Un envoi de 25 tonnes de d'aide pour la RD Congo. D'une valeur de 250.000$, l'envoi comprend de l'eau et du material sanitaire ainsi que des bâches destinées à 30.000 personnes. Crédit : Ian Bray/Oxfam
Nous avons commencé à acheminer de l'eau potable dans la région, mais l'insécurité restreint notre capacité à aider les population.

Oxfam demande à la France, l’Allemagne et à la Grande Bretagne de réagir face à la crise humanitaire qui frappe le Congo

“Les Etats membres doivent honorer leur responsabilité de protéger les civils qui sont pris entre deux fronts.”
Elise Ford
Directrice du bureau d’Oxfam à Bruxelles
Publié le : 3 Décembre 2008

Oxfam accuse les Etats membres de l’Union européenne de faire la sourde oreille face aux souffrances de la population de l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC).

La crise en RD Congo est terrible pour des centaines de milliers de personnes, déplacées par les violences ininterrompues et les organisations humanitaires peinent à venir en aide à ceux qui en ont besoin de toute urgence.

Oxfam exhorte les Etats membres de l’UE, en particulier la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne, en mesure de prendre une initiative en ce sens, de s’assurer du déploiement rapide d’une force de maintien de la paix afin d’apporter plus de protection aux personnes qui en ont désormais absolument besoin.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU a récemment donné son accord à l’envoi de 3 000 casques bleus supplémentaires pour renforcer la mission de l’ONU en RDC, mais leur déploiement pourrait prendre jusqu’à six mois. L’Union européenne a la possibilité de déployer une force qui pourrait dès aujourd’hui protéger efficacement les civils et ce jusquà l’arrivée des renforts de la MONUC.

“Oxfam est très déçue du manque de volonté des gouvernements européens pour fournir une mission de maintien de la paix temporaire en RDC. Les Etats membres doivent honorer leur responsabilité de protéger les civils qui sont pris entre deux fronts et ils doivent le faire immédiatement. Les dirigeants européens doivent faire un choix. Ne pas le faire signifierait encore plus de meurtres, de viols et de vols” déclare Elise Ford, directrice du bureau d’Oxfam à Bruxelles.

Juliette Prodhan, directrice d’Oxfam en RD Congo, affirme: “Ce n’est pas parce que les médias parlent moins de la crise au Nord Kivu que cela signifie que la catastrophe humanitaire est en voie d’être résolue. Les populations ne peuvent attendre six mois supplémentaires pour recevoir plus de protection. »

« Les combats se poursuivent entre les différentes factions, de nombreux hommes en armes continuent de semer la terreur à travers la population de la région et des milliers de Congolais sont chaque jour forcés de fuir leurs habitations.»

“Les gouvernements de l’UE tournent le dos à des milliers de personnes vulnérables qui ont besoin de protection de toute urgence. Nous ne pouvons rester sans rien faire et laisser cela se dérouler.”

« Les gouvernements européens tournent le dos aux dizaines de milliers de personnes vulnérables qui ont besoin de toute urgence de protection. Nous ne pouvons pas laisser faire cela.

Depuis deux jours, les combats ont repris dans la zone de Masisi, à 60 km de Goma, capitale du Nord Kivu, forçant des milliers de personnes à abandonner leurs habitations et les agences humanitaires à évacuer la ville principale.

Durant le weekend, une flambée de violence dans la ville frontalière d’Ishasha, plus à l’Est, a forcé plus de 13 000 civils à prendre la fuite vers l’Ouganda.

A 150 km au Nord de Goma, la situation humanitaire est critique dans la ville de Kanyabayonga, dont les 60 000 habitants ont dû fuir il y a deux semaines les saccages, pillages et viols d’hommes armés. Oxfam a été en mesure de reprendre l’approvisionnement de la population en eau potable dans la région, mais l’insécurité qui continue de sévir empêche les agences humanitaires de travailler plus de deux heures par jour sans avoir à se retirer dans des zones plus sûres à la tombée de la nuit.

« Environ la moitié des habitants de Kanyabayonga dorment encore dans les bois parce qu’ils craignent d’être dévalisés ou violés chez eux. Le nombre d’hommes armés rodant dans la région est une menace de mort ne serait-ce que pour cultiver, vendre ou acheter les biens alimentaires nécessaires à leur survie » ajoute Martin Hartberg, conseiller en protection chez Oxfam Grande-Bretagne.

Dans le même temps, les nombreux hommes en armes restent une menace permanente de violences, de viols et de pillages pour les personnes réfugiées dans les deux camps de Kibati et aux alentours, à quelques kilomètres de Goma.

Une enquête récente d’Oxfam montre que dans les camps les habitants sont quotidiennement menacés par des hommes armés.  Ces personnes craignent également d’être prises pour cible dans le cas où les affrontements reprendraient.

« La France, actuellement présidente de l’Union européenne, a déjà prouvé son fort engagement politique en incitant fortement le Conseil de sécurité de l’ONU à autoriser le déploiement de troupes supplémentaires de la MONUC au Congo. Mais les populations du Nord Kivu ont besoin de toute urgence d’une plus grande protection et certains états membres de l’UE sont prêts à y contribuer. Le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner doit maintenant mobiliser l’ensemble des volontés politiques et obtenir un accord sur un déploiement rapide d’une force de maintien de la paix déclare Nicolas Vercken, d’Oxfam France – Agir ici.