Afghanistan : l’éducation des filles menacée

Des ONG appellent les gouvernements à ne pas abandonner les jeunes Afghanes, alors que des préparatifs sont en cours pour le retrait de troupes.

Dans un nouveau rapport publié jeudi 24 février 2011, seize associations internationales et afghanes, dont Oxfam et Care, soulignent que les progrès réalisés concernant l’éducation des filles sont menacés par le désinvestissement du gouvernement afghan et des pays donateurs. Pour les ONG, l’éducation des filles en Afghanistan est l’une des rares bonnes nouvelles de ces neuf dernières années et un enjeu indispensable pour le développement et la stabilité du pays. 

Fondé sur une étude réalisée auprès de 1 600 jeunes filles, parents et professeurs, dans 17 des 34 provinces afghanes, le rapport "Des enjeux élevés" pointe comme principaux problèmes la pauvreté, l’insécurité grandissante, le manque de qualification des professeurs, le manque d’attention porté à l’enseignement secondaire et le sous-équipement des écoles. 

Actuellement, 2,4 millions de jeunes Afghanes sont inscrites à l’école, alors qu’elles n’étaient que 5 000 en 2001, soit 480 fois plus d’inscrites. Bien que ces chiffres soient en progression, les personnes interrogées évoquent la pauvreté comme le premier obstacle à l’éducation des filles et le facteur principal qui pousse de nombreuses jeunes filles à abandonner l’école. Cette raison est suivie de près par les mariages précoces ou forcés et l’insécurité. 

Celles qui parviennent à rester à l’école reçoivent une formation de mauvaise qualité en raison du manque de qualification des enseignantes, du manque d’écoles pour filles et de leur faible équipement. Seulement 30% des professeurs sont des femmes et la grande majorité travaille dans les zones urbaines et leur périphérie, avec plus d’un tiers basé à Kaboul, la capitale. En revanche, dans la province très dangereuse de Khost, à la frontière du Pakistan, seulement 3% des enseignants sont des femmes. Dans la province voisine de Paktika, ce chiffre chute à 1%.

Plus de 40% des jeunes filles interrogées ont déclaré que leur école ne disposait pas de bâtiment en dur, les cours ayant ainsi lieu en plein air ou dans des structures temporaires. Le rapport révèle également que les jeunes filles issues de zones rurales sont les plus mal loties : moins de 10% des filles de la province de Balkh ont fréquenté une école équipée d’un bâtiment en dur contre trois quarts des filles vivant à Kaboul. Certaines ont également indiqué devoir marcher plus de trois heures pour aller à l’école la plus proche.

Les ONG préviennent que l’intensification du conflit, qui se propage dans des régions auparavant sécurisées comme le centre, le Nord et l’Ouest du pays, empêche de plus en plus les jeunes filles d’aller à l’école. Plus d’un tiers des personnes interrogées considèrent l’insécurité comme un obstacle majeur. Des écoles, particulièrement des écoles de filles, ont été prises pour cible et de nombreux parents préfèrent garder leurs enfants à la maison, craignant pour leur sécurité. 

Le rapport souligne également qu’au lieu de redoubler d’efforts pour promouvoir l’éducation des filles et d’autres moyens de développement sur le long terme, plusieurs des principaux donateurs se concentrent de plus en plus sur la stabilisation et la contre-insurrection. 

Alors que de nombreux pays de l’Otan contributeurs de troupes montrent un intérêt presque exclusif pour le transfert des responsabilités de sécurité au gouvernement afghan et le retrait de leurs troupes d’ici à 2014, les ONG se disent profondément préoccupées par la perspective d’une baisse de l’aide en Afghanistan après le départ des forces internationales.  

"Il est crucial que les pays donateurs maintiennent leur soutien pour le développement, en particulier l’éducation. Investir dans l’éducation est essentiel pour le futur de l’Afghanistan. Une femme éduquée est bien plus à même de défendre ses intérêts, d’élever une famille en bonne santé et de contribuer à l’économie", souligne Abdul Waheed Hamidy de l’ONG afghane "Co-ordination for Humanitarian Assistance", qui a été impliquée dans cette recherche.

Notes aux rédactions

  • L’étude a été menée par Oxfam et Care et conjointement conçue et réalisée par 14 ONG afghanes : ACSF, ADA, APDA, AWN, AWSE, AAWU, CCA, CoAR, CHA, ECW, LCSAWC, SDO, Shuhada et SCA.
  • Au total, 630 parents, 332 enseignants, 687 jeunes femmes et 105 membres des communautés ont été interrogés entre mai et juillet 2010 dans 17 provinces afghanes : Badakhshan, Badghis, Balkh, Bamiyan, Daikundi, Ghazni, Herat, Kabul, Kandahar, Khost, Kunar, Kunduz, Nangarhar, Pansjir, Parwan, Samangan et Takhar.
  • Les filles scolarisées dans l’enseignement secondaire et supérieur sont les plus concernées. Alors que 1,9 million de jeunes Afghanes sont inscrites à l’école primaire, l’effectif chute à  peine plus de 400 000 filles dans le secondaire et tout juste 120 000 élèves au lycée. A l’âge de 18 ans, elles ne sont plus que 18% à être encore scolarisées, contre 42% des garçons.
  • L’Afghanistan souffre d’un des plus hauts taux de mortalité infantile au monde. Pourtant, des études estiment que chaque année supplémentaire passée en moyenne par une fille à l’école équivaut à une baisse allant de 5 à 10 % de la mortalité infantile. Une récente étude de la Banque mondiale sur 100 pays rapporte que l’augmentation de 1% de la proportion de femmes ayant reçues une éducation secondaire permettrait une augmentation de la croissance des revenus par habitant d’en moyenne 0,3%.

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