Six mois plus tard, le désastre causé par les inondations au Pakistan risque d'empirer

La crise pakistanaise est loin d'être terminée et pourrait empirer, annonce aujourd'hui [26 janvier 2011] l'organisation internationale Oxfam, six mois après les terribles inondations qui ont dévasté le pays.

Dans un rapport intitulé Six mois après le début des inondations : redéfinir les priorités au Pakistan par le biais de la reconstruction, l'organisation prévient que des millions de personnes sont encore dans le plus grand besoin et que la situation pourrait se dégrader. Le rapport affirme que même si l'aide humanitaire a réussi à atteindre des millions de personnes, elle s'est trouvée dépassée par l'immensité même des besoins.

Oxfam affirme que bien que les inondations au Pakistan constituent la plus grave situation d'urgence depuis des décennies, avec plus de 18 millions de personnes touchées, le financement de l'intervention d'urgence s'est caractérisé par une lenteur cruelle. L'appel de l'ONU à la mobilisation de 2 milliards de dollars pour la reconstruction du Pakistan n'a toujours pas dépassé 56 % de la somme visée.

Six mois après les pluies, des centaines de milliers de personnes vivent encore dans des camps et des milliers sont encore sous des tentes à côté de leurs maisons détruites. Des températures au-dessous de zéro ont accru la fréquence des affections pulmonaires, notamment de la grippe et de la pneumonie, avec plus de 200 000 cas signalés dans la seconde semaine de janvier seule. Au sud, de larges étendues de terres – tant résidentielles qu'agricoles – restent recouvertes d'eau souillée. Oxfam craint une hausse des taux de sous-alimentation, déjà inquiétants avant les inondations.

Neva Khan, directrice d'Oxfam au Pakistan, déclare : "Six mois plus tard, des millions de personnes sont encore confrontées aux inondations, grelotent dans des abris de fortune et ont du mal à trouver de quoi se nourrir. Oxfam aide actuellement près d'1,9 million de personnes – l'un de nos plus grands programmes à l'échelle mondiale – mais cet effort paraît minuscule face au nombre d'individus dans le besoin. Les associations de solidarité se sont démenées mais l'échelle de la catastrophe est telle que nous n'avons qu'à peine commencé à répondre aux besoins."

Oxfam conseille vivement au gouvernement du Pakistan de prolonger la période d'urgence jusqu'à ce que les besoins de la population aient été satisfaits. Le gouvernement pakistanais prévoit de cesser les opérations de secours d'urgence dans la plupart des régions à compter du 31 janvier 2011 ; Oxfam l'a averti que cela pourrait mettre en danger un grand nombre de personnes qui ont encore besoin d'assistance.

Oxfam prie instamment le gouvernement pakistanais et la communauté internationale de retenir les enseignements de cette catastrophe et de saisir l'opportunité de mieux reconstruire le Pakistan, notamment en fournissant des terres aux paysans sans terre, en améliorant les installations scolaires destinées aux filles et en augmentant les investissements dans la gestion des catastrophes, jusqu'au niveau local. De nombreux paysans sans terre ont peur de rentrer chez eux à cause de leurs dettes envers leurs propriétaires, souvent pour des cultures emportées par les eaux.

Il est encore temps de sortir de cette spirale catastrophique

Neva Khan poursuit : "Le Pakistan pourrait renaître des décombres de cette catastrophe. Si le pays investit dans la réduction des risques de catastrophe, la dévastation causée par celle qui vient de se produire pourrait être reléguée à l'histoire. Avec des mesures audacieuses – comme la redistribution des terres – un pays plus juste et plus fort pourrait émerger. Nous devons saisir cette chance de nous attaquer aux causes des inégalités et de la pauvreté pour reconstruire un Pakistan meilleur et plus résistant".

Oxfam a également prévenu qu'une action était nécessaire pour empêcher par ailleurs une crise alimentaire. L'agriculture a été plus particulièrement touchée par les inondations, détruisant plus de 2,2 millions d'hectares de cultures. La plupart des agriculteurs ont manqué la dernière saison de plantation en novembre, certains parce que leurs terres étaient encore sous l'eau et d'autres parce qu'ils n'ont pas pu se procurer les graines et autres fournitures agricoles à temps. La saison agricole d'avril 2011 sera probablement elle-aussi ratée à moins que des mesures urgentes ne soient prises dès maintenant pour réhabiliter les champs et distribuer graines et outils aux paysans.

Oxfam a également déclaré qu'un État aussi sujet aux catastrophes que le Pakistan aurait dû être mieux préparé pour assurer une réponse adéquate et suffisamment rapide. L'association critique les organisations humanitaires qui ont concentré leurs efforts sur la province de Khyber Pakhtunkhwa au nord, aux dépens de la province du Sindh, au sud. Oxfam était présent dans la province du Sindh dès le départ, mais de nombreuses autres organisations humanitaires n'y ont déployé leur action que deux à trois mois plus tard.

En savoir plus

Lire le rapport : Six mois après le début des inondations : redéfinir les priorités au Pakistan par le biais de la reconstruction (résumé en français)

L'intervention d'Oxfam face aux inondations au Pakistan

Notes aux rédactions

1. Oxfam aide actuellement près d'1,9 million de personnes touchées par la catastrophe. L'intervention d'urgence d'Oxfam se traduit par la fourniture d'eau potable, d'installations sanitaires adéquates (y compris des kits et des fournitures d'hygiène), de kits d'abris d'urgence, de dons en espèces et de soutien aux moyens de subsistance. Oxfam porte assistance aux populations de trois provinces pakistanaises : Khyber Pakhtunkhwa, Penjab et Sindh.

2. Le rapport d'Oxfam "Six months into the floods: Resetting Pakistan’s priorities through reconstruction" sera disponible très prochainement en français sur le site www.oxfam.org/fr, dans la rubrique Rapports

Contact

Pour de plus amples informations, veuillez contacter : 

Au Pakistan : Amil Khan au +92 3085 557 219 ou par courriel à amilkhan@oxfam.org.uk 

Au Royaume-Uni : Ian Bray au 07721 461339 ou par courriel à ibray@oxfam.org.uk