Il faudra plus qu’un énième engagement du G8 pour finaliser le cycle de "développement" des négociations commerciales

Les règles du commerce mondial ne seront pas réformées dans l'intérêt des pays pauvres, malgré le récent engagement du G8+5 de finaliser les négociations commerciales de Doha d'ici à 2010.

« C'est presque devenu une tradition annuelle pour les pays du G8 de parler de l’aboutissement des négociations du cycle de Doha pour le développement, mais ces discussions ne mènent jamais aucun résultat » a déclaré Jeremy Hobbs, directeur exécutif d'Oxfam International.

Le rapport intitulé « Promesses non tenues » rappelle qu’au lieu de rééquilibrer des décennies de règles commerciales déloyales, le cycle de Doha s’est concentré sur l’ouverture des marchés des pays en développement. « Si leur souhait de remettre en route ces négociations est sincère, les pays riches devraient renoncer à leurs calculs tactiques et revenir aux mandats du cycle de Doha » ajoute Jeremy Hobbs.

Un accord commercial sur le « développement » - comme initialement promis – est plus nécessaire que jamais : les échanges mondiaux connaissent actuellement leur plus forte baisse depuis 80 ans. 50 millions de personnes risquent de perdre leur emploi, les transferts de fonds s'effondrent et on prévoit une baisse de 70% de la croissance en Afrique subsaharienne cette année, entrainant 90 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté. Les prix des denrées alimentaires restent trop élevés pour les populations pauvres : à la fin de 2008, 109 millions de personnes supplémentaires souffraient de la faim, portant le nombre total à 1 milliard de personnes dans le monde.

« Les dirigeants du monde ont beau jeu d’invoquer les crises climatique, économique et alimentaire et de déclarer que le nouveau cycle de négociations est un des moyens d’y remédier. Dans un monde parfait, un cycle de négociation centré sur les besoins des pays en développement pourrait faire la différence - mais l’accord actuellement sur la table est loin d’être favorable aux pays en développement » selon Jeremy Hobbs.

L'engagement politique du G8+5 va certainement permettre un nouveau départ des négociations. On parle déjà d'un mini-réunion ministérielle en septembre. Ses partisans espèrent obtenir un accord final sur les modalités lors d’une réunion ministérielle à Genève à la fin novembre.

Mais les négociations risquent de rester dans l’impasse, car depuis huit ans les pays riches maintiennent leur pression en faveur de l’ouverture de nouveaux marchés d'exportation dans les pays en développement. Ces derniers ont résisté, arguant qu’on leur avait promis un accord qui leur permettrait de protéger leurs agriculteurs et leurs industries naissantes, d’accéder aux marchés des pays riches et de mettre un terme aux subventions agricoles des pays riches qui faussent les échanges commerciaux.

« Un accord qui continue de ménager les plus puissants et les plus riches agriculteurs et industriels aux États-Unis et en Europe et qui ignore, voire affaiblit, les pays en développement - et en particulier les agriculteurs pauvres – ne résoudra pas grand chose » explique Jeremy Hobbs. « Un accord commercial fondé sur les textes actuels ne résoudra en rien les crises alimentaire et économique. Cela risquerait au contraire d’aggraver la situation des populations pauvres, qui ne sont pourtant pas responsables de ces problèmes. »

La hausse brutale des prix des produits alimentaires a prouvé que la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance ne peuvent pas dépendre uniquement des forces du marché. Le développement, et non la libéralisation, doit être l'objectif central des négociations. Les règles commerciales doivent d'abord et avant tout répondre aux besoins des personnes les plus vulnérables.

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