Cisjordanie: les recettes de l’huile d’olive pourraient doubler si les restrictions israéliennes prenaient fin

Un nouveau rapport d’Oxfam met en lumière que, malgré les revenus et les emplois générés par le secteur de l’huile de l’olive en Territoire palestinien occupé (TPO), de nombreux obstacles entravent le potentiel de ce secteur, parmi lesquels l’absence d’investissement dans les pratiques agricoles ou l’impact des violences perpétrées par les colons.

L’huile d’olive palestinienne, réputée être l’une des meilleures au monde lorsqu’elle produite selon des normes élevées, dispose d’un réel potentiel pour devenir l’un des leaders sur les marchés de l’huile d’olive biologique et du commerce équitable à travers le monde, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par Oxfam alors que la saison de la récolte des olives commence en Cisjordanie.

Ce rapport, « The road to olive farming: challenges to developing the economy of olive oil in the West Bank » (Le chemin vers la culture de l’olive : obstacles au développement d’une économie de l’huile d’olive en Cisjordanie), souligne comment le secteur de l’olive, qui apporte jusqu’à 100 millions de dollars de revenus annuels à certaines communautés parmi les plus pauvres de Palestine, pourrait fortement stimuler l’économie palestinienne si son potentiel était pleinement réalisé.

« Avec peu d’investissements et de simples changements dans les pratiques agricoles, les cultivateurs d’olive palestiniens pourraient doubler leurs revenus et produire continûment des olives de qualité supérieure qui pourraient se positionner sur le marché national et sur les marchés étrangers, » explique Jeremy Hobbs, Directeur exécutif d’Oxfam. « Cependant, de tels investissements n’auront que des effets limités tant qu’Israël, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, continue ses actions qui empêchent les agriculteurs palestiniens d’accéder à leurs terres et à leurs moyens de subsistance - et aux marchés internationaux, » ajoute-t-il.

Ce rapport lance un appel aux autorités israéliennes pour mettre fin aux restrictions d’accès aux terres et aux marchés qui frappent les agriculteurs palestiniens. Les barrières physiques tels que les postes de contrôle et les barrages routiers entravent la libre circulation des individus et des marchandises à l’intérieur de la Cisjordanie et isolent les produits agricoles palestiniens, y compris l’huile d’olive, des marchés national, israélien et international. Étant donnée la présence de nombreuses colonies israéliennes et d’avant-postes - tous illégaux selon le droit international – en Cisjordanie, les colons attaquent ou harcellent régulièrement les cultivateurs d’olive palestiniens, et d’autant plus pendant la saison des récoltes. Le blocus imposé par Israël sur la Bande de Gaza entrave aussi considérablement les exportations d’olives et d’huile d’olive en provenance de Cisjordanie.

Ce rapport s’adresse également à l’Autorité palestinienne et aux bailleurs de fonds et leur demande de soutenir les producteurs d’huile d’olive palestiniens et leur famille en multipliant les investissements dans ce secteur.
L’absence de ressources adaptées et une gestion inefficace, auxquelles viennent s’ajouter des facteurs environnementaux et de mauvaises pratiques de production, ont freiné son développement jusqu’au point mort. Le rapport explique comment, en constituant les producteurs en coopératives et en améliorant les techniques de culture et de pressage des olives, les petits exploitants pourraient produire une huile de qualité supérieure, en quantité constante, qui satisfait les critères des marchés d’exportation en Europe, aux États-Unis et dans les pays arabes, tout en assurant l’approvisionnement permanent du marché intérieur.

Oxfam, grâce à des financements de l’Union européenne, travaille en partenariat avec des organisations locales pour améliorer la quantité et la qualité de l’huile d’olive produite par 30 coopératives de Cisjordanie, afin que leur produit puisse être certifié « commerce équitable » et de biologique. Les prix plus élevés pratiqués sur ces marchés lucratifs rendront l’huile d’olive palestinienne plus compétitive, malgré les coûts de production élevés et les obstacles au commerce qui constituent un désavantage concurrentiel.

« Si l’Autorité palestinienne, Israël, la communauté internationale, les donateurs et les ONG font chacun des efforts pour investir dans l’huile d’olive, ils investiront également dans un avenir plus stable et plus sûr pour le peuple palestinien », conclut Jeremy Hobbs.

 

Notes aux rédactions

  • Environ 10 millions d'oliviers sont plantés en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza sur une surface correspondant à quelque 45 % des terres agricoles. Le potentiel de production atteint jusqu'à 34 000 tonnes d'huile d'olive pour les meilleures années, mais n'est que de 5 000 tonnes les moins bonnes années, tandis que la quantité moyenne produite annuellement, entre 2001 et 2009, était de 17 000 tonnes environ.
  • Lorsque les années sont bonnes, le secteur de l'olive représente entre 15 et 19 % de la production agricole palestinienne, soit l'équivalent de 160 à 191 millions de dollars. Les olives et l'huile d'olive constituent l'une des principales exportations palestiniennes.
  • La culture de l'olive crée des emplois et génère des revenus pour environ 100 000 agriculteurs.
  • Environ 95 % des olives cultivées sont utilisées pour l'huile d'olive, les 5 % restants sont marinés, vendus pour la consommation ou transformés en savon.
  • Le marché local est le premier consommateur d'huile d'olive palestinienne, consommant en moyenne 12 000 tonnes par an.
  • L'huile d'olive palestinienne est actuellement exportée vers les pays du Golfe, l'Europe, les États-Unis et l'Asie de l'Est. En 2008, 2 352,24 tonnes d'huile d'olive ont été exportées du TPO (environ 13 % de la production) en plus de 787,39 tonnes d'olives marinées.
  • Au cours des six premiers mois de 2010, les Nations Unies ont signalé que des centaines de donums de terres agricoles, des milliers d'oliviers ainsi que d'autres plantations avaient été endommagés au cours d'incidents impliquant des colons. L'ONG israélienne Yesh Din, partenaire d'Oxfam, a récemment publié une étude dans laquelle il était rapporté que les autorités israéliennes n'avaient mené aucune action pour que ces incidents soient portés devant les tribunaux.

 

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