Investir sur les agriculteurs pauvres: une stratégie porteuse

Repenser la manière d’investir dans l’agriculture

Tout en haut des coteaux andins du Pérou, José González Condo, éleveur d’alpagas à Chinosiri – à 4.900 m au-dessus du niveau de la mer – n’a pas assez d’argent pour nourrir et abriter son troupeau d’alpagas. Aissa Tenin Sidibe, mère et cultivatrice de coton dans les champs poussiéreux de Bougouni, dans le sud du Mali, a du mal à se procurer de l’engrais pour ses cultures et à mener son travail en plus de s’occuper de sa famille. Alami Bera et son mari cultivent le blé et le tef dans le district éthiopien de Bacho et craignent de ne pas pouvoir nourrir leur huit enfants. 3.200 km plus au sud, au Zimbabwe, la famille de Beatrice Masuhu est confrontée à des défis similaires, à savoir des pluies insuffisantes et un accès limité aux semences pour des denrées de base comme le sorgho et le millet. Et sur un autre continent, au Cambodge, Rort Kea s’efforce de gagner sa vie en cultivant le riz.

Qu’ont en commun tous ces paysans ? Sur la base des caractéristiques de leurs environnements agricoles, de leurs coutumes et des biens dont ils disposent, pas grand-chose. Mais une chose est sûre : ils dépendent tous de l’agriculture pour leurs moyens de subsistance, lesquels sont de plus en plus précaires à cause des menaces liées aux changements climatiques, des récentes crises alimentaire et financière et de la diminution des investissements dans l’agriculture.

Pourquoi ? Ils vivent dans des environnements agricoles marginalisés, divers et hostiles. Il est donc difficile d’y accéder et ils présentent des besoins différents qui s’avèrent souvent sans grand intérêt économique pour les bailleurs de fonds et le secteur privé.

Nulle intervention unique ne saurait les aider tous. Mais la réduction de la pauvreté, l’atténuation des effets des changements climatiques et le renforcement de la résilience aux chocs climatiques et des marchés supposent l’autonomisation de ces paysans et de leurs communautés respectives pour qu’ils soient en mesure d’identifier les investissements qui satisferont le mieux leurs besoins.

Oxfam recommande aux bailleurs de fonds, aux gouvernements nationaux et aux investisseurs privés de :

  • Placer l’agriculture au centre de leurs préoccupations. Pour réduire la pauvreté, l’agriculture doit redevenir une priorité absolue pour les gouvernements et les bailleurs de fonds.
  • Investir davantage et plus judicieusement. Les investissements dans l’agriculture doivent être plus importants que ceux initialement prévus. Ils doivent être prévisibles, transparents, non conditionnés, canalisés à travers le soutien budgétaire et complétés par des financements destinés aux groupes de la société civile, pour qu’ils jouent leur rôle de « sentinelle » des gouvernements voire celui de prestataires de services.
  • Reconnaître la diversité des environnements et des investissements qui y sont liés. Les investissements dans l’agriculture et la recherche agricole pour les zones marginalisées doivent être participatifs, déterminés par la demande et réalisés en tenant compte de la spécificité de l’environnement où ils sont réalisés.