Mali: épargner pour le changement

 Brett Eloff/Oxfam AmericaLe programme à‰pargner pour le changement ne se limite pas à  aider les femmes à  gagner de l'argent, c'est aussi un moyen de promouvoir leur rôle au sein de la famille et du village.

Parallèlement au nombre croissant de femmes participant au programme à‰pargner pour le changement, on observe une évolution graduelle de la perception que la femme a d'elle-même et de sa place dans la famille et dans le village.

Dalla Sissoko suit ce phénomène de près. Mme Sissoko est membre fondatrice de l'organisation TONUS, créée au Mali en 1995. Aujourd'hui, cette agence d'action sociale fait partie des partenaires locaux d'Oxfam America pour le programme à‰pargner pour le changement. Spécialiste de la microfinance, Mme Sissoko est responsable du programme féminin à  TONUS.

« Pour nous, la femme est au cÅ“ur du programme à‰pargner pour le changement », affirme-t-elle, par une après-midi pluvieuse au siège de TONUS, sis à  la périphérie de Bamako. « Lorsque nous arrivons dans un village, nous prenons contact avec le chef ou le conseil, mais après ces contacts préliminaires, nous nous adressons exclusivement aux femmes. Ce sont elles qui gèrent la banque, tiennent les comptes et président les réunions », explique-t-elle.

Comme il faut s'y attendre, les femmes aussi profitent des bienfaits de leur groupement à‰pargner pour le changement, selon Mme Sissoko. « Maintenant, les femmes ont plus d'argent pour acheter des choses pour la famille et payer les frais de scolarité de leurs enfants. Et, beaucoup d'entre elles en gagnent davantage pour acheter du matériel pour leurs filles à  leur mariage, par exemple un lit, des marmites et des ustensiles ».

Le fait de gagner plus d'argent pour prendre en charge les besoins et les dépenses du ménage constitue une évolution du rôle de la femme au sein de la famille. Les hommes peuvent ainsi percevoir les bienfaits du programme, et leur aval est important car il faut beaucoup de temps à  la personne la plus occupée de la famille pour participer aux activités du programme à‰pargner pour le changement. « Avec à‰pargner pour le changement, les femmes ont deux heures par semaine pour discuter, ce qui constitue un répit pour elles », affirme Mme Sissoko. « Elles adorent la compagnie de leurs amies. Cet espace est vraiment important pour elles. De plus en plus, les hommes acceptent de leur accorder ce temps, et les choses évoluent peu à  peu. Beaucoup de femmes commencent à  mieux s'habiller, tandis que les familles mangent mieux. La santé des enfants et des familles s'améliore également, et les hommes en sont bien conscients ».

Toutefois, l'argent et la camaraderie ne sont pas les seuls objectifs de l'adhésion à  un groupement à‰pargner pour le changement. « Le plus souvent, les femmes sont insuffisamment informées ou formées, mais avec le programme à‰pargner pour le changement elles peuvent se former mutuellement », indique Mme Sissoko. TONUS apprend aux femmes à  gérer leurs comptes, mais aussi à  prévenir et traiter le paludisme, une des plus sérieuses menaces contre la santé au Mali.

à€ l'image de tout groupe organisé de personnes avisées, les membres des groupements à‰pargner pour le changement vont au-delà  de leurs préoccupations personnelles et préconisent des solutions favorisant le progrès de leur communauté. En l'occurrence, elles proposent des solutions pour prévenir le paludisme à  l'échelle du village. « Au bout du compte, elles commencent à  prendre la parole en public », indique Mme Sissoko, « et elles expriment des points vue que les gens respectent ».

Pour la plupart des villageoises maliennes, il est simplement hors de question de participer aux affaires publiques et de donner son avis en public. C'est notamment le cas pour les questions relatives à  la santé publique, à  l'agriculture, à  l'accès à  l'eau et à  d'autres enjeux vitaux pour de nombreux villages. Selon Mme Sissoko, « Les femmes ne sont pas vraiment impliquées dans les activités de développement. Celles-ci sont dominées par les hommes. Les femmes ne prennent aucune décision en matière de développement. Elles ne sont ni consultées ni écoutées. Les femmes ne s'expriment pas en public. Lorsqu'elles sont petites, on leur dit que si elles le font, elles ne trouveront jamais un mari ».

Pour Minata Konaré, 24 ans, mère de trois enfants et membre d'un groupement à‰pargner pour le changement, l'acquisition de l'assurance pour s'exprimer en public constitue un des changements majeurs au plan personnel, et tout a commencé lors des réunions de son groupement. « Je ne parlais jamais en public, mais maintenant je peux le faire », explique Mme Konaré, de passage chez une amie de Guily, un village proche de chez elle, où elle vient vendre de la nourriture. « Je restais toujours chez moi, mais à  présent je me rends au village et je discute avec les autres femmes, ce qui m'ouvre l'esprit ».

Les changements positifs pour les femmes, notés par Mme Sissoko et d'autres observateurs, ont fait l'objet de recherches sérieuses dans le cadre d'une étude menée par Oxfam en fin 2006. Cette étude devait mesurer les progrès accomplis dans 20 villages du Mali. à€ cet effet, les chercheurs ont recueilli l'avis de nombreuses adhérentes des groupements à‰pargner pour le changement, mais aussi de leur mari et d'autres résidents locaux. « Les femmes gagnent plus d'argent, et leurs nouvelles sources de revenus améliorent leur statut au sein des ménages », note un chercheur. « Elles achètent plus qu'elles ne pouvaient auparavant, participent davantage aux dépenses du ménage et déclarent mieux soutenir leur mari ».

Selon Mme Sissoko, les femmes ont trouvé des solutions permettant aux villageois de mieux stocker leurs céréales et leurs autres récoltes, d'éliminer les sites de reproduction des moustiques et de promouvoir d'autres changements positifs susceptibles de profiter à  l'ensemble de la communauté. « Grâce au programme à‰pargner pour le changement, les femmes sont plus confiantes en leur capacité à  agir », dit Mme Sissoko. « Le programme profite à  l'ensemble du village ».

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