Amir Nasser, 12 ans, camp de réfugiés de Jamam, Sud-Soudan. Photo: John Ferguson
Oxfam vient en aide aux réfugiés fuyant les combats du Soudan vers le Soudan du Sud

Un an après, le Soudan du Sud chancèle sous le poids d’une économie défaillante

“La paix, une économie stable et des investissements d'avenir permettraient à la population du Sud-Soudan de subvenir elle-même à ses besoins alimentaires.”
Publié le : 9 juillet 2012

Les prix de la nourriture et du carburant s’envolent et aggravent la crise humanitaire, tandis que le pays s’enfonce dans la crise économique

Un an après l’indépendance du Soudan du Sud, le 9 juillet, le jeune pays fait face à sa pire crise humanitaire depuis la fin de la guerre en 2005, sous la pression d’une situation économique très détériorée et du conflit actuel.

Pour Oxfam, les actions humanitaires et de développement, dont dépend la moitié de la population qui n’a pas assez à manger, pourraient être mises en péril par une économie désormais hors de contrôle.

Des investissements cruciaux en faveur des infrastructures et des services (construction de nouvelles routes, d’écoles, de réseaux de distribution d’eau, éducation), font l’objet de coupes drastiques, alors que le pays est au bord de la catastrophe économique. Les prix de la nourriture et du carburant ont atteint des niveaux sans précédent. L’inflation a fait un bond entre février et mai, passant de 21,3% à 80%, ce qui a rendu l’achat de nourriture et de biens de première nécessité hors de portée pour la majorité de la population. La moitié des 9,7 millions de Soudanais du Sud subissent des pénuries alimentaires, des chiffres qui ont plus que doublé depuis l’année dernière.

Dans la région du Haut-Nil, où Oxfam fournit de l’eau et des installations sanitaires à des réfugiés qui continuent à fuir les combats au Soudan, l’inflation et le conflit sont responsables d’une augmentation de 111% des prix du carburant. Un baril de 200 litres d’essence coûte désormais près de 1 600 dollars, alors qu’il en coûtait 600 en janvier. Les pompes utilisées pour remplir d’eau les citernes fournies par Oxfam pour les 32 000 réfugiés du camp de Jamam nécessitent un baril de carburant tous les deux jours pour fonctionner.

Une lutte quotidienne pour la survie

« A l’euphorie de l’indépendance succède la réalité de la lutte quotidienne pour la survie, souligne Helen McElhinney, d’Oxfam. Le nombre de personnes sous-alimentées a doublé par rapport à l’année dernière. Dans les camps situés à la frontière, les réfugiés vivent dans des conditions terribles, et manquent d’eau. Le gouvernement du Soudan du Sud doit travailler avec la communauté internationale afin de remettre sur pied son économie et d’empêcher le plus jeune pays du monde de s’enfoncer dans une crise prolongée. »

L’escalade des hostilités depuis l’année dernière entre le Soudan et le Soudan du Sud a limité les échanges et a coupé la circulation des personnes, de carburant et de biens, empêchant les populations de gagner leur vie. Dans les Etats frontaliers, les étalages des marchés sont presque vides, et les prix des aliments de base – comme une boîte de millet qui nourrit une famille de cinq personnes pendant deux jours – ont quadruplé. La valeur de la livre sud-soudanaise a chuté par rapport au dollar, empêchant les petits commerçants de remplir leurs étals avec des biens importés dont l’économie du pays dépend fortement.

Le potentiel important du Soudan du Sud

Le Soudan du Sud est de plus en plus dépendant de l’aide alimentaire. Pourtant, selon Oxfam, la paix, une économie stable et des investissements d'avenir permettraient à la population du Sud-Soudan de subvenir elle-même à ses besoins alimentaires.

Le Soudan du Sud bénéficie d’importantes réserves en eau et d’un sol fertile, mais moins de 5% des terres sont cultivées. L’agriculture a prospéré durant les années qui ont suivi l’Accord de paix global. Ainsi en 2008, la région qui constitue désormais le Soudan du Sud connaissait une récolte record grâce aux pluies et à l’aide du gouvernement, la rendant autosuffisante au niveau de ses cultures de base, ce qui constituait une première.

« Le Soudan du Sud pourrait être autosuffisant sur le plan alimentaire, et pourrait même constituer le grenier de la région. Pourtant, le pays n’a jamais connu autant de pénuries de nourriture depuis l’accord de paix de 2005, qui a mis fin à la plus longue guerre civile d’Afrique. Cette situation s’explique par les conflits à répétition et par le fort ralentissement de l’économie. Nous ne pouvons pas laisser les investissements dans l’agriculture et l’accès à l’eau, dans l’éducation et d’autres services cesser à cause de la crise économique et de l’escalade du conflit. Si la crise dure, le développement socio-économique du Soudan du Sud risque d’en pâtir et de ne jamais tirer profit de son immense potentiel », ajoute Helen McElhinney.

Oxfam appelle les gouvernements des deux pays, avec le soutien de la communauté internationale, à de nouveau se concentrer sur les négociations menées par l’Union africaine. L’ONG appelle par ailleurs les donateurs à continuer à répondre aux urgences humanitaires et aux enjeux de développement sur le long terme.

En savoir plus

Urgence : L'action d'Oxfam face à la crise au Soudan et au Soudan du Sud

Photos : La vie quotidienne dans le camp de réfugiés de Jamam, Soudan du Sud

Notes aux rédactions

Réfugiés et population de retour au Soudan du Sud

Du fait des conflits dans les Etats soudanais du Nil Bleu et du Sud Kordofan, le Soudan du Sud compte désormais 170 000 réfugiés, la plupart arrivant dans des zones reculées et appauvries du pays, qui ne subviennent que difficilement aux besoins de la population locale. Les réfugiés continuent d’affluer dans les camps où les ONG sont déjà très sollicitées pour répondre aux urgences en matière d’accès à la nourriture, l’eau et à des abris.

De plus, près de 400 000 Soudanais du Sud qui résidaient au Soudan sont retournés dans leur pays d’origine depuis la fin de l’année 2010, exerçant une pression importante sur les ressources disponibles dans un des pays les moins développés du monde. Beaucoup de personnes de retour au Soudan du Sud ont vécu la plus grande partie de leur vie dans le Nord, et font face à de multiples défis culturels, économiques et sécuritaires à leur retour.

L’évacuation des réfugiés

Les pluies dans le camp de réfugiés de Jamam ont compliqué le travail humanitaire, certaines parties du camp ne pouvant recevoir cette assistance. La réinstallation des réfugiés à partir du camp de Jamam est d’autant plus cruciale que l’eau potable vient à manquer, que beaucoup de réfugiés sont encore localisés dans des zones inondables et que les tentes ont été inondées. Il est impossible de fournir des abris secs à ces personnes, et il y a de très grands risques que des maladies propagées par l’eau se répandent dans le camp dans les trois prochains mois. Oxfam a agi auprès des décideurs politiques depuis février pour un transfert des réfugiés du camp de Jamam vers un nouveau lieu, où ils auront accès à de l’eau potable en quantité suffisante pour répondre à leurs besoins. Ce transfert doit avoir lieu avant que les pluies ne rendent les transports trop difficiles.

Que fait Oxfam au Soudan du Sud ?

Oxfam est présent et travaille au Soudan du Sud depuis trente ans. L’ONG intervient aussi bien dans le domaine de l’aide humanitaire que dans celui du développement à long terme. Elle fournit de l’eau et des installations sanitaires, et travaille sur les questions d’hygiène et de santé publique, les moyens de subsistance durable, la sécurité alimentaire et les programmes d’éducation à travers tout le pays. Oxfam travaille avec des organisations et des partenaires de la société civile locale, dont des groupes de femmes.

Contacts

Pour de plus amples informations, merci de bien vouloir contacter :

Magali Rubino, responsable communication et médias (Oxfam France) : + 33 1 56 98 24 45 / + 33 6 30 46 66 04 / mrubino@oxfamfrance.org /  @magalirubino

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