El Fasher, Darfur. Crédit: Jane Beesley/Oxfam
L’an passé a été le témoin d’une résurgence de la violence au Sud-Soudan

Le monde doit agir sans délai afin d’éviter une nouvelle guerre au Soudan, avertissent 10 ONG

“Il est encore temps d’éviter le désastre, mais les 12 prochains mois seront cruciaux pour le plus grand pays d’Afrique”
Maya Mailer
Co-auteure du rapport, Oxfam
Publié le : 7 Janvier 2010

Dix ONG ont averti aujourd’hui qu’en l’absence d’une intervention internationale urgente pour préserver l’accord de paix ayant mis fin à l’une des guerres les plus longues et les plus meurtrières d’Afrique, un conflit de grande ampleur pourrait ressurgir au Sud-Soudan. 

Dans un nouveau rapport intitulé  «Sauver la paix au Sud-Soudan»  publié à la veille du cinquième anniversaire de la ratification de l’accord de paix conclu entre le gouvernement soudanais et le Mouvement de libération du peuple du Soudan, les organisations soulignent qu’un cocktail mortel, composé de violences, de pauvreté chronique et de tensions politiques, a entraîné l’accord de paix au bord de l’effondrement.

« Il est encore temps d’éviter le désastre, mais les 12 prochains mois seront cruciaux pour le plus grand pays d’Afrique. L’an passé a été le témoin d’une résurgence de la violence au Sud-Soudan. Cette violence pourrait encore augmenter et devenir en 2010 l’une des plus graves situations d’urgence en Afrique » déclare Maya Mailer d’Oxfam International, co-auteure du rapport.

En 2009, environ 2 500 personnes ont été tuées et 350 000 autres ont fui leur foyer, soit un bilan humain plus lourd que celui de l’année passée au Darfour. Selon les organisations, le monde a largement ignoré ces souffrances. Les communautés révèlent que les femmes et les enfants ont de plus en plus été visés par les attaques sur les villages sans que le Gouvernement du Sud-Soudan ni les forces internationales de maintien de la paix n’aient été capables d’assurer leur sécurité.

Le rapport affirme qu’au cours des 12 prochains mois, un certain nombre d’événements pourraient potentiellement entraîner une flambée de violence s’ils sont ignorés, notamment la tenue des premières élections multipartites en 24 ans et le référendum dans le cadre duquel les Soudanais du Sud décideront de rester unis au Nord ou de faire sécession pour devenir indépendants.

Afin de protéger les civils lors de cette période décisive, les organisations ont exhorté  le Conseil de sécurité des Nations unies à s’assurer que la protection des civils devienne l’une des principales priorités de l’UNMIS, la force de maintien de la paix de l’ONU. Les organisations ont également appelé la communauté internationale à faciliter la médiation entre le Nord et le Sud avant les élections et le référendum, dans l’objectif de réduire les risques de conflit et de soutenir les efforts sécuritaires déployés par le gouvernement du Sud.

Les organisations ont également averti que la frustration grandissante à l’égard de l’absence de développement au Sud-Soudan réduit les chances de paix. Moins de la moitié de la population dispose d’un accès à l’eau potable et les taux de mortalité maternelle sont parmi les pires au monde. Il existe à peine 50 km de routes goudronnées dans l’ensemble de la région, dont la superficie équivaut à celle de la France, et de nombreuses zones sont coupées du monde pendant les mois de pluies, ce qui rend l’aide humanitaire quasiment impossible. Près de 80 % des adultes ne savent ni lire ni écrire et un enfant sur sept décède avant son cinquième anniversaire.

« Après cinq ans de paix, le Sud-Soudan reste l’une des régions les plus pauvres du monde. Les gens s’attendaient à ce que la paix soit synonyme de bénéfices économiques et de développement. Mais la reprise économique est bien trop lente laissant de côté certaines régions. Nous sommes très inquiets pour les enfants qui semblent être de plus en plus souvent pris pour cible par les attaques menées sur les villages. Les bailleurs de fonds internationaux et le gouvernement doivent sans délai améliorer l’aide apportée à ces régions, » souligne Francisco Roque, le Responsable pays de Save the Children au Sud-Soudan.

Pour les ONG, l'éventuel retour d’un conflit aurait des conséquences catastrophiques bien au-delà des frontières du Sud-Soudan. La guerre civile est responsable du décès de 2 millions de personnes et a contraint 4 autres millions à fuir leur foyer, la plupart d’entre elles ayant trouvé refuge dans les pays voisins. La guerre a déstabilisé toute la région, a nourri d’autres conflits et occasionné des souffrances dans l’ensemble des régions d’Afrique centrale et de l’Est.  

La crise du Sud-Soudan s’aggrave à un moment où la situation au Darfour, à l’Ouest du Soudan, reste l’une des plus importantes situations d’urgence humanitaire au monde. Les organisations préviennent  qu’il ne pourra y avoir de paix durable au Darfour si les accords de paix entre le Nord et le Sud échouent en raison du manque de soutien de la communauté internationale.
 
« Nous avons besoin d’un engagement diplomatique soutenu de la part de la communauté internationale, y compris des pays voisins du Soudan. Celà avait permis dans un premier temps d’aboutir à un accord de paix que beaucoup considéraient initialement comme impossible.  Aujourd’hui, un nouvel engagement est nécessaire pour s’assurer que tous ces efforts ne seront pas réduits à néant. Un retour aux armes n’est pas inévitable, mais le sort  du Sud-Soudan repose entre les mains du monde qui devra prendre au sérieux les signaux d’alarme de l’année dernière et afficher sa volonté politique de sauver la paix », ajoute Armelle Guillembet du Secours catholique - Caritas France.

Notes aux rédactions

L'Accord de Paix global de 2005 a été signé le 9 janvier 2005 et a permis de mettre fin à la guerre entre le Nord et le Sud du Soudan qui fit 2 millions de victimes.
 
Les 10 organisations signataires de cet appel sont: Christian Aid, Cordaid, Handicap International, ICCO, International Rescue Committee, Oxfam International, Save the Children Sudan, Caritas France/ Secours Catholique, TearFund y World Vision.

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