Les dirigeants européens doivent se retrousser les manches
Les dirigeants européens doivent se retrousser les manches

L’accord européen sur le climat ne pourra pas contrer le changement climatique – il faut tout recommencer

“L’affectation obligatoire des recettes de la mise aux enchères au bénéfice des pays en développement a disparu des négociations”
Elise Ford
Responsable du bureau européen d’Oxfam
Publié le : 12 Décembre 2008

L’Europe a fragilisé le combat mondial contre les modifications climatiques, en signant aujourd’hui un accord qui a été gravement compromis par des intérêts particuliers.

L’Europe doit tout recommencer depuis le départ. Le Parlement européen doit améliorer des points importants du paquet la semaine prochaine, et la Commission européenne doit proposer un rôle international beaucoup plus ambitieux pour l’Europe le mois prochain dans son livre vert.

« Le paquet énergie-climat de l’Union européenne – qui à l’origine était un ensemble de lois fortes proposées par la Commission – promettait beaucoup de la part des principaux acteurs dans le monde. Mais ce que les états membres ont signé aujourd’hui est beaucoup trop peu. Des millions de pauvres restent en danger de par le fait que les leaders européens se sont pliés à la pression des groupes d’influence de l’industrie, et ont vacillé à un moment historique », dit Élise Ford, responsable du bureau d’Oxfam à Bruxelles.

« Les négociateurs internationaux qui se retrouvent actuellement en Pologne pour jeter les bases d’un nouvel accord mondial sur le climat vont regarder le paquet de l’Union européenne en pensant, « Est-ce que c’est ce que nous devons espérer ? » La réponse est non, c’est très loin de ce qu’un accord mondial doit arriver à faire », dit Élise Ford. « Le paquet de l’Europe est très proche d’un maintien de l’état actuel décoré d’un ruban vert. »

L’Europe s’est mise d’accord sur une réduction contractuelle de 20 % des émissions, et a affaibli le dispositif qui devait déclencher l’augmentation automatique de cet objectif à 30 % si un accord mondial est trouvé. Cependant, Oxfam dit que le paquet va permettre aux plus gros pollueurs d’Europe de compenser à l’étranger plus de la moitié de cette réduction, en troquant des autorisations d’émission. « L’Europe n’essaie même pas d’atteindre une diminution suffisante des émissions de carbone à l’intérieur de ses propres frontières », dit Élise Ford.

La stratégie de l’Europe pour vaincre les changements climatiques ne pourra réussir que si le signal donné par le prix du carbone est suffisamment élevé pour motiver la diminution des émissions, encourager les investissements verts pour les industries européennes dans l’avenir, et contribue à augmenter les revenus. Pour y parvenir, Oxfam dit que les crédits d’émissions doivent être mis aux enchères, et non donnés gratuitement. « Ce paquet offre trop d’exonérations à trop d’industries dans trop de pays », dit-elle.

Les pays en voie de développement attendaient aussi que l’Europe honore sa promesse de leur donner de l’argent, en quantités suffisamment importantes et prévisibles pour que cela les aide à s’adapter aux changements climatiques et à continuer leur croissance avec de faibles émissions de carbone.

« L’affectation obligatoire des recettes de la mise aux enchères au bénéfice des pays en voie de développement – qui est proposée par le Parlement – a disparu des négociations », dit Élise Ford. « Les ministères des Finances européens ont pris la décision calculée d’exclure les pays pauvres de l’équation des revenus des enchères – et ils l’ont fait sans un remords. »

Le paquet actuel ne doit pas être celui que l’Europe proposera lors de la rencontre mondiale de Copenhague en décembre 2009. « Les états membres, le Parlement et la Commission doivent saisir une dernière chance l’an prochain, pour rénover la réputation de l’Union européenne, qui est aujourd’hui en ruine », dit Élise Ford.