Afghanistan : police et armée ne sont toujours pas prêtes à assurer la protection des civils

“La communauté internationale doit changer les choses avant qu’il ne soit trop tard et s’assurer que les Afghans disposent de forces de police qui inspirent la confiance et qui les protègent”
Asuntha Charles
Directrice pays pour Oxfam en Afghanistan
Publié le : 22 Septembre 2011

Alors que le conflit afghan atteint sa dixième année, les débordements policiers doivent prendre fin

L’organisation internationale Oxfam affirme que l’armée afghane, et surtout la police, ne sont toujours pas prêtes à assurer correctement la sécurité des civils. En effet, 20 000 officiers sont toujours en attente de formation, tandis que les forces de police ne mènent souvent aucune enquête sur les morts de civils qui lui sont imputées. Oxfam exhorte les alliés internationaux de l’Afghanistan à combattre les abus de pouvoir des policiers et à faire de la réforme des forces de police l’une des priorités des programmes de transfert de responsabilités en Afghanistan.

Alors que l’intervention militaire occidentale en Afghanistan approche sa dixième année, Oxfam affirme que des cas de mauvais traitement de civils par des officiers de police afghans sont signalés continuellement et demeurent impunis, alors même que la formation des officiers de police a été améliorée : allongée de six à huit semaines, elle comprend dorénavant une composante sur les droits humains.

Oxfam ajoute qu’en l’absence de formation sur l’usage de la force létale, les officiers ont davantage tendance à tirer dans la foule à balles réelles. Ainsi, au cours des six premiers mois de cette année, au moins 25 civils ont été tués et 159 blessés dans des incidents liés au contrôle des foules.

Oxfam affirme également que de nombreux cas de violence et d’exploitation sexuelle contre de jeunes garçons par les forces de police sont régulièrement signalés, tandis que le mauvais traitement des prisonniers dans les centres de détention a poussé la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (FIAS) à suspendre les transferts de détenus vers des prisons afghanes.

L’organisation affirme de surcroît que les allégations de mauvaise conduite des forces de police ne font jamais l’objet d’une enquête en bonne et due forme, et que les officiers ne comprennent pas très bien en quoi consiste leur devoir de responsabilité envers les civils. Aucun des incidents survenus pendant des opérations de contrôle des foules n’a fait l’objet d’une enquête, alors même qu’ils se sont soldés par un nombre significatif de décès aux mains de la police. Par exemple, en avril, une dizaine de civils ont péri dans un incident de ce type à Kandahar et pourtant, le ministère de l’Intérieur afghan a déclaré qu’aucune enquête n’était en cours car personne n’avait porté plainte.

Oxfam en appelle à tous les alliés internationaux de l’Afghanistan pour qu’ils s’assurent que de tels incidents et de telles accusations à l’encontre des forces de police fassent l’objet d’enquêtes approfondies, transparentes et dénuées de toute ingérence politique.

Oxfam demande aussi à la communauté internationale de veiller à ce que soient formés de toute urgence les quelques 20 000 officiers de police qui n’ont pas encore suivi de formation, et de considérer la possibilité d’une formation de longue durée pour les forces de police. Actuellement, une fois qu’ils ont terminé leur cursus de huit semaines, les officiers ne suivent plus aucune formation. À titre de comparaison, les nouvelles recrues de la police britannique suivent des stages de perfectionnement au cours des deux premières années de service.

Asuntha Charles, directrice pays pour Oxfam en Afghanistan, souligne : « De nombreux Afghans regardent les forces de police avec crainte, et non avec confiance. Toutefois, la présence d’officiers de police bien formés et responsables envers leurs concitoyens est vitale pour l’établissement d’une sécurité durable en Afghanistan. Au cours de ces dix dernières années, la communauté internationale s’est principalement attelée à multiplier le nombre d’officiers sur le terrain, sans trop se soucier de la qualité des officiers recrutés. Beaucoup d’Afghans pensent, à juste titre, que les soldats et les officiers de police afghans peuvent recourir à la violence en toute impunité. La communauté internationale doit changer les choses avant qu’il ne soit trop tard et s’assurer que les Afghans disposent de forces de police qui inspirent la confiance et qui les protègent ».

Oxfam affirme que, étant donné les proportions catastrophiques de la violence contre les femmes en Afghanistan, la communauté internationale doit exhorter le gouvernement afghan à multiplier les efforts pour recruter des femmes dans la police. Près de 90 % des Afghanes ont été victimes d’au moins un type de violence physique, sexuelle ou psychologique, à un moment de leur vie. Pourtant, les forces de sécurité ne comptent que 1 000 femmes dans leurs rangs, soit moins de 0,5 % du total des officiers. Cette situation est particulièrement problématique dans la mesure où de nombreuses femmes ne sont prêtes à signaler des crimes qu’à d’autres femmes.

Oxfam fait aussi part de ses préoccupations quant à l’initiative Police locale afghane (Afghan Local Police, ALP), qui consiste à apporter un appui aux milices locales pour étouffer l’insurrection. L’organisation demande aux États-Unis de suspendre immédiatement tout financement apporté à cette initiative en raison de signalements continuels de mauvaise conduite de la part des membres de l’ALP, dont des vols, des agressions et même des assassinats. Les shuras - les assemblées locales des sages - sont censées veiller à la bonne conduite de l’ALP et traiter les plaintes, mais il demeure incertain si elles ont suffisamment de pouvoir, ou de légitimité, pour remplir cette mission.

Enfin, Oxfam estime également que l’armée n’est pas adéquatement équipée pour réagir lorsque des civils sont victimes de tirs croisés au cours des opérations de combat. Les forces afghanes disposent de peu de capacités pour enquêter et n’ont aucun système informatique de suivi des victimes civiles ni aucun système en place pour indemniser les individus pour les dommages qu’elles leur ont causés par inadvertance. À l’heure actuelle, c’est la Force internationale d’assistance à la sécurité (FISA) qui a pour responsabilité de recenser les pertes civiles, d’enquêter à leur sujet et d’indemniser les victimes. Toutefois, ce système est inadapté ; une meilleure solution doit être trouvée de toute urgence et intégrée au programme de transfert des responsabilités car il faut du temps pour mettre en place ce type de système.

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Crise en Afghanistan

Notes aux rédactions

Quatre mois après la publication de son rapport sur la responsabilité de la police et de l’armée afghanes, Oxfam a produit un document de mise à jour sur le sujet, à l'occasion du 10e « anniversaire » de l'intervention militaire en Afghanistan. Pour obtenir un exemplaire du rapport original ou de cette mise à jour, veuillez prendre contact avec Rebecca Wynn au 01865 472530 ou au 07769 887139 ou sur rwynn@oxfam.org.uk

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