plus en plus importante, il serait scandaleux que le G8 revienne sur les promesses faites à ceux qui souffrent le plus.

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