Une action humanitaire urgente est nécessaire en Côte d’Ivoire et au Libéria

La situation en Côte d’ivoire et au Libéria a sombré dans un terrible désastre humanitaire qui exige d’urgence un soutien financier international, prévient une coalition de 13 organisations d’aide humanitaires.

En dépit des récents développements politiques, l’urgence humanitaire demeure et les besoins des personnes affectées par les combats violents continuent de s’intensifier. Selon les organisations d’aide humanitaire, la crise en Côte d’Ivoire est loin d’être terminée et va demander une attention internationale pour les mois à venir. Des financements sont absolument nécessaires pour fournir une aide vitale et reconstruire des communautés brisées, mais les engagements pris jusqu’à ce jour restent dangereusement inférieurs aux besoins.

Plus d’un million de déplacés

Le conflit en Côte d’Ivoire a déjà provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes dans le pays, et forcé près de 135 000 autres à se réfugier au Libéria1. Ces personnes devenues sans-abri pour fuir la violence ont aujourd’hui désespérément besoin de nourriture, d’eau, d’abris, d’installations sanitaires et de protection. La majorité des personnes déplacées sont des enfants, dont un grand nombre sont exposés aux maladies et à la faim.

"Selon notre équipe sur place, les enfants déplacés et leurs familles vivent dans de terribles conditions à Douékoué. Il n’y a pas de toilettes adéquates et l’on doit faire face à un manque d’eau important, si bien que les gens ne peuvent pas rester propres. Il y a un surpeuplement massif et les gens n’ont nulle part où dormir. Le risque d’épidémie est aigu. C’est une situation catastrophique et les enfants ont besoin d’une aide urgente", explique Guy Cave, directeur de Save the Children en Côte d’Ivoire.

Des pénuries alimentaires au Libéria

Les personnes déplacées et les réfugiés vivent essentiellement avec des proches ou au domicile de familles d’accueil, provoquant des tensions considérables sur les approvisionnements alimentaires locaux. Au Libéria, les organisations humanitaires signalent un quasi-épuisement des réserves de nourriture, des familles réduisant leur alimentation à un seul repas par jour, et une forte augmentation du prix du riz et de la cassava dans les marchés locaux. Dispersés dans des forêts denses et isolées à la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Libéria, un grand nombre de réfugiés restent extrêmement vulnérables et hors de portée de l’aide d’urgence.

Selon Tariq Riebl, Responsable pour l’aide humanitaire d’Oxfam au Libéria : "Beaucoup de réfugiés avec lesquels nous travaillons ont trop peur pour rentrer bientôt chez eux. La crise a aussi sévèrement affecté les revenus des familles. C’est une crise humanitaire qui vraisemblablement va se poursuivre dans les mois à venir. Nous avons besoin d’accroître urgemment notre action pour répondre aux besoins grandissants en Côte d’Ivoire et au Libéria ; mais sans les fonds nécessaires, des dizaines de milliers de personnes seront privées d’aide."

Les appels des Nations unies sont sous-financés

La coalition appelle à une augmentation rapide des financements pour répondre à l’augmentation des besoins humanitaires sur le terrain, à la fois en Côte d’Ivoire et au Libéria, qui se poursuivra dans les mois à venir. Jusqu’ici les fonds ont été insuffisants. L’appel des Nations unies pour un financement humanitaire de 146,5 millions de dollars US pour le Libéria a reçu seulement 29% des fonds requis2, tandis que le nouvel appel de 160 millions de dollars US pour la Côte d’Ivoire n’en a reçu que 18%3. A moins que les financements n’augmentent considérablement, les besoins de dizaines de milliers de personnes ne seront pas pourvus4.

"En plus des déplacements massifs de population, il y a un problème majeur de manque d’approvisionnement. Les centres de santé, par exemple, n’ont ni médicaments ni produits thérapeutiques pour traiter la malnutrition. Le personnel médical est en place, mais ils ne reçoivent plus de salaire et se sentent impuissants sans les équipements médicaux dont ils ont besoin pour traiter leurs patients. Il est essentiel de fournir aux centres de santé l’approvisionnement dont ils ont besoin", affirme Vincent Taillandier, responsable géographique pour Action contre la Faim (ACF), de retour de Côte d’Ivoire.

L’action humanitaire doit être impartiale

La coalition exhorte également les bailleurs de fonds à s’assurer que l’aide est fournie à ceux qui en ont le plus besoin. Des mesures concrètes et coordonnées doivent être prises pour garantir une action humanitaire neutre, impartiale et indépendante, et les engagements financiers à venir pour doivent être affectés en fonction des besoins évalués sur le terrain.

"A la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Libéria, les gens en quête d’un refuge disent qu’ils sont épuisés et ont désespérément besoin d’aide. Les plus vulnérables sont les femmes, les enfants, les personnes âgées et les personnes handicapées, qui nécessitent un soutien spécifique tel que des soins médicaux et psychosociaux. La communauté internationale doit faire en sorte que l’action humanitaire soit impartiale et puisse bénéficier à tous ceux qui en ont besoin, quelle que soit leur localisation ou affiliation politique", rappelle Laurent Davy responsable des programmes d’Handicap International en Côte d’Ivoire et au Libéria.

La coalition appelle les bailleurs de fonds humanitaires à :

  • Accroître d’urgence leurs financements afin de permettre aux organisations d’aide humanitaire de répondre aux besoins des personnes déplacées en Côte d’ Ivoire et des réfugiés au Libéria, ainsi que dans les pays voisins affectés ;
  • Assurer que la répartition des fonds est effectuée de manière transparente et équitable pour veiller à ce que les besoins soient pourvus à travers l’ensemble du pays.

La coalition appelle les Nations unies et le système humanitaire international à :

  • Faire en sorte que les réponses humanitaires et militaires soient clairement distinguées afin de préserver la neutralité, l’impartialité et l’indépendance de l’action humanitaire ;
  • Prendre les mesures adéquates pour assurer un accès humanitaire à toutes les populations affectées, sans discrimination d’ethnicité, de religion ou d’opinion politique.

Notes aux rédactions

Organisations signataires

  • Action contre la faim (ACF)
  • Care France
  • Handicap International
  • International Rescue Committee (IRC)
  • International Refugee Rights Initiative (IRRI)
  • Norwegian Refugee Council (NRC)
  • Oxfam
  • Plan International
  • Première Urgence – Aide Médicale Internationale (PU-AMI)
  • Save the Children
  • Secours catholique – Caritas France
  • Solidarités International
  • Trocaire

Personnes disponibles pour interviews

Des porte-paroles des organisations signataires sont disponibles pour des interviews en français et en anglais. Des contacts avec des porte-paroles sur le terrain en Côte d’Ivoire et au Liberia peuvent être facilités.

Témoignages sur le terrain

  • Colette Gowlai Danzahoun (50 ans), de Bloléquin. Elle a été séparée de son mari et de leurs 2 filles d’âge adulte durant le conflit. Elle est arrivée à Janzon le 2 avril 2011.
    Bloléquin est tombée aux mains des rebelles il y a quelques semaines. "J’étais avec les jeunes enfants donc c’était difficile pour nous. Nous ne sommes pas arrivés directement ici, on a dû avancer lentement. Les combats ont commencé à 3 heures du matin et le bruit des armes nous a fait fuir. Nous avons dû nous arrêter de nombreuses fois... Les enfants étaient faibles et avaient besoin de s’alimenter. J’ai dû porter l’un d’entre eux sur mon dos, et un autre sur mes épaules. Il nous a fallu faire beaucoup de haltes sur le chemin. Mon problème maintenant est de prendre soin de ces jeunes enfants. Ils n’ont ni nourriture, ni vêtements."5
  • Koulah Olivier Kouidé (38 ans), sa femme Aimée Gayé (34 ans) et leurs 6 enfants Urish (3 mois), Enoch (2 ans), Prisca (5 ans), Godeleh (7 ans), Evarice (8 ans) et Fabrice (18 ans), sont arrivés à Bawaydee le 3 avril 2011. Ils partagent une pièce avec 22 autres personnes. Koulah et sa famille ont voyagé à pied depuis le village Oulaï Taïbli.
    "Les rebelles sont entrés dans notre village vers 10h du matin. Quand ils ont attaqué nous avons couru nous cacher dans la brousse. Sur la route j’ai été séparé de ma famille, de mes frères. Nous avons marché 3 jours durant à travers la brousse et, le quatrième jour, nous sommes arrivés au Libéria. Nous n’avions rien sur nous. Nous sommes arrivés les mains vides. […] Malgré toutes les difficultés nous avons rejoint le Libéria, mais les familles qui nous aident n’ont pas les moyens de nous nourrir. Il n’y a pas d’abri, pas de vêtements, pas de nourriture ni d’eau, et nous pleurons encore la mort de deux enfants. Je ne sais plus quoi faire maintenant. Nous demandons à la communauté internationale de nous venir en aide par tous les moyens possibles."6
  • Isaac Bloe Quiah (53 ans) est le chef de la ville de Bawaydee, située au Libéria, près de la frontière et dont la population a plus que doublé au cours des dernières semaines en raison de l’afflux des réfugiés fuyant le conflit en Côte d’Ivoire.
    "Les nouveaux arrivants sont les bienvenus, mais cela génère des tensions au sein de la communauté. Nous avons besoin de davantage de pompes à eau et d’au moins 25 toilettes. Nous avons 3 pompes à eau mais une seule fonctionne. On manque également de nourriture car les réfugiés restent avec les familles et s’alimentent avec elles. Il y a une pénurie de nourriture. Avant, les gens avaient de la cassava, du riz et autre, mais les stocks sont presque terminés."
    "Nous accueillons tellement de réfugiés. J’en accueille 7 à mon domicile. Nous sommes du même sang, les mêmes gens. S’ils ont dû fuir le danger, nous voulons les aider. Nous sommes tous Africains et nous vivons les uns aux côtés des autres."7
  • Alimed est venu se réfugier sur le site de l’église de Guiglo. Il est arrivé avec toute sa famille, après avoir parcouru 120 km à travers brousse depuis Toulépleu, qui a connu de violents combats. Sur le site de l’église, des milliers de réfugiés s’entassent avec les maigres affaires qu’ils ont pu sauver.
    "J’ai tout perdu : ma production agricole, ma maison, mes biens, mes outils, tout... Et ma femme est enceinte. Nous avons juste eu le temps d’emporter avec nous quelques vivres et un peu d’argent. Mais d’ici deux à trois jours, nous aurons tout consommé." Pourtant, Alimed sait qu’il devra vivre ici encore un moment, dans la promiscuité et le dénuement, en dormant dehors, alors que la saison des pluies approche. Mais lui, comme beaucoup de déplacés, ne veulent pas regagner leur foyer : ils ont encore trop peur. "Nous allons sans doute rester au moins un ou deux mois, le temps d’être sûrs que la situation se calme.  Heureusement, votre présence dit que nous ne sommes pas oubliés au milieu de tout cela."8

Notes

^ 1Site d’OCHA.
^ 2Site de l’OCHA Financial Tracking Service.
^ 3Site de l’OCHA Financial Tracking Service.
^ 4 Si les engagements de financement annoncés le 12 avril par la France (400 millions €) et par la Commission européenne (150 millions €) sont bienvenus, la part de ces fonds qui sera dédiée aux appels de l’ONU pour répondre à l’urgence humanitaire n’est pas encore déterminée.
^ 5 Oxfam.
^ 6 Oxfam.
^ 7 Oxfam.
^ 8 Action contre la Faim.

Contact

  • Charles Bambara, Côte d'Ivoire : cbambara@oxfam.org.uk / + 221 77 639 41 78 
  • Anna Ridout, Oxford (Grande-Bretagne) : aridout@oxfam.org.uk / +44 (0)7766 443506