Dans le plus grand camp de réfugiés au monde, les fonds d’urgence seront bientôt épuisés

La vie de dizaines de milliers de personnes est menacée alors que les fonds destinés à des services vitaux devraient se tarir d’ici deux à trois mois

Un an après que les images de Somaliens fuyant en masse la famine et les conflits pour rejoindre le camp de Dadaab ont captivé l’attention du monde entier, le plus grand camp de réfugiés de la planète est aujourd’hui confronté à un grave manque de financement, selon sept organisations humanitaires. Au moins 200 000 personnes seront affectées si 25 millions de dollars ne sont pas réunis dans les plus brefs délais. Les organisations appellent la communauté internationale à repenser son approche afin de trouver des solutions à long terme pour le camp et préviennent que l’insécurité dans la région pourrait s’aggraver si l’aide venait à manquer.

La population de Dadaab a augmenté d’un tiers l’année dernière pour atteindre plus de 465 000 personnes, si bien que les besoins du camp sont plus importants que jamais. Toutefois, le monde a détourné son attention du camp, et les financements n’ont pas suivi le rythme de la croissance de la population. Les conséquences de ce manque de fonds, mises en lumière dans un nouveau document d’information, se font déjà sentir parmi les réfugiés de Dadaab et devraient s’accentuer au cours des prochains mois :

  • 130 000 réfugiés se retrouveront bientôt sans abri adapté et devront vivre dans des tentes temporaires que les difficiles conditions climatiques détruiront rapidement. Actuellement, le camp a besoin de 30 000 nouveaux abris mais les fonds disponibles ne permettent d’en construire que 4 000.
  • À partir de septembre 2012, la fourniture de nouveaux services d’eau et d’assainissement destinés à 50 000 réfugiés sera menacée. Sans cette unique source d’eau potable et de nouvelles latrines, la menace du choléra risque de fortement augmenter. 
  • Les services de santé sont saturés et sous-équipés. Dans le camp de Hagadera à Dadaab, deux unités sanitaires répondent aux besoins de 78 000 personnes, soit quatre fois plus que la norme minimale d’urgence qui prévoit 1 unité pour 10 000 personnes. À partir d’octobre 2012, il n’y aura plus d’agent de santé communautaire dans le camp de Hagadera, en raison manque de fonds. 
  • Actuellement, 164 000 enfants ne sont pas scolarisés, soit 70 % des enfants de Dadaab. Le manque de services éducatifs et de possibilités d’emploi augmente le risque de recrutement des jeunes personnes marginalisées par les milices et les groupes criminels. L’éducation est un moyen vital de donner aux réfugiés les outils pour contribuer à la reconstruction, à la paix et à la stabilité de leur pays d’origine et, plus généralement, de la région. Les enfants scolarisés sont plus de 100 élèves par classe tandis que seul un enseignant sur cinq ont suivi une formation adéquate. 
  • 20 % des familles de Dadaab sont exposées à des menaces, au harcèlement et à la discrimination. Les femmes et les enfants risquent d’être victimes de violence sexuelle lorsqu’ils vont chercher du bois de chauffe ou marchent sur de longues distances pour utiliser des latrines mal éclairées. Les signalements de violences sexuelles ont augmenté de 36 % entre février et mai 2012. Pourtant, les financements destinés aux programmes de protection ont décliné tandis que le personnel formé pour dispenser des soins psycho-sociaux se trouve en nombre insuffisant. Les réfugiés mal logés sont particulièrement vulnérables.

« À cause du déficit de financement, les personnes ayant fui des souffrances atroces ne reçoivent pas les soins dont elles ont besoin. En plus du coût humain, ce manque de fonds a aussi des implications pour la sécurité dans la région. Si les enfants ne vont pas à l’école et si les abris et les autres services proposés aux réfugiés ne sont pas adaptés, il pourrait en résulter une intensification du recrutement militaire, de la violence et de l’instabilité », nous explique Stephen Vaughan, directeur de CARE au Kenya.

Le camp de Dadaab existe depuis vingt ans ; l’année dernière, les camps déjà particulièrement surpeuplés ont dû accueillir 160 000 nouveaux arrivants originaires de Somalie.

« Les camps de réfugiés ne sont qu’une solution temporaire et la situation devient de plus en plus intenable. Nous avons besoin de financements immédiats pour sauver la vie des gens mais nous ne pouvons pas continuer à injecter éternellement de l’argent dans un camp qui ne cesse de s’agrandir. Il est urgent d’adopter une nouvelle approche. Cependant, dans l’immédiat, le monde a le devoir de ne pas tourner le dos à Dadaab et aux besoins des personnes réfugiées ici », ajoute Nigel Tricks, directeur d’Oxfam au Kenya.

Les organisations appellent à une solution durable et pacifique pour la Somalie afin que les refugiés puissent rentrer chez eux. Elles demandent également l’élaboration d’une vision à long terme qui s’appuie sur la création d’emplois et d’infrastructures pour que les réfugiés ne dépendent plus de l’aide à court terme. Alors que l’insécurité des camps entrave l’accès des organisations humanitaires, de plus grands investissements sont nécessaires pour renforcer les compétences et les capacités des communautés de réfugiés et des organisations locales afin qu’elles fournissent elles-mêmes des services.

« Depuis un an, les travailleurs humanitaires de Dadaab travaillent au maximum de leurs capacités dans des conditions extrêmement difficiles. Nous nous sommes engagés à fournir des soins de santé de bonne qualité mais, comme nous manquons de financements, il est probable que certains services essentiels finiront par être amputés, ce qui rendra les réfugiés plus vulnérables », conclut Kellie Leeson, directrice régionale adjointe de l’International Rescue Committee (IRC).

En savoir plus

Blog : A Dadaab, les réfugiés somaliens à la recherche d’un abri (mai 2011)

Vidéo : "Water is life" (« L'eau, c'est la vie »)

Photos : Camp de réfugiés de Dadaab, Kenya (Flickr)

Notes aux rédactions

Les organisations signataires de cette déclaration sont les suivantes :

  • CARE
  • Catholic Relief Services (CRS)
  • Conseil danois pour les réfugiés (DRC)
  • Fédération luthérienne mondiale (FLM)
  • International Rescue Committee (IRC)
  • Oxfam
  • Terre des Hommes (TdH)

La somme de 25 millions de dollars correspond au déficit cumulé constaté par les sept organisations signataires. Elle ne couvre pas les autres activités à Dadaab. Le coût des opérations à Dadaab continue d’évoluer et toute nouvelle détérioration de la sécurité ou tout nouvel afflux de réfugiés pourrait encore le faire augmenter. 

Pour de plus amples informations, veuillez consulter la note d’information (en anglais) : "The Human Costs of the Funding Shortfalls for the Dadaab Refugee Camps" (« Le coût humain du manque de financement dans les camps de réfugiés de Dadaab »).

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