Au Niger, plus de 6 millions de personnes font face au manque de nourriture

Les acteurs humanitaires appellent à un financement rapide et conséquent

Niamey, 12 Mars 2012 - Les acteurs humanitaires sont préoccupés de l’épuisement précoce des stocks de nourriture de nombreuses familles nigériennes et s’inquiètent des risques d’aggravation de la crise alimentaire et nutritionnelle si les réponses en cours ne sont pas rapidement renforcées.

Selon le Système d’Alerte Précoce (SAP) national, plus de 6 millions de Nigériens ont besoin d’une assistance immédiate.

« La situation des populations, en particulier des femmes et des enfants, se détériore rapidement. Nous appelons à une réponse rapide, accrue et cohérente destinée à prévenir des situations irréversibles et à mettre en œuvre des solutions durables », a dit Fodé Ndiaye, le Coordonnateur résident du Système des Nations unies/Coordonnateur humanitaire a.i. 

« Face au manque de nourriture, les familles sont contraintes d’adapter leurs comportements alimentaires et économiques, notamment en réduisant le nombre de repas journaliers, en vendant des biens de production, voire en migrant vers les zones urbaines ou les pays voisins », a ajouté Fodé Ndiaye.

La combinaison d’un ensemble de facteurs, dont les déficits agricole et fourrager de la saison dernière, la flambée des prix des denrées alimentaires de base, la baisse de la valeur du bétail et les niveaux élevés d’endettement des ménages suite aux crises précédentes, a considérablement affaibli les revenus et l’accès à la nourriture de nombreuses familles à travers le pays. Pour ces personnes, la période de soudure a déjà commencé: elles n’ont plus de réserves alimentaires jusqu’à la prochaine récolte prévue en octobre. 

« Je suis désespérée. La récolte n’a rien donné cette année. Trouver à manger pour mes enfants et moi, même pour un repas par jour, c’est aussi difficile que de faire rouler un rocher dans le sable», dit Hassana Souley, 36 ans, veuve et mère de 4 enfants à Ouallam, l’un des départements les plus affectés situé à 120 km au nord de Niamey. « Je parcours des dizaines de kilomètres par jour pour ramasser du bois et le vendre et je fais aussi de petits travaux domestiques chez certaines familles, en échange de quoi je reçois une quantité de nourriture dérisoire.»

Dans certaines contrées de la région de Tillabéry, par exemple, près de 40% des ménages ont migré de manière précoce à la recherche de nourriture ou de moyens de subsistance, en particulier en direction des zones urbaines. A travers le pays, plus de 33 000 enfants ont déjà été retirés de l’école à cause de la migration de leurs parents à la recherche d’horizons meilleurs. Plus d’un demi-million d’enfants risquent l’abandon scolaire du fait de la crise alimentaire et nutritionnelle.

Dans les hôpitaux et les centres de santé des zones les plus touchées, le nombre des consultations est passé du simple au double. Près de 394.000 enfants pourraient être atteints de malnutrition sévère.

En outre, l’afflux récent de 30 000 personnes fuyant le conflit armé au Mali ajoute une pression supplémentaire sur certaines des communautés déjà en proie à une situation alimentaire critique. Ces communautés avaient déjà subi l’arrivée massive et inattendue de migrants qui fuyaient également les violences en Côte d’Ivoire et en Libye.

Sous l’impulsion du gouvernement, depuis les premiers signaux d’alerte émis en septembre 2011, les acteurs humanitaires se sont mobilisés pour prévenir l’impact de ces chocs sur les populations et renforcer leurs capacités d’adaptation. Cette réponse est efficace et a déjà permis d’assister plus d’un million de personnes vulnérables.

La prévention coûte moins cher que le traitement. L’expérience de la crise de 2005 a démontré qu’un dollar investi dans la réduction des risques pouvait suffire à empêcher un enfant de tomber dans la malnutrition, alors que le coût effectif du traitement est de 80 dollars. 

Un ambitieux plan de réponse élaboré par le gouvernement comprend des ventes de céréales à prix modérés et des activités de soutien et de réhabilitation des moyens de subsistance du type argent/vivres contre travail. Le plan prévoit également : une assistance alimentaire ciblée ; des distributions de semences et d’aliments pour bétail ; des activités d’appui aux banques céréalières et aux ménages pastoraux ; la prévention et la prise en charge de la malnutrition et des complications médicales y associées ainsi que la promotion de l’accès à l’eau et à l’assainissement.

Pour toutes ces raisons, ce plan doit pouvoir être pleinement mis en œuvre dès maintenant. 

A ce jour, l’Appel global des acteurs humanitaires d’un montant initial de 229 millions de dollars US n’est financé qu’à hauteur de 30%. De même, le plan de soutien aux populations vulnérables du gouvernement nigérien ne l’est qu’à 40%. Des ressources additionnelles sont nécessaires immédiatement pour renforcer les actions déjà entreprises et la résilience des populations aux chocs récurrents, tout en s’attaquant aux causes profondes et structurelles de la vulnérabilité.

Communiqué conjoint des acteurs humanitaires au Niger

En savoir plus

L'intervention d'Oxfam face à la crise alimentaire au Sahel

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