Il est urgent de trouver de nouveaux sites pour les réfugiés du Soudan du Sud alors que le conflit au Nil Bleu entre dans sa seconde année

Les réfugiés ont survécu à une “année de calvaire” et sont désormais exposés aux risques de maladies

Les camps qui abritent plus de 100 000 réfugiés soudanais dans la région de Maban au Soudan du Sud constituent de véritables bombes à retardement, sur le point de se transformer en foyers d’épidémies majeures, déclare aujourd’hui l’organisation internationale Oxfam.

Au moins 16 réfugiés sont déjà décédés suite à l’apparition du virus de l’hépatite E ces dernières semaines, transmis par l’eau. Le personnel humanitaire sur le terrain craint que le nombre de victimes ne monte en flèche dans les mois à venir. Oxfam demande à ce que de nouveaux sites, à même d’accueillir des milliers de réfugiés, soient identifiés d’urgence afin de soulager les camps saturés de Maban.

Après un an de conflit dans l’Etat soudanais du Nil Bleu, 109 000 personnes ont traversé la frontière pour se réfugier dans quatre camps situés dans la région de Maban. Ces camps sont tous menacés d’inondations récurrentes à cause des fortes pluies, de pénuries chroniques en eau potable et de maladies. Les pluies qui sont récemment tombées dans la région posent d’importants problèmes sanitaires. Ces camps sont déjà surpeuplés, et il est fort probable que 60 000 personnes supplémentaires viennent y chercher refuge dans les mois à venir, lorsque la saison sèche permettra à nouveau aux gens de se déplacer.

Des négociations cruciales dans les prochains jours

Alors que des négociations cruciales entre le Soudan et le Soudan du Sud doivent s’achever dans les prochains jours, il est impératif que la communauté internationale intensifie ses efforts afin de trouver une solution pacifique au conflit du Nil Bleu, ainsi qu’au conflit parallèle qui se déroule dans l’Etat du Kordofan du Sud, selon Oxfam. Pour l’ONG, des fonds doivent être débloqués immédiatement afin de prévenir une catastrophe majeure dans la région de Mabam.

L’ONG appelle le gouvernement du Soudan du Sud et la communauté internationale à faire de l’identification de nouveaux sites d’accueil en dehors de Maban une priorité. Si différents sites situés à proximité du Nil ont été proposés plus tôt dans l’année, les discussions sont actuellement au point mort.

« Ces réfugiés ont lutté pour survivre à cette année de calvaire. Les camps de Maban seuls ne constituent pas une réponse à la crise : il n’y a tout simplement pas assez d’eau dans les nappes souterraines pour répondre aux besoins de tant de personnes, et maintenant les fortes pluies obligent les gens à patauger dans la boue pour accéder aux services de base. Jusqu’à présent, les organisations humanitaires sont parvenues à empêcher une crise majeure pendant la saison des pluies. Mais elles ne peuvent pas continuer à acheminer de l’eau par camion et à parachuter des colis de nourriture année après année. Si les réfugiés restent là où ils se trouvent actuellement, cela nécessitera un financement soutenu qui atteindra des centaines de millions de dollars », déclare Pauline Ballaman, responsable de la mission de réponse d’urgence d’Oxfam à Maban.

Le manque d’eau potable et les déplacements fréquents des personnes tentant d’échapper aux inondations empêchent les réfugiés de cultiver la terre. Les réfugiés restent donc dépendants de l’aide alimentaire et ont besoin d’un site qui puisse les accueillir sur le long terme. Malgré ces difficultés, les ingénieurs d’Oxfam ont réussi au cours de l’année passée à doubler l’approvisionnement en eau du camp de Jamam. Mais toute perturbation qui affecterait l’unique source d’eau du site réduirait l’approvisionnement des réfugiés à deux litres par jour, une quantité bien inférieure aux standards d’urgence.

Une des interventions humanitaires les plus coûteuses au monde

La région de Maban est l’une des plus isolées et des moins développées du Soudan du Sud. Pendant la saison des pluies, l’aide ne peut être acheminée que par voie aérienne ou fluviale. Ces contraintes, ajoutées au coût très élevé du carburant et à la rareté du matériel nécessaire causés par la crise économique sud-soudanaise liée au conflit qui sévit dans le pays, font de la réponse humanitaire à Maban l’une des plus coûteuses au monde. L’aide d’Oxfam pour les six mois à venir nécessite à elle seule au moins 5 millions de dollars.

« Les camps de Maban font partie des terrains d’intervention les plus difficiles rencontrés par Oxfam. Il est probable que les réfugiés ne se sentent pas suffisamment en sécurité pour retourner chez eux avant plusieurs années. Il faut donner la possibilité aux gens de s’installer dans des camps plus appropriés en dehors de Maban », ajoute Pauline Ballaman.

Oxfam veut alerter sur les risques liés aux contraintes de l’environnement des camps de Maban : ces contraintes pourraient exacerber les tensions entre les populations locales appauvries et les réfugiés, en générant une compétition pour l’accès aux ressources limitées en eau et aux ressources arboricoles, alors que des milliers d’arbres ont été abattus pour construire des abris dans les camps.

Les restrictions imposées à l’accès humanitaire dans le Nil Bleu ne permettent pas d’avoir des chiffres fiables, mais l’ONU estime que 145 000 personnes y sont déplacées ou sévèrement touchées par le conflit, et ce dans des conditions probablement pires que dans la région de Maban. Oxfam demande une cessation immédiate des hostilités et en appelle à la communauté internationale pour qu’elle fasse pression sur les deux pays afin que des négociations de paix soient entamées. L’ONG demande également qu’une aide d’urgence pour la région soit débloquée, y compris dans les zones contrôlées par le SPLM-Nord.

En savoir plus

L'action d'Oxfam face à la crise au Soudan et au Soudan du Sud

Photos : La vie quotidienne dans le camp de Jamam, Soudan du Sud

Notes aux rédactions

  • En plus de l’arrivée de plus de 100 000 réfugiés, près de 13 000 « rapatriés », venant d’autres régions du Soudan, sont arrivés dans la région de Maban depuis 2010.
  • Dans les camps de Maban, Jamam et Gendrassa, ce sont près de 28 500 réfugiés qui bénéficient de la fourniture en eau potable, de service d’assainissement et de campagnes de santé publiques assurées par Oxfam. L’ONG mène également un programme de plus long terme visant à fournir de l’eau aux populations locales et aux communautés d’accueil.
  • Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations unies ont fixé au 22 septembre la date limite de négociation entre le Soudan et le Soudan du Sud. A cette date, les deux pays doivent avoir trouvé un accord sur plusieurs questions importantes qui ont émergé après le référendum. La Résolution 2046 du Conseil de sécurité demande un accès humanitaire sans restriction aux Etats soudanais du Nil Bleu et du Kordofan du Sud.

Contact

Pour de plus amples informations, merci de bien vouloir contacter :

  • Soudan du Sud : Georgette Thomas / gthomas@oxfam.org.uk 
  • Kenya (Nairobi) : Alun McDonald / amcdonald@oxfam.org.uk +254 73666 663 
  • France (Paris) : Mathilde Magnier / +33 1 77 365 76 00 / mmagnier@oxfamfrance.org
  • Etats-Unis : Skye Wheeler / swheeeler@oxfamamerica.org / +1 617 78400039 
  • Royaume-Uni : Zahra Akkerhuys / zakkerhuys@oxfam.org.uk +44 7525901932