Les femmes au travail paient le prix de la crise économique

« La crise économique mondiale est en train d’anéantir la vie des ouvrières et de leur famille », a révélé Oxfam dans un nouveau rapport publié aujourd’hui en amont du Sommet du G20 à Londres.

Une recherche préliminaire dans 10 pays d'Asie et d'Amérique latine suggère que les femmes travaillant dans les industries manufacturières d’exportation, comme l’habillement et l’électronique, sont souvent les premières à être licenciées, généralement sans être payées ni indemnisées. En Asie, il semblerait que des trafiquants sexuels abordent les femmes qui ont perdu leur emploi à l’usine, en leur demandant si elles souhaitent aller travailler en Occident.

Le comportement des entreprises sous pression en raison de la nécessité de réduire les coûts et le manque de soutien disponible de la part des gouvernements, signifient que la santé et le bien-être des femmes et de leur famille sont gravement menacés.

Bethan Emmett, l’auteur du rapport Oxfam déclare : « Dans les pays pauvres, les femmes sont le moteur du développement et de la croissance, prenant des risques et travaillant incroyablement dur pour subvenir aux besoins de leur famille. À présent, leur vie et celle de leurs enfants sont devenues encore plus précaires. Il est inacceptable que les femmes vivant dans la pauvreté paient le prix des erreurs des pays riches. »

Les recherches d’Oxfam indiquent que les femmes occupent souvent les emplois les plus précaires et ont peu de droits. Beaucoup d’entre elles viennent des zones rurales, et la famille qu’elles ont laissée à la maison dépend de ses revenus pour survivre et scolariser les enfants.

Au Cambodge, par exemple, plus de 90 % des travailleurs dans l’habillement sont des femmes. Depuis le début de la crise, 30 000 emplois dans ce secteur ont été supprimés, les entreprises ne donnant généralement pas de préavis ni d’indemnité et ne versant pas le solde du salaire. « Nous sommes en train de camper devant les grilles de l’usine, en attendant que l’entreprise nous paie », a déclaré une ancienne employée, Mad. Kry Chamnan, à Oxfam.

L’histoire est la même dans d’autres pays, et le refus d’accorder des droits élémentaires dans le domaine du travail (pratique déjà courante dans l’industrie manufacturière d’exportation dans de nombreux pays) s’intensifie. Ressentant le poids de la demande mondiale en baisse et mis sous pression par les entreprises des pays développés, les fournisseurs s’efforcent de réduire les coûts, ce qui a un impact direct sur les populations les plus vulnérables.

Les employeurs exploitent le statut de second ordre des femmes en se soustrayant au droit du travail statutaire, et dans certains cas en faisant pression sur ces ouvrières pour qu’elles signent des lettres de licenciement pour éviter de leur verser une indemnité de départ.

« Maintenant, une seule personne doit faire le travail de trois personnes, et ceci au même salaire, et l’employeur exerce un maximum de pression ; la moindre erreur est un prétexte de licenciement. De cette manière, il n’a pas à verser d’indemnité de départ ou de dédommagement », a expliqué Mad. Xiao Hong, depuis une usine en Chine.

Fan, également depuis une usine en Chine, a déclaré : « Je me souviens que l’employeur disait que l’usine allait rouvrir après les fêtes de fin d’année. Allez voir l’usine maintenant : il n’y a pas personne. Les grilles de l’usine sont fermées. Le garde de sécurité n’est plus le même. Tous les employeurs vous diront que l’usine est intacte et qu’elle n’est pas en train de fermer. Personne ne vous dira la vérité. Il serait stupide de les croire. »

Au Salvador, Ruth Cerna a été l’une des 1 700 personnes licenciées en novembre avec la fermeture de l’usine qui fabriquait des pièces de machines : « De nombreuses femmes étaient enceintes, beaucoup sont malades et se retrouvent sans ressources. L'usine a fermé il y a trois mois et nous n’avons reçu aucun paiement, aucune indemnité, aucun versement sur les fonds sociaux », déclara-t-elle.

Bethan Emmett, l’auteur du rapport Oxfam a déclaré : « Sans filet de sécurité comme les prestations de chômage, les femmes sans emploi se retrouvent rapidement sans ressources. Si nous n’agissons pas maintenant pour protéger les droits des femmes vivant dans la pauvreté, les effets seront désastreux pour le développement en général et la vie des femmes et des familles en particulier. »

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