Est Congo. Janvier 2006. Marché de Katutu, Bukavu, Sud-Kivu. Les combats ont considérablement augmenté la faim, la maladie, et la mort, et d’indénombrables abus des droits de l’homme. Crédit  Tineke D'haese/Oxfam
Le besoin de protection des civils devrait être le point prioritaire à l’ordre du jour de la visite de la secrétaire d’État américaine.

République Démocratique du Congo: Hillary Clinton devrait attirer l’attention sur les problèmes de viol et de justice

“Le soutien des États-Unis aux efforts de l’ONU au Congo n’est pas un chèque en blanc. Les civils devraient être protégés”
Marcel Stoessel
Directeur d'Oxfam en RDC
Publié le : 10 Août 2009

Depuis le début des opérations militaires lancées en janvier 2009, le nombre de meurtres et de violence sexuelle contre les femmes, les filles, et également les hommes, a considérablement augmenté dans l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré aujourd’hui la Congo Advocacy Coalition (Coalition pour le plaidoyer en faveur du Congo), un groupe de 88 organisations humanitaires et de défense des droits humains. La coalition a vivement recommandé à la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, qui arrive aujourd’hui au Congo, de faire pression sur le gouvernement congolais et la force de maintien de la paix des Nations Unies afin qu’ils adoptent des mesures plus efficaces pour protéger les civils et traduire en justice les auteurs de crimes graves.

Depuis le début des opérations militaires en janvier dernier, plus de 600 civils ont été tués et des milliers de femmes et de filles violées par les groupes rebelles armés et les forces gouvernementales. Selon les évaluations de l’ONU, les violences ont forcé plus de 800 000 personnes à quitter leurs maisons, dont plus de 56 000 qui ont fui le territoire d’Uvira, dans le Sud-Kivu,  en juillet. « L’offensive, qui est soutenue par l’ONU, et qui était censée apporter des améliorations dans la vie de la population de l’est du Congo, se transforme au contraire en tragédie humaine », a déploré Marcel Stoessel, responsable d’Oxfam en RDC. « Mme Clinton doit faire très clairement comprendre que le soutien des États-Unis aux efforts de l’ONU au Congo n’est pas un chèque en blanc et que les civils devraient être protégés. »

Depuis le mois de mars, les Casques bleus de l’ONU appuient les opérations militaires congolaises, connues sous le nom de Kimia II, menées contre le groupe rebelle hutu rwandais, les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Ce soutien fait suite à des opérations conjointes antérieures lancées par les armées congolaise et rwandaise contre le groupe rebelle. Le gouvernement américain étant l’un des principaux soutiens financiers de la force de maintien de la paix de l’ONU, la Congo Advocacy Coalition a appelé Mme Clinton à faire pression pour que soit réalisée une évaluation plus approfondie des risques encourus par les civils dans le cadre des opérations de l’ONU. Des mesures concrètes doivent être prises par l’ONU et le gouvernement congolais afin d’atténuer ces risques, tout en accordant une attention particulière à la protection des femmes et des filles contre le viol.

Depuis le début des opérations militaires, les rebelles des FDLR se sont livrés à des représailles généralisées, tuant et violant sauvagement des civils congolais. Lors de l’une de ces attaques menée récemment, le 20 juillet, les rebelles ont tué plus de 20 civils dans le village de Manje, en territoire de Walikale, dans la province du Nord-Kivu. Comme lors d’attaques antérieures similaires, les rebelles ont massacré certaines victimes à coups de machette, en ont abattu d’autres avec des armes à feu et ont brûlé vives un certain nombre de personnes dans leurs maisons.

La Coalition a invité Mme Clinton à faire pression pour que les gouvernements congolais et rwandais, ainsi que l’ONU et ses États membres, revoient de toute urgence la stratégie qu’ils ont adoptée contre les rebelles des FDLR et planifient une nouvelle approche plus globale, mettant l’accent sur la protection des civils.
« À ce jour, ces opérations militaires n’ont apporté rien d’autre que d’effroyables souffrances à la population de l’est du Congo », a déclaré Anneke Van Woudenberg, chercheuse principale sur l’Afrique à Human Rights Watch. « Mme Clinton devrait offrir un engagement diplomatique américain de haut niveau pour déterminer comment résoudre le problème des FDLR et des autres groupes armés sans causer davantage de préjudices. »

Les soldats de l’armée congolaise ont perpétré des exactions graves et généralisées au cours des opérations militaires, y compris des viols. La majorité des cas de violence sexuelle signalés au Nord-Kivu depuis janvier ont été attribués à des soldats gouvernementaux. Le 4 juillet, le gouvernement congolais a annoncé une politique de « tolérance zéro » pour les exactions commises par les soldats de l’armée, déclarant par ailleurs que les commandants qui autorisent leurs soldats à perpétrer ce type de crimes seront tenus pour responsables. À ce jour, seule une poignée d’officiers ont été arrêtés.

L’impunité généralisée, l’intégration récente de 12 000 combattants des milices dans les rangs de l’armée, ainsi que les difficultés qui touchent le paiement des salaires sont autant de facteurs qui ont aggravé les problèmes de discipline qui rongent l’armée depuis de nombreuses années. « La multiplication des cas de viol dans une région qui compte déjà tant de victimes parmi les femmes et les filles est lamentable », a fait remarquer Olivia Caeymaex d’Enough. « La fin de l’impunité pour les viols et autres crimes graves doit être au cœur de toute stratégie visant à combattre la violence sexuelle. Mme Clinton devrait veiller à ce que les atouts diplomatiques et financiers dont disposent les États-Unis soient exploités pour promouvoir la traduction en justice de ceux qui portent la plus grande part de responsabilité dans ces actes. »

La Congo Advocacy Coalition a appelé Mme Clinton à mettre à profit sa visite pour :

  • Veiller à ce que le Conseil de sécurité de l’ONU fixe et se conforme à des conditions claires pour la poursuite du soutien aux opérations conjointes menées aux côtés de l’armée congolaise, notamment en s’assurant que les violateurs des droits humains ne participent pas aux actions militaires et en garantissant un contrôle rigoureux ainsi que l’application de sanctions appropriées pour toute violation du droit international humanitaire.
  • Faire pression sur les gouvernements régionaux et le Conseil de sécurité de l’ONU pour qu’ils revoient la stratégie actuelle mise en place contre les rebelles des FDLR et recommander, entre autres mesures, une nouvelle approche globale qui met l’accent sur la protection de la population civile, l’arrestation des personnes recherchées pour génocide, ainsi qu’un programme plus efficace de désarmement volontaire et de démobilisation.
  • Exhorter le gouvernement congolais à traduire en justice les responsables de violations graves des droits humains, notamment de violences sexuelles, au sein de l’armée congolaise, en particulier les officiers supérieurs engagés dans les opérations militaires actuelles.
  • Exhorter le gouvernement congolais à entreprendre, avec le soutien des Etats-Unis, des réformes en profondeur du secteur de la sécurité et s’attaquer aux causes structurelles du conflit dans l’est de la RDC, parmi lesquelles figurent les problèmes de la terre, des moyens d’existence et de la représentation équitable de toutes les communautés.

Notes aux rédactions

La Congo Advocacy Coalition est un groupe d’organisations non gouvernementales locales et internationales créé en 2008 pour attirer l’attention sur la protection des civils et le respect des droits humains dans le cadre du processus de paix au Congo. Les organisations suivantes sont membres du comité de pilotage de la coalition : ActionAid, Enough, Human Rights Watch, le Norwegian Refugee Council, Oxfam, War Child Holland, le Conseil Régional des Organisations Non Gouvernementales de Développement (CRONGD) – Nord-Kivu, Promotion et Appui aux Initiatives Féminines (PAIF) – Nord-Kivu, l’Initiative Congolaise pour la Justice et la Paix (ICJP) – Sud-Kivu, et l’Association des Femmes Juristes du Congo (AFEJUCO) – Sud-Kivu.