Pour améliorer le commerce inter-africain, les dirigeants africains doivent manifester une forte volonté politique

Addis-Abeba - Avec l’ouverture prochaine du 18e sommet de l’Union africaine à Addis Abbeba, les organisations de la société civile africaine restent inquiètent du fait que le thème central du sommet « Stimuler le commerce inter-africain » risque de ne pas bénéficier de toute l’attention requise pour apporter des solutions à cette question urgente.

Pour ces organisations le commerce inter-africain représente seulement 11% du commerce total en Afrique, ce qui est très faible. Comparativement, le commerce inter-asiatique représente 52% et en Europe 82%. Le manque d’investissement dans le commerce inter-africain pourrait porter préjudice au développement du continent selon ces organisations de la société civile.

« L’élection de nouveaux commissaires et du président ainsi que du vice-président de la Commission ne doit pas éclipser les véritables défis auxquels le continent est confronté, défis qui pourraient être relevés en améliorant et en stimulant le commerce inter-africain », a affirmé Michael Orwa de la Coalition sur l’état de l’Union, une institution panafricaine majeure qui interpelle régulièrement l’Union africaine pour plus d’efficacité.

Pour Désiré Assogbavi de l’organisation internationale Oxfam, « Beaucoup de choses sont en jeu. Nous voulons que ce sommet prenne non seulement des décisions au niveau continental pour conduire et accélérer le développement du commerce inter-africain tant indispensable pour le continent, mais les dirigeants doivent aussi agir concrètement au niveau national et régional ».

Selon ces organisations il y a donc de la marge pour l’amélioration du commerce sur le continent et ce sommet est le lieu où lancer ce processus. Alors que d’autres régions du monde rencontrent des difficultés financières et économiques, la croissance économique du continent reste très forte, avec des taux de croissance allant de 6 à 11% dans de nombreux pays.

Les organisations régionales comme la Cedeao, la Comesa, la SADC, et l’EAC, doivent être en première ligne pour ce combat et stimuler le commerce inter-africain. Des actions visibles et audacieuses doivent être engagées à tous les niveaux pour atteindre à la fois les grandes compagnies mais aussi les milieux des petites et moyennes entreprises.

Pour Tawanda Augustin, secrétaire général de l’Association zimbabwéenne du commerce transfrontalier, une importante organisation en Afrique australe, “ces petites et moyennes entreprises représentent 30 à 40% du commerce sur le continent, et les gouvernements doivent faciliter et réduire la paperasserie pour améliorer le régime du commerce partout en Afrique ». Puis M. Tawanda de préciser : « Notre objectif est d’avoir un régime commercial simplifié, ce qui nous soulagerait professionnellement des tracasseries, et stimulerait non seulement le commerce, mais aussi le développement de nos pays, et également l’amélioration de la vie des populations dans les villes et les villages”.

La crise alimentaire dans la corne de l’Afrique et aussi bien celle qui se pointe à l’horizon au Sahel, sont des opportunités pour les Etats membres de délibérer sur le rôle des marchés régionaux et du commerce régional pour prendre des décisions et des mesures concrètes pour résoudre les problèmes de l’insécurité alimentaire chronique du continent.

Pour Mme Dinah Musindarwezo de Femnet, Réseau des Femmes Africaines pour le Développement et la Communication : « Nous ne devons pas oublier les contributions des femmes dans le commerce inter-africain. Les femmes d’affaires ont un impact énorme dans les milieux urbains et ruraux de l’Afrique et sont déjà positionnées sur le créneau du commerce transfrontalier. Négliger ou ignorer leur impact serait une grave erreur ».

Les dirigeants africains réunis à Addis Abbeba devront aussi se pencher sur les mouvements de population transfrontaliers qui sont promus par des organisations comme la Cedeao et qui facilitent les flux commerciaux. L’inefficacité et le coût élevé du commerce transfrontalier peuvent être expliqués par le manque d’infrastructures appropriées, ainsi que par la corruption à travers tout le continent.

Enfin, M. Assogbavi, d’Oxfam, a déclaré que « les organisations de la société civile africaine attendent donc des chefs d’Etat que cette volonté politique forte, nécessaire, se traduise en actions concrètes. Et cela doit reposer sur l’esprit panafricaniste qui a présidé à la création de l’Union Africaine elle-même ».

En savoir plus

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Notes aux rédactions

Cedeao - Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’ouest. Une institution économique créée en 1975 et qui comprend:: Benin, Burkina-Faso, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Côte-d’Ivoire, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, et Togo

Comesa – Marché commun de l’Afrique australe et Orientale – Créé depuis 1994 – Neuf états membres ont crée une zone de libre échange depuis 2000 Djibouti, Egypte, Kenya, Madagascar, Malawi, Maurice, Soudan, Zambie et Zimbabwe.

SADC – Communauté de Développement de l’Afrique Australe - 15 états membres. Créée en 1992.

EAC – Communauté de l’Afrique de l’Est - Créée depuis juillet 2000 – les états membres sont cinq pays de l’Afrique de l’Est : Burundi, Kenya, Rwanda, Tanzanie, et Ouganda.

  • Les chiffres du commerce inter-africain sont de la CEA ainsi que les chiffres du commerce en Europe et en Asie.
  • Les chiffres sur les petites et moyennes entreprises sont de la SADC.

Contact

Charles Bambara : à Addis Abeba +251 (0) 912 963 910 / + 221 77 639 4178  
Alun McDonald  : au Kenya +254 73 666 6663