Gaza a besoin d’emplois, pas seulement d’assistance

L'ONG internationale Oxfam a déclaré aujourd'hui que l'économie gazaouie, qui a été presqu'entièrement détruite par trois années d'isolement, va continuer de s'effriter tant que le blocus ne sera pas entièrement et immédiatement levé.

Alors que le blocus israélien de la Bande de Gaza entre cette semaine dans sa quatrième année, Oxfam en a également appelé aux membres du Quartet pour le Proche Orient, y compris aux ministres européens des Affaires étrangères qui se réunissent ce lundi 14 mai, de faire pression sur Israël pour lever entièrement et immédiatement le blocus en ouvrant tous les points de passage, en laissant le commerce reprendre et les personnes circuler. Ne laisser rentrer que les biens humanitaires est insuffisant pour que les Gazaouis puissent se sortir de la pauvreté que le blocus a enracinée.

Peu de temps après que le blocus ait été imposé en juin 2007, Oxfam et l'organisation israélienne Gisha avaient prévenu conjointement la communauté internationale que le bouclage continu de Gaza engendrerait une bien plus grande dépendance à l'aide. Trois ans plus tard, cette sombre prédiction s'est vérifiée du fait de l'inaction des dirigeants mondiaux, alors que le taux de chômage atteint 40% et que 80% des Gazaouis dépendent d'une forme d'aide humanitaire ou d'une autre pour s'en sortir.

"Au cours des derniers mois, et dans les jours qui ont suivi la tragédie de la flottille, Israël a autorisé l'entrée d'un plus grand nombre de biens comme la coriandre, la confiture, les biscuits et d'autres sucreries. Bien que ceci soit évidemment bienvenu, ce dont Gaza a le plus besoin, ce sont des emplois, des matières premières pour la reconstruction et pour l'industrie, et la capacité d'exporter - pas seulement de l'aide à court terme et des biens de consommation comme de la confiture, qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter car sans emploi", a déclaré Jeremy Hobbs, Directeur exécutif de la confédération internationale Oxfam. "On a maintenu la population civile juste au-deçà du seuil de la crise humanitaire. Elle est néanmoins plongée dans une crise de dignité que la communauté internationale doit aider à résoudre", a ajouté Jeremy Hobbs.

Israël autorise actuellement quelques 100 types de bien à entrer dans Gaza. Avant le début du blocus, c'était plus de 4 000. D'importantes restrictions sur les importations et le quasi arrêt des exportations ont conduit à une fermeture à grande échelle de l'industrie de Gaza. Les usines sont paralysées par le manque de matières premières, laissant des dizaines de milliers de personnes sans travail. Le blocus, qui constitue une peine collective, illégale au regard du droit international, a mis l'économie de Gaza à genoux.

"Le blocus a enclenché une réaction en chaîne tragique qui a touché une grande partie du million et demi de Gazaouis. Quand une usine est contrainte à la fermeture car elle ne peut ni importer ni exporter, cela ne touche pas seulement les employés qui perdent leur emploi. Des familles entières qui comptent sur ce salaire perdent également énormément, devenant dépendantes de l'aide humanitaire", a ajouté Jeremy Hobbs.

La production agricole est également presqu'entièrement paralysée car les agriculteurs ne peuvent pas exporter leurs cultures et ont leur interdit l'accès à 30% des terres cultivables de Gaza. Le secteur de la pêche, qui était prospère dans le temps, s'est effondré alors que les forces navales israéliennes ont restreint l'accès aux bateaux de pêche palestiniens à trois miles nautiques de la côte ; les prises ont ainsi chuté de 47% de 2008 à 2009. Gaza, une enclave côtière, doit désormais importer du poisson congelé d'Israël ainsi que via les tunnels.

La moitié des Gazaouis ont moins de 18 ans. Leurs déplacements sont restreints, les coupant ainsi artificiellement du reste du monde et du reste du Territoire palestinien occupé. Ils développent de la frustration tandis qu'ils n'ont plus de perspective d'un avenir meilleur. Au lieu de réaliser ses rêves, l'essentiel de la jeunesse de Gaza n'a pas grand-chose à attendre aujourd'hui.

"Le blocus a durci les attitudes de tous les côtés. Une nouvelle génération entière a été durement touchée par ces trois années d'isolement délibéré. Priver des centaines de milliers de jeunes de Gaza du droit à vivre une vie normale est un erreur", a déclaré Jeremy Hobbs. "Ce dont ils ont besoin maintenant c'est d'une ouverture complète des points de passage, qui sont sécurisés et qui peuvent être contrôlés par Israël et la communauté internationale si la volonté est là. Ce sont des politiciens qui ont créé le blocus et ce sont des politiciens qui peuvent y mettre un terme maintenant", a ajouté Jeremy Hobbs.

Mettre fin au blocus n'aidera pas seulement la population de Gaza, cela favorisera les conditions d'une paix durable qui bénéficiera tant aux Israéliens qu'aux Palestiniens.

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Oxfam's humanitarian work in the Gaza crisis

Notes aux rédactions

Citations de Gazaouis frappés de plein fouet par le blocus :

"Avant, j'employais 20 personnes pour travailler sur mon bateau. Maintenant je dois compter sur l'aide des organisations internationales, dont Oxfam. Je suis reconnaissant pour cette aide, mais je n'aime pas qu'on me donne un bon pour une assistance. Mon seul rêve est de reprendre la mer et de travailler sur mon bateau comme mon père et mon grand-père l'avaient fait avant moi"
– Jamal Bassala, un pêcheur de Rafah, témoignant à Oxfam début juin assis à l'ombre de son bateau, qui rouille au port depuis que le blocus est entré en vigueur.

"Depuis que j'ai obtenu mon diplôme de l'université, je suis restée à la maison, à ne rien faire d'autre que de dormir. Chaque fois que je suis éveillée, je suis inquiète, je pense au temps que j'ai perdu à étudier alors que je suis maintenant au chômage. Nous les filles sommes capables de travailler, mais il n'y a pas de travail du fait du blocus. Ma plus jeune sœur peine à se concentrer sur ses examens car elle voit que je suis coincée à la maison et elle pense qu'elle n'a pas d'avenir"
– une jeune femme parlant à Oxfam à Beit Lahiya, au Nord de Gaza.

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