Sud-Soudan : l'année la plus meurtrière depuis la fin de la guerre civile

Face à l’escalade de la violence, le Conseil de sécurité doit s’assurer que les civils sont protégés

Le Sud-Soudan traverse l’année la plus violente depuis la fin de la guerre civile en 2005, alerte l’organisation internationale Oxfam, qui demande au Conseil de sécurité des Nations unies, actuellement en visite dans la région, de s’assurer que les populations civiles sont davantage protégées.

Face à l’escalade de la violence, des milliers de personnes auraient déjà fui la région convoitée d’Abyei, alors qu’au sud du pays, les populations civiles doivent faire face à quantité d’autres menaces, prévient Oxfam. Le Conseil de sécurité doit impérativement s’assurer que le nouveau mandat de la future force de maintien de la paix de l’ONU au Sud-Soudan, dont les termes sont actuellement en discussion, place la protection des civils au premier rang de ses priorités.

Au cours de l’année, plus de 1 400 personnes ont déjà été tuées, soit davantage que sur l’ensemble de l’année 2010, et pas moins de 117 000 ont été contraintes de fuir leurs foyers face à l’escalade de la violence des derniers mois. Par le passé, l’ONU a eu beaucoup de difficultés à remplir son rôle de protection des civils, relève encore Oxfam.

La violence intercommunale, qui se prolonge d’une année sur l’autre et est souvent déclenchée par des tensions et rivalités autour de ressources telles le bétail, la terre ou l’eau, a poussé des dizaines de milliers de personnes hors de chez elles. Dans les Etats de Unity et Jonglei en particulier, les populations civiles ont également été prises entre les feux échangés par les groupes de rebelles du sud et l’armée du Sud-Soudan.

Selon Fran Equiza, directrice régionale d'Oxfam en Afrique de l'Est, Afrique centrale et Corne de l'Afrique, "à moins de six mois de la création du plus jeune pays du monde, la situation est critique d’un point de vue sécuritaire. Protéger les populations civiles de la violence sera l’un des défis les plus importants et les plus cruciaux que le nouvel Etat aura à affronter. Si elle n’a pas toujours été en mesure de remplir sa mission de protection des populations civiles par le passé, la force de maintien de la paix de l’ONU a ici un rôle essentiel à jouer".

Pour Oxfam, la nouvelle mission de maintien de la paix, dont l’arrivée est prévue après l’indépendance, doit déployer davantage de troupes dans les zones réputées particulièrement sensibles et dangereuses. La mission doit également s’assurer que les troupes sont bien formées, capables de mettre un terme aux explosions de violence, tout autant que de réagir rapidement en cas d’incidents. Les casques bleus doivent être en mesure d’effectuer plus de missions de reconnaissance et rencontrer davantage les communautés les plus en danger. Une meilleure surveillance par le personnel civil des violations des droits de l’Homme et des zones de conflits potentiels sont également nécessaires.

Une telle escalade de la violence menace très fortement le développement du Sud-Soudan, qui va bientôt rejoindre le groupe des pays les moins avancés au monde, estime Oxfam. En raison de l’insécurité qui y règne, les organisations humanitaires ont un accès limité aux personnes dans le besoin, tandis que les familles déplacées ont perdu leurs habitations, leurs revenus, et l’accès aux services de première nécessité.

Dans certaines des zones les plus fertiles du Sud-Soudan, les attaques de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) ont eu un impact dévastateur sur la production agricole. En effet, beaucoup d’agriculteurs ont eu peur d’aller protéger leur champ en cas d’attaque. L’an dernier, la LRA a contraint près de 40 000 personnes à fuir leurs lieux d’origines. Au moins 19 attaques ont été attribuées à la LRA dans l’Etat d’Equatoria Occidental depuis janvier dernier.

"Une mission de maintien de la paix de l’ONU ne peut jamais constituer une solution de long terme. Au bout du compte, le gouvernement du Sud Soudan est responsable de la protection de ses civils. Les enjeux sont cependant si grands que l’ONU doit être en mesure de soutenir l’Etat, mais aussi de se charger de la protection des civils là où celui-ci en est incapable", explique Equiza.

En savoir plus

> Blog : Le Sud-Soudan revient de loin, mais le chemin reste long

> Vidéo (en anglais) : Oxfam in Darfur: responding to a deepening crisis

Notes aux rédactions

En 2010, près d’un millier de personnes ont été tuées au Sud-Soudan contre 2500 en 2009. Selon les chiffres d’OCHA, à la mi-mai 2011, 1 405 personnes avaient été tuées et 117 407 avaient été déplacées.

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