Des déplacés internes recoivent des vivres et d'autres approvisionnements. L'UE doit augmenter son appui à la force de maintien de la paix de l'ONU. Crédit : Dan Fletcher/Oxfam
Oxfam demande le renforcement de la MONUC par l’envoi urgent de troupes européennes.

RD Congo: la « diplomatie du déplacement aérien » européenne doit se traduire en actes

“Les pays européens ne cessent de fournir de mauvaises excuses pour justifier leur inaction”
Thierry Dethier
Oxfam-Solidarité
Publié le : 10 Novembre 2008

Les ministres européens des Affaires étrangères qui se réunissent ce lundi à Bruxelles doivent prendre des engagements clairs et s’entendre sur l’envoi de troupes additionnelles pour renforcer les Nations unies à l’Est du Congo.

Le fragile cessez-le-feu ne tient plus, ce qui contraint des milliers de gens à fuir à nouveau dans la panique et compromet la capacité des organisations humanitaires à atteindre ces personnes. Alors que près de 250.000 personnes ont du quitter leurs foyers à cause des récents combats, la force de maintien de la paix des Nations unies, la MONUC, n’est pas parvenue à garantir la paix et à protéger les populations.

Nicolas Vercken, d’Oxfam France – Agir ici, a déclaré : “ les ministres des Affaires étrangères français et britanniques se sont rendus de Kinshasa à Dar es Salaam en passant par Goma et Kigali le week-end dernier et ont clairement appelé au renforcement des troupes onusiennes , mais absolument rien n’a changé sur le terrain. Au lieu d’une « diplomatie du déplacement aérien », nous avons désormais besoin d’actes. Nos dirigeants ne peuvent pas faire de telles déclarations puis ne rien faire derrière pour protéger les civils ».

Depuis que les Ministres ont visité la région, des dizaines de milliers personnes supplémentaires ont du fuir les combats qui ont repris à Kiwanja et Rutshuru. Dans la journée de vendredi, des tirs nourris ont eu lieu autour du camp de Kibati, un camp situé à 5 km au Nord de Goma et où Oxfam est active. Ces tirs ont forcé des milliers de civils à fuir vers la ville de Goma.

« Après une nuit passée à se réfugier dans des familles d’accueil, des écoles et des églises, la plupart semblent être rentrés au camp, mais demeurent terrifiés et vulnérables », témoigne Juliette Prodhan, responsable d’Oxfam Grande Bretagne en RDC. « La situation demeure particulièrement tendue alors qu’à peine 200 mètres séparent les forces gouvernementales des positions rebelles. A Kanyabayonga, où Oxfam est également à l’oeuvre, des milliers d’autres personnes ont fui au cours de la journée de samedi tandis que l’armée congolaise se retirait de ses positions autour de Rutshuru. »

« Les pays européens ne cessent de fournir de mauvaises excuses pour justifier leur inaction », déplore Thierry Dethier, responsable du plaidoyer humanitaire d'Oxfam-Solidarité.

« Ils se passent la patate chaude, entre eux ou à un autre continent. Cette inaction a des conséquences humaines directes, comme en témoignent les milliers de personnes qui ont du fuir le camp de Kibati. Déjà 5,4 millions de personnes ont péri au cours des dix dernières années. Combien d’autres devront encore souffrir avant que l’Europe n’agisse concrètement ? L’Union européenne est en train de faillir à sa responsabilité de protéger* les populations civiles. »

Le déploiement de troupes européennes en renforcement de la MONUC doit s’accompagner d’une pression diplomatique intense pour parvenir à une solution politique et traiter des causes structurelles du conflit.

L’Union européenne est la mieux placée pour fournir rapidement les troupes additionnelles. Elle dispose d’une expérience fructueuse en matière de maintien de la paix, tant au Congo qu’au Tchad, et a déjà pu démontrer son rôle vital dans la protection des civils. Les pays européens ne contribuent actuellement qu’à hauteur d’une centaine d’hommes aux 17.000 que comptent les Nations unies au Congo.

Si la MONUC est la plus grande mission de maintien de la paix mondiale, elle doit opérer dans un pays de la taille de l’Europe de l’Ouest. En réalité elle était déjà sous dimensionnée avant même que n’éclatent les combats les plus récents. Dès septembre, le responsable des opérations de maintien de la paix aux Nations unies, Alain le Roy, avait déjà demandé davantage de troupes, et a renouvelé son appel ces derniers jours.

Le fait de redéployer des troupes vers le Kivu et l’Est depuis le reste du pays ne constitue pas une solution car d’autres régions sont également instables et menacent de replonger dans un conflit ouvert. En faisant ainsi, on rendrait les civils vulnérables aux attaques. Dans l’Ituri et à Dungu, dans la Province Orientale, des milliers de personnes ont du fuir une recrudescence des combats, dont 57.000 rien que lors des attaques des 1er et 2 novembre derniers. Oxfam en appelle également à la mise en oeuvre de mesures concrètes pour améliorer l’efficacité actuelle de la MONUC. Sans l’impulsion d’une direction politique claire et réelle pour résoudre à la fois la crise urgente et les facteurs qui l’ont amenée, même l’apport de troupes additionnelles à la MONUC risque de n’avoir que peu d’effet. « Il n’y a pas de solution purement militaire à ce conflit et il ne pourra être résolu en se limitant à fournir davantage de troupes ou de matériel militaire » explique Thierry Dethier.

« Toutefois, avec un renfort militaire approprié, il sera possible d’améliorer la sécurité, de protéger les civils et de permettre aux organisations humanitaires d’apporter de l’aide à ceux qui en ont désespérément besoin. »

« Les ministres européens doivent saisir cette occasion, en collaboration avec leurs confrères des Nations unies et de l’Union africaine, pour trouver une solution politique, apporter les renforts militaires pour protéger les civils et s’assurer que le monde ne détourne pas les yeux du Congo, comme il l’a déjà trop fait par le passé » conclut Nicolas Vercken, chargé du plaidoyer à Oxfam France.

Notes aux rédactions

Lors du Sommet des Nations unies de 2005, presque tous les Etats du monde ont reconnu qu’ils avaient une “Responsabilité de Protéger” de protéger leurs populations du génocide, des crimes de guerre, des nettoyages ethniques et des crimes contre l’humanité ; ils ont également reconnu que la communauté internationale a la responsabilité d’abord d’aider les gouvernements nationaux à être en mesure de le faire et ensuite d’agir directement si un Etat s’avère incapable de protéger ses propres citoyens.