“Vous ne devez pas expliquer à ces enfants ce que c'est la guerre. Ils l'ont vécue », raconte Abakar Adam, professeur dans une école coranique dans l'un des blocs qui constituent le samp de réfugiés de Djabal, an Tchad oriental. « Leurs villages ont été attaqués et ils ont expérimenté la peur. Je n'ai pas besoin de leur expliquer pourquoi ils sont là . » Environ 15.000 personnes ”“ sur les 200.000 qui ont fui le conflit du Darfour - tentent depuis trois ans de reconstruire leur vie là -bas, malgré que leurs cÅ“urs soient restés dans le pays qu'ils ont du abandonner.
« J'explique aux enfants qu'une fois que la paix sera revenue, nous pourrons retourner chez nous, mais nous n'avons pas le pouvoir de trouver une solution. Nous voulons que des négociations soit entreprises pour pouvoir retourner le plus tôt possible », explique Abakar. Son nom a été modifié pour protéger son identité. Les garà§ons et les filles chantent des vers du Coran, dirigés par leur professeur, et leurs plumes de fortune servent à retranscrire des extraits du texte sacré sur des tableaux en bois. Il n'est pas encore sept heures du matin, mais ils débutent leur journée très tôt car, dans cette contrée éloignée, la chaleur deviendra insupportable dans quelques heures à peine. Les enfants n'ont pas plus de 10 ou 11 ans, mais leurs responsabilités ne se limitent pas à se rendre à l'école coranique et aux cours de primaires qui ont également été organisés. Ils doivent aussi participer aux travaux du camp, en s'occupant du bétail ou en nettoyant les communs, par exemple. « Maintenant, ils peuvent s'aventurer au-delà de la zone située juste à l'extérieur du camp parce que la saison des pluies est finie et qu'il y a assez d'herbe, mais dans quelques semaines, tout sera asséché. Les enfants ne pourront plus aller aussi loin avec les animaux parce que la situation est dangereuse », déclare le professeur. Ces derniers temps, les attaques perpétrées par des factions qui traversent la frontière, se sont intensifiées, obligeant 70.000 tchadiens, qui n'avaient pas été touchés par les violences jusque là , d'abandonner leurs toits.Ces nouvelles populations déplacées s'ajoutent aux 218.000 réfugiés soudanais qui ont été force de fuir le Darfour et de reprendre tout à zéro dans l'une des régions les plus paupérisées d'un des pays les plus pauvres du monde. Cette région, ainsi que les 11 autres camps qui ont été construit le long de la frontière avec le Darfour , est entourée par un environnement fragile ”“ le semi-désert du Sahel- où il faut se battre continuellement pour trouver de l'eau, en bois pour cuisiner et un lopin de terre pour faire paà®tre les animaux ou cultiver quelques pieds.« Les femmes sont effrayées à l'idée d'aller ramasser du bois le matin parce que des homes les attaquent », raconte Abakar, « J'ai déjà eu vent de trois incidents ces derniers jours ». La rapine de bétail est aussi devenue monnaie courante. Cet enseignant espère que les autorités tchadiennes offriront une meilleure protection aux femmes et aux jeunes filles et que des négociations pourront mettre un terme au cauchemar du Darfour et à l'escalade de la violence au Tchad.Il semble tout à fait calme lorsqu'il parle de paix, mais dès qu'il donne cours aux enfants, il devient directement plus chaleureux et enthousiaste. Leurs voix mélodieuses, récitant les textes sacrés, s'élèvent dans le camp. Tout ce dont elles ont besoin maintenant, c'est d'être entendues.