Nouveau rapport d’Oxfam International : pour 70% des Afghans, la pauvreté et le chômage ne font qu’attiser le conflit

Un nouveau rapport publié aujourd’hui par Oxfam International et plusieurs organisations afghanes révèle que pour 70% des Afghans, la pauvreté et le chômage sont les principales causes du conflit qui touche leur pays. Pour la population afghane, les autres facteurs responsables du conflit sont dans l’ordre la faiblesse et la corruption du gouvernement, les Talibans et enfin l’ingérence des pays limitrophes.

Les coûts de la guerre

Le nouveau rapport d’Oxfam International, « Les coûts de la guerre », présente les résultats d’enquêtes de terrain qui mettent en évidence l’effroyable situation d’un pays à genoux après 30 ans de conflits. Selon cette étude, faite auprès de 704 Afghans à travers tout le pays :

  • un Afghan sur six pense à quitter le pays;
  • un Afghan sur cinq a été victime de torture depuis le début de la guerre en 1979;
  • trois Afghans sur quatre ont été contraints de quitter leur foyer depuis cette date

Pour Grace Ommer, directrice d’Oxfam Grande-Bretagne en Afghanistan : « Depuis 30 ans, les Afghans endurent d’énormes souffrances et la société afghane est dévastée. Des millions de personnes ont été tuées et plus encore forcées de fuir leurs foyers. Les responsables des pires abus n’ont pas été traduits en justice et vivent en toute impunité. »

« Tous ces dégâts ne pourront être réparés du jour au lendemain et il faudra du temps pour que les dommages économiques, sociaux et psychologiques soient compensés. La communauté internationale doit reconnaître cela et comprendre que les Afghans ont besoin de bien plus que de solutions militaires. Ils ont besoin d’assistance pour leur agriculture, de meilleures infrastructures, de meilleures écoles et de services de santé. »

Désirs de paix

« Les Afghans ne demandent que la paix et la fin du conflit. Ils réclament qu’on s’attaque aux causes profondes du conflit, en particulier la pauvreté. Parmi les personnes interrogées, un homme nous a confié que les personnes sans emploi ‘sont prêtes à tout’. La communauté internationale doit garder à l’esprit ces propos et fournir une aide plus efficace pour relancer l’économie afghane. »

Depuis l’invasion soviétique du pays en 1979, une personne interrogée sur dix a été emprisonnée au moins une fois. Une sur cinq (21%) a été torturée, en prison ou par l’un des nombreux groupes armés, dont un tiers de femmes. Seul 1% affirme avoir reçu des compensations pour les préjudices subis.

Azim Mohammad, de Nangarhar, a expliqué aux associations : « Quelles sont selon vous les conséquences de deux millions d’Afghans martyrisés, de la destruction de 70% du pays et d’une économie en ruine ? La moitié de notre peuple perd la tête. Un homme de 30 ou 40 ans en paraît 70. Nous vivons constamment dans la peur, nous ne sommes nulle part en sécurité en Afghanistan. »

Pour la majorité des personnes interrogées, la pauvreté, la corruption, les injustices et les souffrances causées aux civils ne font qu’alimenter l’augmentation de l’insécurité.

Avis aux politiciens

Au cours de l’enquête, les Afghans ont pu donner leur avis sur les mesures que devraient prendre les politiciens, les forces militaires, les groupes rebelles et la communauté internationale. Ils souhaitent avant tout qu’un état de droit soit instauré à tous les niveaux, que la corruption soit combattue et qu’un terme soit mis à la culture d’impunité.

Beaucoup estiment que l’aide internationale ne parvient pas à ceux qui en ont le plus besoin et que cet argent devrait en priorité améliorer les systèmes de santé et d’éducation ainsi que participer à la création d’emplois.

Pour de nombreuses personnes, la sécurité des civils devrait être la priorité de l’ensemble des parties au conflit. Entre les mois de janvier et d’octobre derniers, 2 021 civils ont perdu la vie.

« L’aspiration des Afghans à vivre en sécurité devrait pousser l’ensemble des parties à ne plus prendre les civils pour cible » ajoute Grace Ommer.

« Les forces internationales devraient renforcer les interdictions des frappes aériennes et des raids nocturnes. Ils doivent mener des enquêtes transparentes pour chaque suspicion d’attaque à l’encontre de civils et fournir des réparations adaptées. »

« Les Afghans interrogés estiment également que les Talibans et autres insurgés devraient cesser immédiatement de prendre pour cible les civils et de se réfugier dans des zones civiles,  mettant ainsi en première ligne les Afghans. »

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Les coûts de la guerre en images

Le travaille d'Oxfam en Afghanistan

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Notes aux rédactions

  1. Cette étude a été conçue et / ou menée par les organisations suivantes : Afghan Civil Society Forum (ACSF), Afghan Peace and Democracy Act (APDA), Association for the Defence of Women’s Rights (ADWR), Cooperation Centre for Afghanistan (CCA), Education Training Center for Poor Women and Girls of Afghanistan (ECW), Oxfam Grande-Bretagne, Organization for Human Welfare (OHW), Sanayee Development Organization (SDO) et The Liaison Office (TLO).
  2. Cette étude a été menée dans 14 provinces d’Afghanistan entre janvier et avril 2009 auprès de 704 hommes et femmes choisis au hasard. Des entretiens structurés et des discussions collectives ont été menés. Les régions ont été choisies dans tout le pays : quatre au Nord, trois dans l’Est, deux au Sud, une dans l’Ouest et quatre dans le centre. La plupart des sites n’étaient pas en conflit au moment de l’étude mais cela a depuis changé à cause de la rapide détérioration de la sécurité sur place.
  3. Dans la mesure du possible, la majorité des enquêteurs étaient des Afghans originaires de la même région que les personnes interrogées.
  4. 48% des personnes étaient des femmes, 52% des hommes, de 12 à 87 ans, l’âge moyen étant de 33,5 ans.
  5. Les noms des personnes citées dans l’étude ont été modifiés pour des raisons de sécurité.
  • Interrogés sur les causes du conflit :70% des personnes évoquent la pauvreté et le chômage;
  • 48% la corruption et l’inefficacité du gouvernement afghan ;
  • 36% les Talibans;
  • 25% les autres pays, en particulier les voisins pakistanais et iranien.

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