L’agriculture doit être une des priorités dans la reconstruction d’Haïti

Oxfam demande un changement de politique dans le commerce international pour soutenir ce secteur

Dans un nouveau rapport publié aujourd'hui (5 octobre), Oxfam demande un coup de barre afin de prioriser l'investissement agricole dans les projets de reconstruction d'Haïti après le séisme dévastateur du 12 janvier.

L'organisme exhorte les donateurs internationaux à financer généreusement le projet agricole du gouvernement haïtien, dont les coûts s'élèvent à 772 millions de dollars américains, et à abandonner certaines politiques commerciales, tels que le dumping de riz subventionné et les tarifs qui freinent les exportations haïtiennes.

« Les images déchirantes de maisons, d'hôpitaux et d'immeubles effondrés ont montré l'ampleur de la dévastation dans la capitale et dans les villes frappées par le séisme, » a déclaré Philippe Mathieu, directeur pays pour Oxfam en Haïti. « Le tremblement de terre a affecté la production alimentaire et touché une nation entière où six personnes sur 10 avaient faim même avant le désastre. »

« Pendant des décennies le gouvernement haïtien et les donateurs internationaux ont négligé l'agriculture, malgré son importance cruciale pour toute la population, » a ajouté Philippe Mathieu. « Pour qu'Haïti soit reconstruit en mieux, la communauté internationale doit soutenir généreusement le projet d'investissement agricole du gouvernement haïtien. »

Le rapport d'Oxfam, Planter Maintenant : Défis et opportunités pour la reconstruction d'Haïti démontre qu'une agriculture forte et durable ainsi que le développement rural sont cruciales pour le succès du pays. Puisque la majorité desHaïtiennes et Haïtiens habitent la campagne et dépendent de l'agriculture pour gagner leur vie, l'effort de reconstruction doit accorder la priorité l'agriculture afin de réduire la pauvreté et d'améliorer l'accès à la nourriture dans les zones rurales et urbaines.

Près de 90 % de la population rurale vivaient avec moins de 2 $ par jour avant le séisme. Le tremblement de terre a déplacé plus de deux millions d' Haïtiennes et Haïtiens, dont presque 600.000 dans une migration initiale vers la campagne, ce qui a mis plus de pression sur les ressources alimentaires et les stocks de carburant. L'augmentation massive de l'aide alimentaire internationale à la suite du séisme a fait baisser les prix des aliments. Cette plus grande accessibilité a donné un coup de pouce à celles et ceux qui bénéficiait des distributions de nourriture, mais a été dommageable aux paysannes et paysans dont les revenus dépendent de la vente des denrées alimentaires.

Le rapport d'Oxfam fait appel à la communauté internationale pout qu'elle adopte des politiques appuyant le développement économique haïtien. Par exemple, donner aux exportations haïtiennes, surtout les vêtements, un accès au marché américain sans frais de douane et sans quotas aiderait le pays à se sortir de la pauvreté. Oxfam demande également l'exemption pour Haïti de l'amendement « Bumpers », législation américaine qui interdit l'aide directe aux récoltes pour qu'elles ne fassent pas concurrence aux exportations des États-Unis.

« Actuellement, les subventions des États-Unis pour le riz ainsi que l'aide alimentaire nuisent à l'agriculture haïtienne, au même moment où le gouvernement américain investit dans le développement agricole haïtien. La communauté internationale doit abandonner ces politiques contradictoires de commerce et d'aide, afin d'appuyer la croissance de l'économie rurale fragile d'Haïti », a averti Philippe Mathieu.

Le gouvernement d'Haïti a développé l'ambitieux Plan national d'investissement agricole qui vise à améliorer les infrastructures, hausser la production, et augmenter les services aux zones rurales. Jusqu'ici la communauté internationale n'a pas encore accepté de fournir toutes les ressources demandées pour ce plan.

Le rapport d'Oxfam met en lumière certaines parties du plan haïtien qui pourraient être amélioré afin de construire un secteur agricole durable. Oxfam propose notamment de soutenir le rôle crucial des femmes dans la production et la distribution des aliments et de renforcer la voix des agricultrices et agriculteurs en appuyant des organisations communautaires rurales. Améliorer les écoles, les soins de santé, les emplois et la capacité des bureaux gouvernementaux locaux de fournir des services et promouvoir le développement communautaire sont également essentiels pour rehausser la qualité de la vie rurale.

« Avec un soutien adéquat et une mise en oeuvre globale, le Plan national d'investissement agricole pourrait rendre les régions rurales plus attrayantes et convaincre davantage d'Haïtiennes et d'Haïtiens d'aller y vivre. Le développement rural et agricole permettra de faire un grand pas pour l'accès à la nourriture et la réduction de la pauvreté partout en Haïti », a dit Philippe Mathieu.

En savoir plus

Télecharger le rapport: Planter Maintenant : Défis et opportunités pour la reconstruction d'Haïti

La réponse humanitaire d'Oxfam en Haïti

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