Le PAM (Programme Alimentaire Mondial)  et l’Agence Internationale des Etats-Unis pour le Développement (USAID) distribuent de la nourriture aux Personnes déplacées internes dans le camp de Magunga.
Au moins 250 000 personnes ont été forcées de fuir leur maison depuis le mois de janvier.

RD Congo : Des milliers de maisons incendiées au cours de nouvelles atrocités

“Les villageois sont forcés de fuir, certains pour la cinquième ou sixième fois, et perdent de vue des membres de leurs familles...tout cela se passe en ce moment même, mais le monde détourne le regard.”
Marcel Stoessel
Directeur d’ Oxfam Grande Bretagne, RD Congo
Publié le : 24 Avril 2009

L’ONG Oxfam International appelle d’urgence à une action internationale pour soutenir les civils alors que les opérations militaires s’étendent.

Oxfam international a déclaré aujourd’hui que des habitants des zones reculées de l’Est de la RDC, où les affrontements entre l’armée congolaise et les rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) se poursuivent, sont victimes de graves violences.

A l’occasion d’une récente mission de terrain dans le territoire de Lubero au Nord Kivu, où Oxfam international a augmenté ses opérations de secours devant la recrudescence des combats, des villageois ont rapporté que plusieurs milliers de maisons avaient été incendiées depuis le début des opérations militaires en janvier dernier. Au cours de la seule semaine dernière  au moins 250 maisons ont été réduites en cendres.

Marcel Stoessel, directeur d’Oxfam Grande Bretagne en RD Congo, témoigne, de retour d’un déplacement dans cette zone de conflit :

" Aucune zone de la région où je me suis rendu n’est sécurisée. Les villageois sont forcés de fuir, certains pour la cinquième ou sixième fois, et perdent de vue des membres de leurs familles en chemin. Les femmes sont violées et victimes de multiples exactions. Les gens se font voler leurs quelques biens et leurs maisons sont réduites en cendres – tout cela se passe en ce moment même, mais le monde détourne le regard."

Les récits que j’ai recueillis sont bouleversants. Une femme m’a expliqué avoir assisté au viol d’une de ses voisines par trois hommes armés. Elle pense que la victime est ensuite décédée. Elle s’est enfuie avec ses enfants, mais son mari est parti dans une autre direction et elle ne sait pas où il se trouve ».

Au moins 250 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs maisons depuis le mois de janvier. Oxfam international s’alarme du manque de protection des civils dans leurs villages d’origine mais également dans les villes où ils se réfugient, car des hommes armés s’y rendent également et violent de nombreux droits de l’homme.

Le nombre de casques bleus patrouillant dans les zones touchées par de nouvelles violences n’est pas suffisant et laisse les civils apeurés et vulnérables. Alors que la MONUC est composée d’environ 17 500 casques bleus, sa présence dans les zones où se regroupent les déplacés n’est que très peu visible.

« Les communautés nous expliquent qu’elles se sentiraient plus en sécurité si davantage de casques bleus patrouillaient à pied » explique Marcel Stoessel. Oxfam international appelle la MONUC à s’assurer que ses effectifs sont déployés dans les zones où elles pourront protéger au mieux les populations les plus exposées.

Oxfam international a augmenté de manière significative son aide d’urgence en fournissant de l’eau potable, des services sanitaires ainsi qu’en assurant une promotion essentielle d’hygiène élémentaire. Près de 150 000 personnes supplémentaires bénéficieront de cette assistance.

Oxfam international est également préoccupée par le sort des civils au Sud Kivu où s’étendent désormais les opérations militaires contre le FDLR. Des informations font état de milliers de personnes ayant pris la fuite, craignant une éruption de violences et d’attaques. Oxfam international a rapidement ouvert un bureau à Bukavu, au Sud Kivu, pour se préparer à une éventuelle crise humanitaire.

« Ce que nous avons vu au Nord Kivu constitue un terrible précédent qui pourrait se répéter au Sud Kivu » déclare M. Stoessel. « Oxfam international appelle l’ensemble des parties au conflit, notamment le gouvernement congolais, à respecter la vie, la dignité et les biens des civils ».

Notes aux rédactions

  1. Des photos et une vidéo de la récente mission de terrain d’Oxfam international sont disponibles sur xxx. Des villageois témoignent notamment des récentes attaques.
  2. Le 20 janvier dernier, les armées rwandaise et congolaise ont lancé conjointement avec la milice du CNDP une offensive pour désarmer par la force le groupe rebelle des FDLR. L’armée rwandaise a quitté l’Est de la RDC à la fin du mois de février de cette année. Le FDLR a depuis lancé de violentes attaques contre des villages.
  3. A la fin de l’année dernière, plus de 250 000 personnes avaient été déplacées par les combats entre le gouvernement congolais et les rebelles du CNDP.
  4. D’autres régions du Congo Est, comme les provinces du Haut Uélé et d’Ituri, à l’extrême Nord-Est du Congo, sont également frappées par la violence. Les combats entre les forces gouvernementales et le groupe rebelle de la LRA ont forcé plus de 190 000 personnes à quitter la région depuis le mois de décembre, selon les chiffres de l’ONU. La LRA a tué plus de 700 personnes et en a kidnappé plus de 300, dont de nombreux enfants. Dans la province de l’Ituri, des rapports préliminaires indiquent que les combats qui ont eu lieu la semaine dernière entre le FPJC, les rebelles du FRPI et l’armée du gouvernement ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes.
  5. En novembre 2008, le Conseil de sécurité de l’ONU promettait d’envoyer 3 000 casques bleus supplémentaires en RDC. Le Bangladesh et l’Égypte se sont également engagés à envoyer des troupes, mais jusqu’à présent, aucun soldat supplémentaire n’a été envoyé sur le terrain.