Etienne Hakizimana (left), his daughter Christian Tuamini (center, age 12), and his wife Dusabe Dukundane, in their family run shop in Magunga IDP camp in Goma. Credit: Liz Lucas/Oxfam America
Trop de civils continuent de mourir lors de conflits

Empêcher les atrocités sera le véritable test du nouvel ordre mondial

“Dans ce monde interdépendant, aucun pays n’est à l’abri des menaces venant d’un conflit à l’autre bout du monde.”
Ed Cairns
Auteur du rapport "Pour des lendemains plus sûrs"
Publié le : 30 Septembre 2008

Ce rapport "Pour des lendemains plus sûrs : protéger les civils dans un monde multipolaire" lance un avertissement sur le fait que le monde sera moins sûr pour tous, à moins que les puissances mondiales émergentes et actuelles ne travaillent mieux ensemble pour empêcher les atrocités et garantir la sécurité des personnes qui se retrouvent au cœur des conflits armés.

Un nouveau président des États-Unis, la réémergence de la Russie, la montée de la Chine et de l’Inde, et une Union européenne ainsi qu’une Union Africaine plus fortes, créent un ordre mondial différent et qui doit être plus efficace en matière de protection des civils dont la vie est menacée par les conflits. Lors de la récente crise en Géorgie, de nombreux débats ont eu lieu concernant l’impact sur la politique mondiale mais peu ont concerné les civils se retrouvant au milieu des combats et forcés de fuir leur foyer.

« Garantir la sécurité des civils doit être la priorité absolue dans tous les conflits, y compris lors de la « guerre contre le terrorisme ». Depuis bien trop longtemps, les gouvernements acceptent que les civils soient protégés mais lorsque la situation devient critique et que la vie des populations est en danger, la priorité revient trop souvent à leurs propres intérêts personnels. Comme nous avons pu le constater de l’Afghanistan à Irak, les victimes civiles peuvent attiser la colère et le sentiment d’injustice, et contribuer à un cycle continu de violence et de vengeance », déclare l’auteur du rapport Ed Cairns d’Oxfam.

« Dans le monde interdépendant d’aujourd’hui, aucun pays n’est à l’abri de l’insécurité et des menaces émanant d’un conflit se produisant à l’autre bout du monde. Garantir la protection des civils est dans l’intérêt de tous. »

En 2006, 63 % des réfugiés dans le monde venaient d’Irak et d’Afghanistan, et selon les propres recherches d’Oxfam, les conflits armés entre 1990 et 2005 ont coûté à l’Afrique en moyenne 18 milliards de dollars par an.

Le rapport indique que la « guerre contre le terrorisme » a fait oublier les crises comme celle de la République démocratique du Congo qui, avec un nombre de morts de plus de deux fois supérieur à celui de l’Irak, a perdu 5,4 millions de personnes (soit 8 % de sa population) dans le conflit et lors de la famine et des épidémies que ce dernier a déclenchées depuis 1998. Cette année, plus d’un millier de femmes par mois ont déclaré avoir été violées, pour beaucoup dans le cadre de campagnes systématiques liées au conflit.

Le rapport Pour des lendemains plus sûrs se fonde sur l’expérience d’Oxfam lors de ses interventions dans les conflits mondiaux depuis plus de 60 ans. Il s’intéresse à la protection des civils lors des conflits actuels et récents et examine les implications du changement du pouvoir à l’échelle mondiale. Il définit un ordre du jour pour protéger les civils par l’intermédiaire d’actions locales, régionales et nationales, avec un soutien international bien plus homogène.

« Dans le passé, le monde n’a pas su protéger les populations contre les agressions et les meurtres commis par exemple au Darfour et en République démocratique du Congo. Le nouvel ordre mondial doit être bien plus efficace si nous voulons faire en sorte que ce monde en mutation ne soit pas juste différent mais également plus sûr », déclare Ed Cairns.

Une volonté politique et du courage seront nécessaires pour éviter de futurs génocides et atrocités. Toutefois, des exemples datant de l’année dernière indiquent que lorsque le monde a la volonté d’agir pour éviter des bains de sang ou pour traduire en justice les responsables de crimes contre l’humanité, il obtient des résultats.

En janvier 2008, le Kenya a évité une guerre civile sanglante, en partie grâce à l’action de la communauté locale pour empêcher la propagation de la violence, et aux efforts des dirigeants africains et internationaux pour rétablir la paix. En juillet, Radovan Karadzic, l’ancien leader des Serbes de Bosnie, a été arrêté après 13 ans de fuite et envoyé devant le tribunal des Nations Unies pour les crimes de guerre de La Haye, afin d’être traduit en justice.

Afin de protéger les civils se retrouvant au cœur de conflits armés et d’améliorer la paix et la stabilité à l’échelle mondiale, Oxfam appelle la communauté internationale à :

  • Faire de la sécurité des civils une priorité absolue dans les réponses apportées aux conflits
  • Adopter une tolérance zéro à l’égard des crimes de guerre, que ce soit dans le cadre de la lutte antiterroriste ou autre
  • Agir bien plus rapidement contre les facteurs favorisant l’apparition ou le prolongement de conflits, comme la pauvreté, les inégalités, le changement climatique ou la prolifération des armes
  • Demander à tous les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU de renoncer à l’usage de leur veto en ce qui concerne les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité, l’épuration ethnique et les génocides.

Notes aux rédactions

Lors du sommet mondial de l’ONU en 2005 pratiquement tous les gouvernements du monde ont convenu qu’ils avaient la « Responsabilité de protéger » leurs populations contre les génocides, les crimes de guerre, l’épuration ethnique et les crimes contre l’humanité, et que la communauté internationale avait également la responsabilité d’aider, tout d’abord en soutenant les gouvernements dans ce sens, et deuxièmement en intervenant si les gouvernements ne protègent pas leurs propres citoyens.