L'Otan doit placer la protection des civils au cœur de sa stratégie de transition en Afghanistan

2010 est déjà l’année la plus meurtrière en dix ans pour la population civile et les risques pourraient augmenter, à moins que l’Otan ne prenne des mesures immédiates.

Les forces militaires internationales doivent prendre des mesures urgentes afin d’assurer la protection des civils touchés par l’intensification du conflit au moment où elles prévoient de transférer les responsabilités en matière de sécurité au gouvernement afghan, expliquent ce vendredi 19 novembre les organisations humanitaires.

Cet appel intervient alors que les dirigeants de l’Otan se réunissent lors d’un sommet important qui se déroule à Lisbonne les 19 et 20 novembre 2010 où ils doivent discuter du plan de transition élaboré par le général américain Petraeus, commandant suprême de l’Otan en Afghanistan.

Vingt-neuf organisations humanitaires nationales et internationales, dont Oxfam, Afghanaid et la Commission indépendante Afghane des droits de l’Homme, ont publié une nouvelle note « Nulle part où aller » appelant l’Otan à s’investir davantage dans l’amélioration de la formation et du suivi des forces de sécurité afghanes pendant la période de transition.

"Un risque d'exactions à grande échelle"

« Il y a un grand risque que les forces afghanes commettent des exactions à grande échelle, allant du vol et de l’extorsion jusqu’à la torture et aux assassinats indiscriminés de civils. Les Etats membres de l’Otan qui forment, conseillent, financent et arment ces forces afghanes portent collectivement la responsabilité d'éviter de tels abus, mais, jusqu’à présent, nous n’avons vu que peu d'actions sur le terrain », souligne Ashley Jackson, responsable de plaidoyer d’Oxfam en Afghanistan.

La note dénonce la mauvaise qualité de la formation des soldats et policiers afghans ainsi que la défaillance des systèmes de commandement. Le document indique qu’il n’existe aucun mécanisme efficace permettant l’enregistrement des plaintes et que les morts civiles causées par les forces afghanes ne font pas l’objet d’enquêtes ou de suivis adéquats. La note demande à l’Otan de remédier à cette situation comme un élément clé de sa stratégie de transition. 

« Les récentes révélations  des abus commis par les forces de sécurité afghanes et les milices doivent être considérées comme une sonnette d’alarme. Il est encore temps de mettre en place un contrôle adéquat en Afghanistan afin d’éviter une telle situation. Mais l’Otan doit agir dès maintenant », ajoute Ashley Jackson.

L'Otan doit cesser de soutenir des milices locales

Les organisations soutiennent que l’Otan doit  abandonner les projets dangereux, comme par exemple les prétendues « initiatives communautaires de défense » impliquant l’appui des milices locales dans les combats menés contre les Talibans. 

Les organisations expliquent que les forces internationales doivent immédiatement cesser l’armement de ces milices communautaires. Les recrues sont à peine contrôlées et ne reçoivent que très peu de formation  et souvent ne rendant compte qu’aux commandants locaux. 

2010 est l’année la plus meurtrière pour les civils depuis 2001, avec une augmentation de 31%du nombre de morts au cours des seuls six premiers mois. La sécurité s’est rapidement détériorée dans le pays, même dans le Nord qui, autrefois stable, fait état d’une hausse de 136% du nombre de morts parmi les civils.

Le nombre de victimes civiles risque d'augmenter

Les groupes anti-gouvernementaux sont à l’origine de la majorité des victimes civiles. Toutefois, la note indique que si les forces de l’Otan ont pris des mesures destinées à réduire les effets directs de leurs opérations sur les civils, la stratégie militaire continue de menacer la vie des Afghans. L’un des facteurs clés de la réduction directe des victimes civiles causées par l’Otan est la réduction des frappes aériennes depuis 2009.

Cependant, les organisations expliquent que face à l’importante augmentation des attaques aériennes de ces derniers mois, le risque que le nombre des victimes augmentent est bien réel.

Des civils sont plus que jamais blessés et tués et la sécurité de l’Afghanistan est plus instable qu’au cours de ces neufs dernières années. Les organisations redoutent que si des mesures urgentes ne sont pas prises dès maintenant, la violence ne continue à s’accroître en 2011, entrainant ainsi l’augmentation des souffrances des civils.

En savoir plus

Télécharger la note de synthèse : Nulle part où aller : l'échec de la protection des populations civiles en Afghanistan (pdf, 276KB)

Voir le diaporama : Le coût de la guerre en Afghanistan

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Aller plus loin : L'action humanitaire d'Oxfam en Afghanistan

Notes aux rédactions

  • Les signataires de ce rapport sont ACSF, Acted, Action Aid, ADA, Afgana, Afghanaid, AIHRC, AMI, AWN, AWSDC, Cafod, CHA, Christian Aid, Civic, CoAR, Cordaid, CPAU, Dacaar, HRRAC, Ibn Sina, Icco, Intersos, NRC, Open Society Foundation, Oxfam, Peace Direct, SMO, Tearfund, War Child UK.
  • Le rapport se concentre spécifiquement sur l’impact des stratégies de sécurité sur les civils afghans. En tant qu’organisations humanitaires, les signataires du rapport « Nulle part où aller » ne peuvent commenter l’efficacité des stratégies de sécurité quant à l’atteinte des objectifs militaires poursuivis.
  • L’Otan assure le commandement de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) en Afghanistan, qui opère sous le mandat prévu par les résolutions du Conseil de sécurité 1386 (2001), 1510 (2003), 1868 (2009) et d’autres résolutions.

Contact

Pour des informations supplémentaires et interviews avec l’auteur de la note, Ashley Jackson, merci de contacter :

En Afghanistan :

  • Louise Hancock, Oxfam, +93 (0) 700 294 364, louise.hancock@oxfamnovib.nl
  • Farhana Faruqi-Stocker, Afghanaid, +93 (0) 799 310 498, ffstocker@afghanaid.org.uk
  • Nader Nadary, Afghan Independent Human Rights Commission, + 93 (0) 700 27 67 84, nadery@aihrc.org.af

En France : 

  • Delphine Bedel, Oxfam France, +33 (0)1 77 35 76 00, dbedel@oxfamfrance.org