Situation catastrophique dans l'est de la RDC alors que les milices prennent le contrôle

Le nombre de meurtres, enlèvements, viols et déplacements augmente dramatiquement dans la région des Kivus

Selon Oxfam, des millions de personnes dans l'est de la République démocratique du Congo sont actuellement à la merci de milices alors que le conflit qui sévit de longue date sombre dans le chaos généralisé. Le nombre de meurtres, kidnappings et crimes contre la population a atteint des niveaux alarmants.

Des organisations locales avec lesquelles Oxfam travaille signalent une forte augmentation du recrutement d'enfants soldats, des meurtres, des pillages et des viols dans les deux provinces orientales du Nord et Sud Kivu, du fait d'un vide sécuritaire et de la prolifération de groupes armés.

« Des massacres passent quasiment inaperçus »

Selon Oxfam, les groupes rebelles ont pris le contrôle de vastes étendues dans l'est de la RDC. L'absence d'autorité d'Etat et de sécurité qui en résultent ont eu de graves conséquences. Presque un demi-million de personnes ont fui leurs foyers durant les quatre derniers mois, et ce qui était une crise humanitaire est devenu une « catastrophe ».

Les dirigeants de la région se réunissent à Kampala, en Ouganda, les 7 et 8 août afin de trouver une solution au conflit à l'occasion de la conférence internationale pour la région des Grands Lacs. Selon Oxfam, la protection des civils et la résolution du conflit prenant en compte ses dimensions régionales doivent figurer en tête de l'ordre du jour de cette conférence.

« Le conflit en République démocratique du Congo a atteint un nouveau sommet depuis que les massacres passent quasiment inaperçus, déclare Elodie Martel, directrice adjointe d'Oxfam pour la RDC. De vastes régions dans l'est du pays ont sombré dans le chaos, le gouvernement et les forces de sécurité étant absents. Des personnes ont été abandonnées aux meurtres, viols, pillages et extorsions. Elles fuient pour avoir la vie sauve et ne reçoivent que très peu d'aide. »

La menace du choléra

Une mutinerie au sein de l'armée gouvernementale en avril a déclenché une nouvelle rébellion, le M23, dans l'est du pays. En réaction, le gouvernement a mené une offensive aux alentours de la ville de Rutshuru dans le Nord-Kivu. Le fait que le gouvernement concentre ses efforts contre le M23 a mené à ce que les forces de sécurité gouvernementales se retirent d'autres positions fragiles dans l'est du pays. Des groupes de miliciens ont saisi cette opportunité pour mener des combats afin de contrôler des villes et villages dans ces zones délaissées.

Des centaines de personnes ont été tuées, des habitations ont été brulées et des enlèvements ont eu lieu lors d'attaques contre des villages du Sud-Kivu selon des rapports locaux et de l'ONU. Un village aux alentours de Lubero, dans le Nord-Kivu, est sous contrôle d'un groupe rebelle depuis mai sans que la police, l'armée ou le gouvernement n'y soient présents. Le travail forcé est répandu, avec des amendes de 10 dollars pour les personnes qui ne coopèrent pas. Selon des organisations locales avec lesquelles travaille Oxfam, les individus qui dénoncent les crimes des groupes rebelles risquent d'être enlevés.

Selon Oxfam, le conflit a de très importantes conséquences sur le plan humanitaire. Le choléra représente un risque réel dans les camps aux alentours de Goma et dans de nombreuses zones à l'est, tandis que l'insécurité rend la livraison de l'aide très difficile dans les zones reculées et où le conflit fait rage. Depuis juin, plus de 20 000 cas de choléra et 481 morts ont été signalés dans le pays.

Paysans et commerçants ont peur 

Les mouvements de population sont chaotiques. Des milliers de personnes fuient chaque jour, regagnent parfois leurs foyers, se cachent dans les forêts, et dressent des abris de fortune dans les camps. La nature imprévisible du conflit signifie que des zones changent souvent de mains entre les rebelles et les troupes gouvernementales, accusés de piller les habitations et les récoltes tandis qu'ils se déplacent d'une offensive à l'autre.

La saison des récoltes est arrivée mais la population est trop effrayée pour se rendre sur ses champs ou a été déplacée et ne peut donc pas moissonner ses cultures, selon des organisations locales partenaires d'Oxfam. Une armée entière de groupes rebelles pille les champs ou impose des taxes illégales aux paysans s'ils essaient de transporter leur récolte jusqu'au marché. A Rutshuru, les habitants doivent payer 300 dollars pour utiliser un camion leur permettant de traverser des points de passage le long de la route principale et 50 dollars pour une plus petite camionnette. Les paysans et marchands sont soumis à des taxes illégales massives, tandis que les échoppes de Rutshuru restent fermées par peur de subir des pillages.

« Le manque d'action face aux massacres et aux crimes contre la population congolaise est épouvantable, ajoute Elodie Martel. Les Nations unies, le gouvernement congolais, les gouvernements de la région, la communauté internationale – chacun doit œuvrer pour mettre fin au désastre que vit la République démocratique du Congo une fois pour toute. Nous ne devrions plus appeler cette situation une guerre oubliée. La réalité de la torture, du pouvoir dont disposent les rebelles et de la terreur absolue dans laquelle vit la population devrait être gravée dans l'esprit de tous les décideurs politiques et inscrite en tête de leur agenda politique. »

En savoir plus

Blog : R.D. Congo : instaurer la sécurité là où règne la peur

Photos : L'action d'Oxfam dans l'est de la République démocratique du Congo

Conflit en République démocratique du Congo

Notes aux rédactions

  1. Plus de 400 000 personnes ont été déplacées entre la fin du mois de mai et la fin du mois de juillet 2012, et 54 000 personnes ont fui en Ouganda et au Rwanda depuis avril, ce qui a porté le nombre total de déplacés à plus de deux millions – le nombre de déplacés internes en RDC le plus élevé depuis fin 2009.
  2. Oxfam travaille dans le camp de Kibati, à 7 km au nord de Goma. L'ONG achemine de l'eau et exerce des activités de promotion de la santé publique pour environ 30 000 personnes qui ont fui les combats au Nord-Kivu. Nous travaillons dans la zone de Mweso, touchée par le conflit, où nous fournissons de l'eau et du soutien à la protection pour 47 000 personnes et pilotons un programme de sécurité alimentaire destiné à 18 000 personnes. Dans le territoire de Bena, nos programmes d'urgence en matière d'eau, d'installations sanitaires et sécurité alimentaire atteignent plus de 160 000 personnes. A Lubero, nos programmes d'assainissement de l'eau et de protection assistent environ 66 000 personnes. A Rutshuru nous prévoyons de fournir à 40 000 personnes de l'eau et de l'aide pour l'assainissement, mais ces opérations ont été temporairement suspendues du fait de l'insécurité.
  3. Les chiffres de meurtres signalés sont difficiles à vérifier, mais la Monusco a signalé que 98 civils ont été tués dans 11 villages entre les 9 et 25 mai dans le Nord-Kivu. En juin, des personnes ont été tuées et des huttes brûlées lors d'incidents dans des zones reculées du Sud-Kivu, mais le nombre de victimes est inconnu. Dans les territoires de Shabunda et Kalehe, dans le Sud-Kivu, et dans les territoires voisins de Masisi et Walikale, il a été signalé que plus de 100 civils ont été tués durant les derniers mois du fait des tensions ethniques croissantes entre communautés. En juillet, des rapports faisaient état du fait que des personnes ont été tués dans la ville de Kiwanja pour avoir refusé de transporter de l'eau pour les rebelles, suite à des affrontements.

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