Une sculpture de sable, à Cancun. Photo : Ainhoa Goma/Oxfam

Tribune : la gueule de bois de Copenhague enfin derrière nous

“Cancun est un chapitre important de l'histoire épique de la lutte mondiale contre le changement climatique. Si les pays voient dans Cancun ce qu'il est, un tournant sur lequel bâtir, le bout du tunnel pourrait bien être en vue.”
Jeremy Hobbs
Directeur exécutif, Oxfam International
Publié le : 15 Décembre 2010

Nous avons traversé l'année qui vient de s'écouler avec la gueule de bois de Copenhague : déception, méfiance, scepticisme et perte de repères. Et alors que beaucoup plus aurait pu être accompli à Cancun, nous sommes au moins passés à l'étape suivante.

Le sommet de Cancun n'a certes pas été parfait, mais des éléments constructifs ont été établis pour nous remettre sur la voie de la récompense ultime, celle d'un accord équitable, juridiquement contraignant et ambitieux. Cela est important. Nous avons passé un cap, loin du chaos froid et gris de Copenhague, en grande partie grâce aux efforts du gouvernement mexicain.

Le genre de progrès accomplis à Cancun ne fait pas la Une des journaux. Mais paradoxalement, nous avons bien plus avancé dans ce lieu de villégiature mexicain que lors de la fête branchée de l'an dernier. Oui, l'accord de Cancun n'est pas suffisant pour lutter à lui seul contre le changement climatique, mais des décisions cruciales ont été prises.

En particulier la mise en place d'un Fonds pour le climat - un guichet unique qui canalisera la distribution des financements essentiels pour les personnes et les communautés qui en ont le plus besoin face aux impacts du changement climatique. Cela a toujours été la pierre angulaire pour obtenir un accord entre pays riches et pauvres à Cancun.

Les promesses nettement insuffisantes de réduction des émissions faites après Copenhague sont désormais ancrées comme un minimum à atteindre, avec une procédure pour les augmenter conformément aux exigences scientifiques.

Le Protocole de Kyoto - qui a été durement traité au cours de ces deux dernières semaines - a survécu. Tout juste. Il reste tellement à faire, mais nous disposons maintenant d'une base indiquant que les réductions des émissions doivent se référer à 1990 - et non à 2005, ce qui les rend plus ambitieuses. Les pays en développement ont désormais plus confiance sur le soutien des pays riches au maintien de la deuxième période d'engagement.

Ce n'est pas la fin de l'histoire, ce n'est que le début. Nous avons besoin d'augmenter les engagements de l'Accord de Cancun et d'assurer la mise en œuvre de mécanismes de contrôle vis-à-vis des Etats-Unis pour garantir de réelles réductions des émissions. Ce point est crucial puisque les Etats-Unis ne sont pas légalement liés par le Protocole de Kyoto. Nous avons besoin d'identifier des sources de financement à long terme. L'Organisation maritime internationale doit, lors de sa prochaine réunion au printemps, discuter de taxes sur les transports maritimes internationaux qui ne sont actuellement pas réglementés. L'aviation internationale doit également faire partie de cette équation.

Les femmes, parmi les personnes les plus touchées par le changement climatique, sont devenues invisibles dans l'accord sur les finances. Elles avaient pourtant fait une brève apparition en début de semaine dernière quand il a été proposé que les femmes soient représentées au Conseil du Fonds pour le climat. Elles doivent être représentées.

En marge des négociations sur le climat de l'ONU, les Etats-nations et les blocs peuvent accroître leur détermination à lutter contre le changement climatique. L'Union européenne doit augmenter ses objectifs de réductions des émissions et passer de 20 pour cent par rapport aux niveaux de 1990 d'ici à 2020 à au moins 30 pour cent. Le Royaume-Uni devrait adopter la recommandation du Comité sur les changements climatiques de fixer une cible de 60 pour cent d'ici à 2030. Les pays riches doivent tirer les leçons de la période d'essai des financements précoces et s'assurer que les sommes soient véritablement additionnelles à l'aide publique au développement.

Les pays riches doivent faire preuve de bien plus de fermeté pour mener la lutte contre le changement climatique. Aux Etats-Unis, les efforts doivent peut-être venir d'en bas, en mobilisant à la base pour une action forte au niveau de l'Etat et en continuant à faire pression sur le gouvernement fédéral qui continue de freiner une véritable action climatique mondiale.

Le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Inde et la Chine devraient s'appuyer sur les actions ambitieuses qu'ils ont définies depuis Copenhague et réitérées à Cancun, établissant un nouveau modèle de développement propre et d'éradication de la pauvreté. Et les gouvernements des pays les plus vulnérables, les personnes les moins responsables de la crise climatique, mais qui sont les premières à subir ses pires effets, doivent élaborer des plans à long terme pour renforcer la résilience de leur population et des communautés aux impacts climatiques. Bon nombre des pays les plus pauvres ont déjà présenté des plans ambitieux visant à contrôler l'augmentation des émissions - comme le projet des Maldives d'être neutre en carbone d'ici à 2020. La communauté internationale doit les soutenir dans ces efforts plus que vitaux.

Cancun est un chapitre important de l'histoire épique de la lutte mondiale contre le changement climatique. Si les pays voient dans Cancun ce qu'il est, un tournant sur lequel bâtir, le bout du tunnel pourrait bien être en vue.

Jeremy Hobbs - Directeur exécutif d'Oxfam International

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