Financement de l’aide humanitaire en Côte d’Ivoire : plusieurs millions manquent à l’appel

“Les besoins, urgents, ne seront satisfaits que par une augmentation considérable du financement de la communauté internationale”
Philippe Conraud
Coordonnateur des opérations humanitaires d'Oxfam en Afrique de l'Ouest
Publié le : 21 Mai 2011

Après des mois de conflit, le déficit de financement persiste, s’élevant à 200 millions de dollars, selon Oxfam

Alors que la cérémonie d’investiture du président de Côte d’Ivoire Alassane Ouattara se tient aujourd’hui en présence de chef-fe-s d’Etat du monde entier, plus de 300 000 personnes sont toujours déplacées loin de leurs foyers à travers le pays et dans le Libéria voisin. Elles ont terriblement besoin d’aide. 

Des mois de violence ont engendré une crise humanitaire grave, pourtant les appels de l’ONU ne restent financés qu’à hauteur de 35 %, les bailleurs ayant fourni un montant de 200 millions de dollars inférieur à la somme nécessaire. 

En Côte d’Ivoire, l’intervention humanitaire n’est financée qu’à 28%, 120 millions de dollars supplémentaires étant encore nécessaires pour venir en aide à plus de 200 000 personnes toujours déplacées à ce jour, dont les maisons et les fermes ont été détruites ou qui craignent de rentrer chez elles. 

Au Libéria voisin, l’intervention humanitaire n’est financée qu’à 42%, plus de 80 millions de dollars manquant encore pour soutenir plus de 135 000 réfugiés ivoiriens, lesquels demeurent dans des camps ou des familles d’accueil. Entre 200 et 400 personnes continuent d’arriver chaque jour.

"La crise est loin d’être terminée", souligne Philippe Conraud, coordonnateur régional des opérations humanitaires d'Oxfam. "Il y a un besoin urgent d’améliorer les conditions des personnes déplacées au Libéria et en Côte d’Ivoire et d’aider celles qui retournent chez elles à reconstruire leur vie. Ces besoins ne seront satisfaits que par une augmentation considérable du financement de la communauté internationale." 

Les problèmes d’alimentation sont particulièrement préoccupants. Au Libéria, la majorité des réfugiés continuent de vivre avec les communautés d'accueil et les ressources, déjà limitées, s’amenuisent. Des enquêtes d’Oxfam montrent que de nombreuses familles ne mangent qu'une seule fois par jour alors que d'autres sont contraintes de consommer les graines qui étaient destinées aux prochaines récoltes. Quatre mois après le premier appel d'urgence, des milliers de réfugiés n'ont toujours pas reçu d’aide alimentaire et les besoins des familles locales qui les accueillent ne sont toujours pas pris en charge.

Dans de nombreuses régions de Côte d'Ivoire, des rapports indiquent que les dernières récoltes ont été fortement perturbées par le conflit, alors que beaucoup de ceux qui retournent chez eux ont certainement manqué la possibilité de semer pour l'année à venir.

"Les réfugiés ivoiriens continuent d'arriver chaque jour au Libéria, déclare Philippe Conraud. Beaucoup de personnes à qui nous parlons ont passé des semaines et des mois à se cacher dans la forêt, survivant de racines, feuilles et fruits. Ils arrivent ici fatigués, dans la peur et ont besoin d'aide de toute urgence."

"Le nouveau gouvernement de Côte d'Ivoire doit relever de nombreux défis, mais la priorité doit être concentrée sur les besoins humanitaires urgents des personnes qui vivent dans des conditions inacceptables depuis maintenant des mois." 

Oxfam intervient pour fournir de l’eau, des installations sanitaires et de la nourriture à plus de 100 000 personnes dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, une des régions les plus touchées par le conflit. Cette intervention s’étend jusqu’au Libéria, dans les comtés de Grand Gedeh et du Maryland où sont hébergés plus de 80 000 réfugiés.

Notes aux rédactions

1. Plus de 135 000 réfugiés demeurent au Libéria (cas enregistrés via le système d’urgence du HCR).

2. Plus de 200 000 personnes restent sans abri en Côte d'Ivoire, un nombre susceptible d'être largement sous-estimé puisque la majorité des gens vivent avec des familles locales à défaut de sites officiels.

3. Le plus grand camp de déplacement est organisé par la mission catholique de Duékoué, avec 27 000 personnes enregistrées.

4. Les chiffres cités sont pour le financement du plan d'action humanitaire d'urgence pour le Libéria et le "plan d'action humanitaire d'urgence pour la Côte d'Ivoire + 4" de l’ONU. Les sommes fournies par l’intervention humanitaire sont enregistrées par les services de suivi financier des Nations Unies du BCAH. En plus du financement des interventions de secours, une somme supplémentaire de 75 millions de dollars a été fournie par les donateurs pour d'autres besoins d'urgence dans les deux pays.

Contacts

Anna Ridout, Press Officer: +44 (0)1865 473415 / +44 (0)7766 443506 / ARidout@oxfam.org.uk

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