-
- (de g. à dr.) Mme Mei Nay, Mme Kheng Kim et Mme Svay Khen participent à la réunion mensuelle du groupe d'entraide des femmes dans le village de Koh Pdhau, Cambodge. Photo : Jerry Galea/Oxfam Australie.
Svay Khen montre avec fierté les gâteaux à base de soja qu’elle a confectionnés le matin même. Bientôt elle va se mettre en route dans le petit village de Koh Phdau, situé sur le Mékong dans le nord du Cambodge, afin de les vendre.
Cette femme de 70 ans pleine de vitalité, confectionne une cinquantaine de gâteaux chaque année, pour les vendre environ 100 Riels (0,017 EUR). En moyenne, elle gagne environ 10.000 Riels (1,73 EUR) par mois et même si la majorité de ses revenus sert à couvrir les dépenses courantes, pour la première fois de sa vie elle est capable d’épargner une petite somme à utiliser en cas d’urgence.
Mme Khen est membre de l’un des groupes d’entraide pour les femmes, que nous soutenons à Koh Pdau. Les groupes sont conçus pour promouvoir les compétences, les connaissances et l’estime de soi des femmes, pour qu’elles puissent un jour avoir l’assurance nécessaire pour participer aux prises de décisions de la communauté, occuper un rôle prépondérant, et aborder d'autres questions comme les violences conjugales.
Les groupes d’entraide comprennent 15 membres qui se soutiennent mutuellement pour établir et conduire de petites entreprises par exemple pour faire pousser et vendre des légumes, des germes de soja et des poulets, et fabriquer et vendre des gâteaux, des nouilles, des « slushies » (sorte de granité) et des produits de médecine traditionnelle.
Chaque membre du groupe investit une partie de ses revenus dans l’épargne du groupe. Les femmes peuvent ensuite emprunter de l’argent auprès du groupe pour améliorer ou étendre son entreprise, ou pour subvenir aux besoins des familles comme les habitations, les mariages, les obsèques, ou de graves maladies. Le taux d'intérêt du groupe est de 3 %, ce qui est plus facile à rembourser que le taux d’intérêt de 10 % minimum appliqué par les autres prêteurs de la communauté.
Au-delà des avantages économiques évidents de ce projet, les femmes apprennent également à lire, à écrire, à faire de simples calculs mathématiques, à préparer des rapports, à tenir des registres financiers, à conduire des réunions et à gérer leur entreprise.
Le groupe se réunit une fois par mois pour déposer leur argent, pour discuter de questions et problèmes communs, comme la santé des femmes, les violences familiales, la grippe aviaire, le virus HIV et le SIDA, et pour discuter de toute nouvelle demande de prêt.
« Je suis très âgée maintenant », affirme Mme Khen. « J’ai rejoint le groupe de manière à épargner afin de payer mes frais de santé si je tombe malade ou pour une célébration si je meurs.
« Avant de rejoindre le groupe, je ne pouvais pas emprunter d’argent auprès des intermédiaires car ils disaient que j’étais trop âgée. Mais maintenant, en tant que membre du groupe, j’ai pu emprunter de l’argent pour acheter les ingrédients dont j'ai besoin pour mes gâteaux. Je garde une partie des bénéfices provenant de mon entreprise pour rembourser mon prêt au groupe. »
Mme Kheng Kim, un membre du groupe qui vend de la soupe pour le petit déjeuner en dehors de chez elle, déclare qu'épargner de l’argent sous forme de groupe est plus facile que d’essayer d’épargner seule.
« En faisant partie du groupe, je me constitue une épargne. Si j’essaie de garder de l’argent par moi-même, je n’y parviens pas. C’est trop facile de le dépenser », continue Mme Kim. « Pour emprunter de l’argent, je dois aller voir la responsable du groupe, la responsable adjoint, la secrétaire et la trésorière, et ensuite d’obtenir l’approbation des autres membres. »
Depuis que les groupes ont démarré, les relations entre les hommes et les femmes du village se sont améliorées, les femmes commencent à s’exprimer davantage lors des réunions du village et les hommes comprennent mieux les droits des femmes. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
« Faire partie du groupe a permis de nouer des relations, non seulement entre les femmes mais aussi entre les hommes et les femmes du village », ajoute Mme Khen. « Cela facilite les choses. »

