Sud-Soudan : Le Conseil de sécurité doit faire passer la vie des populations avant les économies budgétaires

“Les sud soudanais méritent le soutien entier et total du Conseil de sécurité de l’ONU”
Kirsten Hagon
Directrice du bureau d’Oxfam à New York
Publié le : 5 juillet 2011

Choisir l’option la moins onéreuse coûterait des vies et risquerait de déstabiliser davantage la région, prévient Oxfam

Un nombre insuffisant de soldats du maintien de la paix des Nations unies pour la prochaine mission au Sud-Soudan pourraient mettre en danger des milliers de vies et fragiliser la stabilité future du pays, estime l’ONG internationale Oxfam. Alors que la question est en discussion au Conseil de sécurité cette semaine, l’organisation tire la sonnette d’alarme : en ne mettant pas à disposition les ressources et financements nécessaires – y compris en réduisant les personnels civils et militaires sur le terrain –, le Conseil de sécurité risque d’ébranler considérablement les progrès accomplis au cours des six dernières années.

« S’il y a bien un moment où le Conseil de sécurité et les pays qui contribuent au maintien de la paix sur le territoire doivent soutenir les populations du Soudan, c’est maintenant. La violence augmente tous les jours, ce n’est donc vraiment pas le moment de faire des économies de bouts de chandelle en coupant le budget de la future mission de maintien de la paix ou en réduisant les effectifs militaires et civils sur le terrain. En cette période à la fois très optimiste et extrêmement tendue, les uns et les autres doivent joindre le geste à la parole et apporter un soutien fort au peuple du Sud-Soudan », selon Kirsten Hagon, directrice du bureau d’Oxfam à New York.

Pour l’ONG, les décisions concernant la future mission de l’ONU doivent refléter les besoins réels du pays et non des préoccupations budgétaires de court terme. Les premiers mois de l’année 2011 ont été encore plus meurtriers que l’ensemble de l’année 2010 (1800 morts en 2011 contre moins de 1000 morts en 2010) souligne encore Oxfam. Les violences des dernières semaines à Abyei, dans le Sud Kordofan et dans le Sud-Soudan en général ont également forcé plus de 180 000 personnes à fuir leurs villages, selon les derniers rapports de l’ONU. Outre les violences à la frontière Nord-Sud, des pillages de bétail meurtriers, des violences intercommunautaires, ainsi que des affrontements entre rebelles du sud et soldats de l’armée ont provoqué la mort de centaines de personnes et la fuite de dizaines de milliers d’autres cette année.

En dépit du louable engagement pris par le gouvernement de protéger sa population contre la violence, le Sud Soudan continue d’avoir besoin du soutien de la communauté internationale pour assurer la sécurité des civils et promouvoir l’Etat de droit, estime Oxfam. Les effectifs militaires et civils doivent d’abord être déterminés en fonction des besoins des populations et ne peuvent décemment aller en deçà des modestes recommandations du Secrétaire général des Nations unies, telles que formulées dans son dernier rapport.

« Des centaines de milliards de dollars ont été dépensés en Afghanistan et plus récemment, plus d’un milliard de dollars a été dépensé en Libye, soit le coût de la mission actuelle de l’ONU au Soudan sur une année. Les Sud-Soudanais méritent le soutien entier et total du Conseil de sécurité de l’ONU », affirme encore Kirsten Hagon.

« La France a dépensé 90 millions d’euros pour les trois premiers mois de l’intervention en Libye, soit 73% de plus que sa contribution au budget de la mission des Nations unies au Sud-Soudan pour toute l’année 2010. Alain Juppé, qui doit se rendre à Juba ce samedi 9 juillet pour la cérémonie d’indépendance du Sud-Soudan, doit pouvoir annoncer aux populations locales que la France ne prend pas leur sécurité à la légère et continuera d’apporter son soutien financier à la hauteur des défis auxquels le nouvel Etat va devoir faire face ».

En savoir plus

Blog : Soudan : qu'est-ce-qui attend la région d'Abyei ?

Conflits et urgences : les campagnes d'Oxfam

Notes aux rédactions

  • Les 5 membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ont investi en 2010 la somme exorbitante de 996 milliards de dollars en dépenses militaires.
  • Le budget annuel de la mission de maintien de la paix de l’ONU est de 9 milliards de dollars environ.
  • Selon l'OCHA, en 2009 plus de 350.000 personnes ont été déplacées par les violences et 2.500 tuées dans le sud du Soudan. En 2010, plus de 223 000 personnes ont été déplacées et près de 1000 tuées. A la mi-Juin 2011, plus de 300 incidents avaient eu lieu en zone de conflits, avec plus de 1800 personnes tuées et 264 000 personnes déplacées dans le sud du Soudan.
  • La France a dépensé selon le Ministère de la Défense environ 90 millions d’euros pour les trois premiers mois de son intervention en Libye (http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20110621trib000631032... ). Elle contribue par ailleurs à hauteur de 7,56% au budget des opérations de maintien de la paix (http://www.franceonu.org/spip.php?article3996 ). Le Budget annuel de la Minus pour 2010-2011 était estimé à un peu plus d’un milliard de dollars. (http://www.un.org/en/peacekeeping/missions/unmis/facts.shtml ), soit une contribution de la France d’environ 76, 2 millions de dollars, (52,4 millions d’euros). La France dépense chaque jour sept fois plus pour son intervention en Libye (soit 1 millions d’euros par jour environ) que pour le financement de la mission des Nations unies au Sud Soudan (environ 143 000 euros).

Contacts

Louis Belanger, louis.belanger@oxfaminternational.org, +1 212 687 2678 ou +1 917 224 0834, Twitter: @louis_press

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