Certains pays doivent cesser de se rejeter la faute et collaborer pour mettre un terme à la faim dans le monde

Alors que des négociations essentielles des Nations unies s’ouvrent aujourd’hui à Rome, les pays riches et les pays en développement doivent laisser de côté leurs récriminations et leur scepticisme afin de trouver les moyens de nourrir les 925 millions de personnes victimes de faim dans le monde.

Les négociations entre les 192 pays membres du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) se termineront samedi 16 octobre. Pour l’organisation internationale Oxfam, les pays membres, comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Inde, l’Ethiopie et l’Egypte, doivent travailler ensemble et donner au CSA le pouvoir politique dont il a besoin pour agir concrètement.

Quatre questions clés vont être abordées par le CSA, notamment l’élaboration d’un « cadre stratégique » permettant de coordonner les politiques alimentaires de tous les pays ; la résolution des questions de l’accaparement des terres et de la volatilité des prix agricoles ; et l’évaluation de l’aide agricole et des investissements.

« Le CSA pourrait devenir l’institution mondiale de référence en faveur de la sécurité alimentaire, mais à condition que les pays membres parviennent à se coordonner pour dépasser l’actuel statu quo et soutiennent ce projet. S’ils ne se réunissent que pour se quereller et se rejeter la faute, le CSA sera un échec – au prix de nombreuses vies humaines », déclare Chris Leather, porte-parole d’Oxfam.

Oxfam rappelle que certains pays riches comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis, les Pays-Bas et le Canada ne s’engagent pas suffisamment dans le CSA. « S’ils craignent que le CSA soit trop technocratique pour parvenir à une décision, la solution est de s’y impliquer pour le faire avancer » ajoute C. Leather.

En revanche, l’Union européenne et des pays comme la France, l’Italie, l’Allemagne, le Brésil et plusieurs nations d’Amérique latine et des Caraïbes soutiennent fermement le CSA. « Ils semblent très motivés pour changer les politiques qui ont dominé ces 30 dernières années. Ils sont en faveur d’accords plus ambitieux pour s’attaquer à la faim dans le monde à travers une véritable approche multilatérale », souligne C. Leather.

Certains pays comme l’Indonésie, le Niger, l’Inde, le Cambodge et la Chine n’ont pas été très actifs au sein du CSA par manque de ressources ou d’engagement politique. Cependant, selon Chris Leather, l’envoi par le Bangladesh, la Mozambique, l’Angola et le Malawi de ministres pour les représenter au CSA est un signe encourageant. « Les pays d’Afrique et d’Asie représentent un puissant bloc qui peut pousser le CSA à prendre conscience de tout son potentiel. Leur participation forte et constructive est indispensable ».

Les quatre questions que le CSA doit aborder sont sensibles et font l’objet de controverses entre les pays présents :

  • Le cadre pour une stratégie globale: les négociations du CSA débuteront sur la collaboration entre institutions et gouvernements en vue de soutenir les plans d'action nationaux ; la coordination de l'aide et des investissements ; et la nécessité que les politiques intérieures des états ne menacent pas la sécurité alimentaire d'autres pays. L'élaboration de ce plan devrait être achevée d'ici à octobre 2012.

Pour Chris Leather « Le Brésil et la France réclament un cadre ambitieux mais d'autres pays comme les Etats-Unis craignent que des questions épineuses comme celle des modèles de production agricole fassent perdre trop de temps et d'énergie. L'implication des pays africains et asiatiques pourraient être déterminante sur ce point ».

  • Le régime foncier et les investissements dans l'agriculture: la réunion du CSA offrira à la communauté internationale une première opportunité pour agir face à l’augmentation de l’accaparement des terres. L'an dernier, environ 45 millions d'hectares de terre, soit la superficie totale de la Suède, ont été vendus à des investisseurs privés, souvent à un coût élevé pour les petits producteurs. Cela représente dix fois les superficies concernées les années précédentes.

« L’accaparement des terres est un processus plus que discutable et nous constatons avec inquiétude que très peu de pays du CSA sont disposés à soutenir des mesures fortes comme la mise en place d'une réglementation contraignante », ajoute Chris Leather. « Le risque est d'assister à une poursuite effrénée de ce processus faute d'une responsabilisation des gouvernements ».

  • L'instabilité des prix agricoles: le CSA doit débattre de cette question mais il est peu probable qu'il prenne une quelconque décision. Un comité d'experts de haut niveau sera à la place chargé d'explorer le sujet et de rédiger un rapport. L'instabilité des prix est un élément clé des dernières crises alimentaires globales.

« Selon qu'ils sont importateurs nets de produits agricoles ou exportateurs, les pays ont des vues divergentes. Oxfam estime que le CSA doit se pencher sur des questions comme la spéculation, les réserves alimentaires et l'adaptation au changement climatique. Les gouvernements doivent définir des politiques cohérentes pour empêcher que l'instabilité des prix ne pénalise les agriculteurs pauvres ».

  • Cartographie des ressources : le CSA discutera l'élaboration d'un outil permettant de cerner les flux d'investissements agricoles et alimentaires dans les pays en développement et d'examiner l'affectation de ces investissements en lien avec les stratégies nationales de sécurité alimentaire.

« Le Brésil, les Etats-Unis et la France soutiennent cette initiative de cartographie. Cependant, certains pays en développement pourraient y voir une intention des pays donateurs de se décharger de leur responsabilité en matière de sécurité alimentaire pour la faire peser sur leurs propres gouvernements. Oxfam estime que le CSA doit jouer un rôle central dans le recensement des initiatives, des plans et des financements dans les pays pauvres et s'assurer que l'aide internationale les renforce au lieu de les mettre en péril ». 

Notes aux rédactions

Des porte-paroles d’Oxfam sont disponibles pour des interviews à Rome en italien, espagnol, anglais, allemand, néerlandais et français.

Oxfam a publié en septembre dernier le rapport « Réduire de moitié la proportion de la population qui souffre de la faim : est-ce encore possible ? » qui démontre que réduire de moitié la proportion de personnes souffrant de la faim dans le monde d’ici à 2015 est encore possible.


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