Un an après les inondations, le Pakistan n'est toujours pas préparé à ce type de catastrophe

Selon Oxfam, des investissements accrus sont nécessaires pour aider le Pakistan à mieux affronter les crises

Un an après la pire inondation de son histoire, le Pakistan n'est toujours pas préparé aux inondations de la mousson et autres catastrophes naturelles, déplore aujourd'hui [mardi 26 juillet] la confédération internationale Oxfam.

Dans un nouveau rapport intitulé "Le Pakistan est-il préparé ? La résilience du Pakistan aux catastrophes naturelles un an après les inondations", l'organisation internationale affirme que des millions d'individus éprouvent toujours de grandes difficultés à se remettre des inondations survenue en 2010 et qu'ils s'enfonceraient encore plus dans la pauvreté s'ils étaient de nouveau frappés par les inondations. Le coût de la reconstruction suite aux inondations de l'an dernier est estimé à plus de dix milliards de dollars, soit près d'un quart du budget national ; et de nouvelles catastrophes ne feront qu'accabler encore plus l'économie du pays.

N'importe quel Etat aurait été totalement dépassé face une urgence d'une telle ampleur. Malgré cela, grâce à l'intervention d'urgence dirigée par les autorités pakistanaises, des milliers de vies ont pu être sauvées. Oxfam fait cependant part de ses préoccupations quant au rythme du redressement et de la reconstruction, qui laisse des millions de personnes inutilement exposées à une nouvelle catastrophe.

De nombreuses digues et infrastructures toujours pas réparées

Environ 37 000 personnes affectées par les inondations de 2010 vivent toujours dans les seuls camps du Sindh ; à travers le pays, la plupart des individus ayant regagné leur village sont mal logés, certains vivant dans des tentes. Plus de 800 000 familles sont toujours sans logement convenable et bon nombre de systèmes de protection contre les inondations ayant été détruits l'année dernière, tels que les digues le long des cours d'eau, n'ont toujours pas été correctement réparés, rendant plus probable l'apparition de brèches à l'avenir. Il nous a, par exemple, été signalé que les digues de la province du Sindh ont été surélevées de 60 à 90 centimètres seulement au lieu des 180 recommandés.

Selon l'ONU et les autorités pakistanaises, entre deux et cinq millions de personnes risquent d'être touchées par les inondations au cours de la mousson de cette année. Des centaines de villages ont déjà été affectés et des communautés entières déplacées par les nouvelles inondations qui ont sévi ces dernières semaines dans les provinces du Sindh et du Penjab. Le niveau des rivières augmente également dans la province septentrionale du Khyber Pakhtunkhwa.

Les villageois s'inquiètent de leurs prochaines récoltes

Neva Khan, directrice d'Oxfam au Pakistan, explique la situation : "Dans les régions où nous travaillons, les villageois craignent de nouvelles inondations. Nombre d'entre eux sèment moins que d'habitude car ils ont peur que ces inondations viennent détruire leurs récoltes. Dans certaines régions, de nouvelles crues ont déjà eu lieu, les familles ont commencé à démonter leur logement et à le déplacer vers des terres plus hautes, craignant de tout perdre à nouveau."

"Le Pakistan est un pays sujet aux catastrophes ; les inondations y ont sévi 67 fois depuis 1947. Le changement climatique ne fera qu'accentuer la menace de ce type de catastrophe. Mais alors que les inondations et les tremblements de terre sont inévitables, la dévastation à grande échelle ne l'est pas. Pendant des années, des efforts insuffisants ont été faits pour protéger les hommes, femmes et enfants pakistanais ordinaires des catastrophes avant que celles-ci ne frappent."

Oxfam affirme qu'à l'avenir, le Pakistan pourra sauver des vies et ses maigres ressources si le gouvernement, avec l'appui des bailleurs de fonds internationaux, multiplie les investissements dans des mesures qui réduiront l'impact des catastrophes. Celles-ci pourraient revêtir la forme de logements résistants aux inondations et de systèmes d'alerte précoce efficaces, en particulier dans les villages. Oxfam demande également une augmentation des financements destinés aux autorités et organisations qui jouent un rôle de première ligne dans les interventions en cas d'urgence.

Le Pakistan aurait les moyens de se préparer

En novembre, la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement ont recommandé au Pakistan d'investir 27 millions de dollars, complétés par des suppléments annuels, dans l'amélioration de la gestion des catastrophes et la réduction des pertes au cours des prochaines urgences. Le rapport d'Oxfam lance un appel au gouvernement pour mettre cette recommandation en pratique. Le pays en a les moyens : il a consacré une somme plus élevée aux dépenses des membres de l'Assemblée nationale ces deux dernières années (environ 32 millions de dollars). Oxfam demande également au gouvernement d'honorer son engagement de réserver chaque année au minimum 2 % des budgets des districts pour la préparation aux catastrophes.

De surcroît, Oxfam exhorte les bailleurs à investir, dans le cadre de leur programme global d'aide au Pakistan, dans des mesures qui réduiront l'impact des catastrophes. L'organisation internationale met les donateurs au défi d'allouer au moins 10 % de leur assistance humanitaire et de leur aide au relèvement à des projets qui atténuent l'impact des catastrophes : un objectif qui a été mondialement approuvé mais jamais mis en pratique.

Neva Khan conclut : "Le Pakistan doit agir sans plus tarder. Il est essentiel d'investir dès aujourd'hui dans des mesures qui réduisent l'impact des catastrophes afin de sauver des vies et préserver les gains apportés par le développement dans le futur. Cela permettra de garantir que les écoles construites grâce aux fonds de l'aide ne seront pas emportées par les flots et que les agriculteurs pourront profiter des récoltes qu'ils auront fait croître. Un an après les gigantesques inondations au Pakistan, il est temps que nous en tirions les leçons."

En savoir plus

Télécharger le rapport : Le Pakistan est-il préparé ? La résilience du Pakistan aux catastrophes naturelles un an après les inondations 

L'action d'Oxfam face aux inondations au Pakistan

Notes aux rédactions

  1. Les inondations de 2010 ont été les pires jamais enregistrées au Pakistan. Près de 20 millions de personnes ont été touchées par cette catastrophe, qui a causé la mort de 1 985 individus tandis que 2 964 ont été blessés.
  2. Des photos et communiqués vidéos, réalisées auprès de communautés, dans le Penjab, affectées par les récentes inondations survenues à nouveau cette année. Nos vidéos soulignent les différences entre la situation de communautés ayant bénéficié de mesures de prévention des risques de catastrophes naturelles et celles qui n'ont pas pu en bénéficier.
  3. Les mesures de Prévention des risques de catastrophes naturelles (DRR) comprennent notamment l'élaboration de plans d'urgence ; le développement de systèmes d'alertes précoces ; l'organisation d'exercices d'évacuation ; le déplacement des habitations et espaces destinés à l'élevage et aux stocks agricoles dans zones plus élevées ; la construction de digues ; et la diffusion de campagne d'information destinées à sensibiliser les communautés afin qu'elles soient mieux préparées aux catastrophes éventuelles. Oxfam met en oeuvre des programmes de DRR au Penjab Sud ainsi que dans certaines régions du Sindh, du Cachemire et du Balochistan.

Contact

Au Pakistan:

  • Caroline Gluck : +92 345 557 6456 / +44 7867 976041 / cgluck@oxfam.org.uk
  • Bisma Akbar : +92 345 696 9902