G20: la lutte contre la pauvreté doit être au centre de la réforme économique

“Les populations pauvres n’ont aucune responsabilité dans la crise. Les pays riches ont fait des promesses, ils doivent les tenir. ”
Gawain Kripke
porte-parole d’Oxfam International
Publié le : 13 Novembre 2008

Les dirigeants du G20 ne peuvent pas laisser passer une opportunité historique de réforme

Le G20 ne doit pas se contenter de simples colmatages, les mesures prises pour lutter contre la pauvreté et réformer l’économie mondiale doivent être ambitieuses et immédiates.

Dans un nouveau rapport intitulé « Quand, si ce n’est maintenant ? », l’association Oxfam International constate que les personnes vivant dans la pauvreté subiront de plein fouet les conséquences de la crise financière si aucune mesure urgente n’est prise et ajoute que les pauvres ne devraient pas avoir à payer pour les erreurs des pays riches.

« Les populations pauvres n’ont aucune responsabilité dans la crise. Mais que ce soient les familles expulsés de leurs foyers à Détroit ou les enfants mourant au Mali faute de soins médicaux de base, elles en subissent les plus lourdes conséquences » a déclaré Gawain Kripke, porte-parole d’Oxfam International.

Alors que les pays pauvres subissent encore les conséquences de la hausse des prix alimentaires et du pétrole ainsi que des catastrophes climatiques comme la sécheresse ou les inondations, l’Organisation internationale du travail (OIT) estime que le nombre de travailleurs vivant avec moins d’un dollars par jour pourrait augmenter de 40 millions et ceux vivant avec moins de deux dollars par jour de 100 millions. L’année dernière, l’augmentation du prix des céréales a coûté 324 milliards de dollars aux pays en développement, plus de trois fois le montant total l’aide qu’ils ont reçu.

«La récession des pays riches risque de pousser les dirigeants politiques à choisir la facilité et d’arrêter l’aide internationale. Les montants en jeu sont assez maigres comparés aux économies des pays riches, les économies réalisées ne seront donc que symboliques mais elles auront un coût humain énorme » explique Gawain Kripke. « L’aide au développement s’élevait l’année dernière à 104 milliards de dollars. Ces derniers mois, les Etats-Unis et l’UE ont débloqué près de 30 fois cette somme, environ 3000 milliards, pour renflouer leurs banques. »

« Les pays riches ont fait des promesses, ils doivent les tenir. Mais leur action ne peut se limiter à cela, l’aide n’est pas la seule réponse » explique Gawain Kripke. « Nous ne pouvons répéter les erreurs de la crise financière asiatique quand aucune réforme globale n’avait été mise en place. Pour prévenir les futures crises et protéger les populations pauvres sur le long terme, les dirigeants doivent remettre à plat les règles du jeu afin de contrôler l’instabilité et rendre la mondialisation profitable à tous, et non à seulement un petit nombre ».

Dans le rapport « Quand, si ce n’est maintenant ? », Oxfam affirme que les dirigeants mondiaux doivent agir immédiatement pour développer une nouvelle institution règlementaire internationale dont le but serait d’empêcher de futures crises financières et de protéger les intérêts des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement. Cela implique de s’attaquer aux paradis fiscaux qui privent les pays pauvres de revenus vitaux qui pourraient être investis dans des écoles ou des hôpitaux. Oxfam appelle également les dirigeants à créer un nouveau système de gouvernance mondial démocratique, afin de s’attaquer aux crises économique, alimentaire et énergétique.

« Nous sommes face à un tout nouveau monde – le G20 assiste à un séisme dans le leadership mondial » explique Gawain Kripke. « Que ce soit à propos des finances, du pétrole, de la crise alimentaire ou du climat, il est malheureusement évident que les institutions internationales sont obsolètes et incapables de gérer les multiples crises que nous subissons actuellement. Les réformes doivent donner une place bien plus importante aux pays en développement ainsi qu’aux populations les plus pauvres. Les pays riches vont devoir concéder un peu de leur pouvoir dans des institutions telles que le G20 car ils cherchent désespérément à mettre la main sur les énormes réserves financières que représentent les marchés des pays émergents ».

Oxfam exhorte les dirigeants internationaux à saisir l’opportunité de développer un système économiques et politique du XXième siècle qui ferait passer les populations et l’environnement avant les profits et appelle les dirigeants du G20 à entreprendre trois actions :

  1. Honorer la promesse qu’a faite l’OCDE de ne pas réduire l’aide publique au développement et, au contraire, augmenter l’aide de 140 milliards de dollars supplémentaires pour atteindre immédiatement l’objectif des Nations unies de consacrer 0,7%du RNB à l’aide. De plus, il est nécessaire de répondre en urgence à des crises de liquidité dans les marchés émergents.
  2. Réécrire les normes et les règlementations financières mondiales afin que les marchés fonctionnent pour tous et non pas seulement pour une minorité, en incluant la lutte contre les paradis fiscaux et en s’orientant vers un système de taux de change plus stable.
  3. Créer un nouveau système de gouvernance mondial démocratique, afin de s’attaquer aux crises économiques, alimentaires et énergétiques.

« Le monde a assisté la semaine dernière à un tournant politique majeur aux Etats-Unis. La rencontre des leaders internationaux cette semaine doit tirer profit de cet élan et s’engager encore plus en faveur de solutions sérieuses et sur le long terme qui profitent à tous contre l’instabilité financière et le ralentissement économique ».

Notes aux rédactions