Sauver des vies, reconstruire des moyens d'existence au Darfour

Au cours des deux décennies agitées durant lesquelles Oxfam a travaillé au Darfour, un facteur est resté constant. Mohammed Ibrahim. Mohammed est membre de l'équipe Oxfam depuis le tout début des opérations de réponse d'urgence à  la sécheresse de 1984 dans ce pays. Né et élevé à  Kutum, l'une des dernières petites villes à  la lisière de plusieurs centaines de kilomètres de désert qui s'étend au nord vers la Libye et l'Egypte, Mohammed Ibrahim possède une connaissance quasi encyclopédique des douzaines de tribus et communautés différentes éparpillées à  travers la région.

 Jos KosterAu cours des deux décennies agitées durant lesquelles Oxfam a travaillé au Darfour, un facteur est resté constant. Mohammed Ibrahim. Mohammed est membre de l'équipe Oxfam depuis le tout début des opérations de réponse d'urgence à  la sécheresse de 1984 dans ce pays. Né et élevé à  Kutum, l'une des dernières petites villes à  la lisière de plusieurs centaines de kilomètres de désert qui s'étend au nord vers la Libye et l'Egypte, Mohammed Ibrahim possède une connaissance quasi encyclopédique des douzaines de tribus et communautés différentes éparpillées à  travers la région.

Aujourd'hui, il est à  la tête de notre programme d'appui aux moyens d'existence dans le nord du Darfour et des visiteurs d'Oxfam et les nombreux membres du personnel international travaillant sur le programme se tournent régulièrement vers lui lorsqu'ils ont besoin de renseignements sur les coutumes et l'histoire locales, plutôt compliquées. Une telle connaissance des habitudes locales a contribué à  modeler le travail d'Oxfam dans la région au cours des vingt dernières années.

Travailler en collaboration


Oxfam travaille traditionnellement en collaboration avec les communautés rurales dans tout le Darfour, en fournissant des formations et le savoir-faire technique afin d'aider à  améliorer les approvisionnements en eau, les installations sanitaires et l'agriculture dans ce qui est depuis toujours une des parties les plus pauvres et les plus isolées du Soudan. Lorsque le conflit actuel s'est intensifié en 2003, jusqu'à  deux millions de personnes ont été déplacées de leur village et rassemblées en masse dans les camps de déplacés internes (IDP) et dans les villes alentour.

Les besoins d'urgence des habitants du Darfour étaient clairs et Oxfam y a répondu en fournissant un accès immédiat à  l'eau et aux services d'installations sanitaires à  environ 400 000 personnes déplacées.

Mais d'autres centaines de milliers demeurent encore dans leur village, bien souvent dans des zones rurales hautement instables où les nombreux groupes en conflit se disputent le contrôle. Nombreux sont ceux qui ont vu leurs récoltes brà»ler, leurs animaux piller et leurs biens, tels que des pompes d'irrigation, des moteurs et des casseroles, voler. La violence du conflit empêche les villageois d'accéder aux marchés locaux pour y faire affaires, ou de se rendre aux champs pour la moisson. Tout ce qui permettait traditionnellement aux villageois de subvenir à  leurs besoins a été détruit.

La connaissance de la région qu'Oxfam a accumulée au cours des deux dernières décennies est essentielle pour venir en aide à  ces communautés. Comme le souligne Mohammed Ibrahim, « Oxfam dispose d'une histoire longue et fructueuse dans son travail en collaboration avec les communautés au Darfour. Ces villages ont tout perdu dans le conflit actuel, qui continue de dévaster des vies et les moyens d'existence de millions de personnes. Ensemble, nous pouvons les aider tout au long du chemin de la remise sur pied, à  renforcer leur sécurité alimentaire et à  reconstruire leurs moyens d'existence ».

De nombreux villageois se sont vus dérober pratiquement tous leurs biens. L'équipe de soutien aux moyens d'existence d'Oxfam se concentre donc d'abord sur le remplacement de ce qui a été perdu. Travaillant d'abord dans les villages à  l'ouest du Nord-Darfour dans les régions de Kebkabiya, Saraf Omra et Birka Seira, environ 30 000 personnes reà§oivent une large gamme de biens et de ressources.

Répondre aux besoins de la communauté

 Adrian McIntyre/OxfamLes céréales et les graines de légumes ont été distribuées et les villages ont été soigneusement réapprovisionnés en ânes et autres animaux. Le bétail constitue une source importante de lait et de viande et peut également se vendre pour acheter des céréales. Les ânes en particulier font partie intégrante des moyens d'existence du Darfour rural, car ils sont utilisés pour aller chercher de l'eau, du bois à  brà»ler et d'autres éléments de première nécessité.

Avant le conflit, de nombreux villages possédaient un moulin communautaire, ce qui fournissait une rentrée d'argent au village et réduisait également les dépenses des foyers puisque les familles n'avaient plus besoin d'apporter leurs céréales à  un moulin privé. Toutefois, la plupart d'entre eux ont été détruits et Oxfam travaille à  leur remplacement. Les Comités de santé communautaire de chaque village prévoient de réinvestir les revenus provenant de ces nouveaux moulins dans la reconstruction d'écoles et de centres de santé qui ont également été détruits dans le conflit.

A chaque étape, Mohammed Ibrahim et le reste de l'équipe consultent ces comités formés par des membres de la communauté, les groupes de femmes et les autres secteurs vulnérables de la société du Darfour pour discuter des besoins et des problèmes de chaque village. « Ces forums publics ont permis à  Oxfam de faà§onner nos projets afin qu'ils s'adaptent parfaitement aux besoins précis des villageois », dit-il. Ces besoins ne se limitent pas aux secteurs alimentaires et agricoles ; il faut également leur procurer protection et sécurité.

Minimiser l'exposition au risque

Etant donné que la situation sécuritaire du Darfour ne présente aucun signe d'amélioration, le pays reste dangereux, et les communautés sont inquiètes : elles craignent que le fait qu'elles soient rééquipées d'outils d'une certaine valeur ne fasse qu'accentuer leur vulnérabilité face aux pillages et aux agressions.

C'est pourquoi le projet de soutien aux moyens d'existence travaille en tandem avec l'équipe de protection d'Oxfam afin d'assurer que les communautés ne soient pas exposées au risque. Nous ne leur procurons que les éléments dont l'absence se fait le plus cruellement sentir : couvertures, ustensiles de cuisine et des outils tels que des charrues pour les ânes ”“ des pièces relativement peu coà»teuses qui n'attireront pas l'attention des bandits.

Même le genre de l'animal peut avoir un impact sur la sécurité du village. Seules les ânesses peuvent être cédées : elles sont tout aussi capables que les mâles d'aider à  la collecte de bois à  brà»ler, de nourriture et d'eau, mais leur valeur marchande est nettement moindre et elles risquent donc moins d'être volées.

Après le réapprovisionnement, il est vital d'assurer la bonne santé des animaux. Des villageois locaux seront choisis et formés pour devenir des « Para-vets », des assistants vétérinaires qui seront équipés de kits d'instruments et de médicaments pour assurer la vaccination des animaux contre les maladies.

Mohammed Ibrahim et son équipe ont également entamé une nouvelle initiative en menant des recherches sur des marchés régionaux clés dans le Darfour du nord, établissant ainsi les différents schémas de production et de sécurité alimentaire dans différentes régions. Ils comparent les prix des animaux, de la culture commerciale, du sorgho et du millet ”“ les éléments de base de la région-, ainsi que les prix d'articles non alimentaires tels que le charbon de bois et le bois à  brà»ler qui, en plus de leurs usages pratiques, fournissent une source vitale de revenus aux communautés rurales.

Les renseignements rassemblés seront transmis à  d'autres ONG travaillant dans la région afin d'aider à  former d'autres programmes de soutien aux moyens d'existence et de sécurité alimentaire.

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