Réaction d'Oxfam à la position de la Commission européenne sur l'aide publique au développement

Alors que selon l'agence Reuters, la Commission européenne s'est prononcée de manière sévère en affirmant que la crédibilité de l'Union européenne serait remise en jeu si les États membres continuaient à ne pas respecter leurs promesses d'aide publique au développement (APD), Oxfam International se réjouit de cette position qu'elle juge utile et plus qu'opportune.

Un document interne de la Commission européenne indique que 13 milliards d'euros manqueront aux objectifs d'aide des États membres pour 2010. La Commission prévient que cela pourrait compromettre la crédibilité internationale de l'Union européenne.

Le document a été distribué par la Commission avant une réunion européenne des Ministres du développement en Espagne les 17 et 18 février dernier. Il y est recommandé aux États européens de s'engager à nouveau en faveur d'un objectif de 0,7% du RNB consacré à l'aide, mais également de publier des plans nationaux d'action pour atteindre cet objectif et prouver leur engagement.

Elise Ford, porte-parole d'Oxfam International, a déclaré: "La Commission a pris une mesure courageuse en soulignant que l'échec des États membres quant aux engagements d'aide est un risque pour la crédibilité de l'UE sur la scène internationale. L'Europe ne peut pas se permettre de jouer de cette manière avec sa réputation, les États membres doivent donc tenir leurs promesses d'aide."

Oxfam soutient la proposition de la Commission incitant les États membres à élaborer des plans d'action annuels et l'examen par leurs pairs. "Les précédentes stratégies pour atteindre l'engagement vital de consacrer 0,7% du RNB à l'aide au développement ont clairement échoué. Un nouveau programme radical est indispensable et doit inclure des calendriers nationaux, un suivi annuel par les chefs d'État européens et une législation nationale dans chaque État membre pour rendre juridiquement contraignants les engagements nationaux de 0,7%".

La Commission a fait l'éloge du Luxembourg, de la Suède, des Pays-Bas et du Danemark pour avoir déjà dépassé l'objectif européen de 0,7%. L'Espagne, la Belgique et le Royaume-Uni sont sur la bonne voie et sont présentés comme des acteurs clés pour mener l'UE à atteindre son objectif. Les dernières prévisions de l'OCDE ont récemment pointé du doigt la France, l'Allemagne et l'Italie, bien loin de leurs promesses d'aide pour 2010.

Le document de la Commission remet également en cause la crédibilité des engagements européens pris à Copenhague de fournir aux pays en développement des financements climat indispensables, financements devant être additionnels aux engagements d'aide au développement.

"La France et l'Allemagne se présentent comme des leaders européens, mais leur aide au développement accuse un retard honteux. Ils minent la crédibilité de l'engagement européen à lutter contre la pauvreté", rappelle Elise Ford. "Il est décevant que les États membres n'aient pas soutenu les propositions de la Commission pour remettre sur les rails les promesses d'aide au développement. Cela suggère que ces gouvernements n'ont toujours pas pleinement pris conscience de ce qui est réellement en jeu".

"En revenant sur les promesses d'aide, l'Europe porte atteinte à la lutte des pays pauvres pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Ces milliards manquants pourraient permettre à tous les enfants d'aller à l'école et pourraient sauver la vie de millions de mères et d'enfants dans les pays en développement".

Oxfam International estime que 12 milliards d'euros [16 milliards de dollars] seraient nécessaires chaque année pour s'assurer que tous les enfants puissent aller à l'école et 3,6 milliards d'euros [5 milliards de dollars] pour fournir de meilleurs soins médicaux qui permettraient de sauver la vie d'environ deux millions de mères et d'enfants.

Notes aux rédactions

Réaction deJeremy Hobbs, directeur exécutif d'Oxfam International
"La Commission europénne, après l'OCDE il y a quelques semaines, a plus que raison de dénoncer le retard de la France. Cette dernière ne manque jamais une occasion de se présenter comme un leader en Europe sur les questions de développement mais se montre en réalité incapable de mettre ses choix budgétaires en conformité avec ses engagements internationaux. Ce que la Belgique, les Pays-Bas ou le Danemark peuvent faire, c'est-à-dire tenir les promesses de l'Europe, la France peut aussi y parvenir.

En ne se montrant pas à la hauteur des engagements collectifs pris par l'Union européenne en matière d'aide au développement, le gouvernement français porte une lourde responsabilité. Non seulement vis-à-vis des populations des pays pauvres, à qui ces promesses ont été faites, mais aussi des citoyens français : tous les sondages le montrent, même en période de crise économique, nos concitoyens sont attachés à l'aide au développement."

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