Lutte contre le paludisme : Oxfam réclame l’arrêt d’un projet plus dangereux que bénéfique

Le Fonds pour des médicaments antipaludéens à des prix abordables fait écran aux mesures vraiment efficaces

Selon Oxfam, un projet présenté comme la solution miracle contre le paludisme pourrait en fait mettre en danger des vies humaines, car les médicaments sont distribués par des commerçants non qualifiés au lieu de professionnels de la santé.

Dans son nouveau rapport Des antipaludéens à l’épicerie publié aujourd’hui, l’organisation internationale met en doute l’efficacité du Fonds pour des médicaments antipaludéens à des prix abordables (AMFm) en l’absence d’éléments tangibles susceptibles d’établir qu’il sauve les vies des plus vulnérables ou retarde la résistance aux médicaments. Malgré l’appui du Fonds mondial, Oxfam estime que l’AMFm, actuellement mis en œuvre dans sept pays pilotes, a pour effet de détourner les investissements de solutions plus efficaces.

« Il est dangereux de remettre la vie d’enfants malades entre les mains de commerçants n’ayant aucune formation médicale et de poursuivre un projet n’aidant pas les personnes qui en ont le plus besoin, avertit le Dr Mohga Kamal Yanni, porte-parole d’Oxfam. Un épicier qui vend des antipaludéens n’est pas en mesure de diagnostiquer une pneumonie chez un enfant ni de prescrire le traitement adapté. »

Un risque accru d’erreurs de diagnostic 

La mise en place de l’AMFm visait à subventionner la production des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA) – le traitement le plus efficace actuellement contre le paludisme – et à en favoriser la commercialisation dans le secteur privé, afin de lutter contre le paludisme. Mais le recours à des vendeurs non qualifiés et non contrôlés accroît considérablement le risque d’erreur de diagnostic puisque, compte tenu de la régression du paludisme, les fièvres peuvent fort bien avoir d’autres causes. Des études montrent en effet que 60 % des fièvres ne sont pas liées au paludisme.

Une récente évaluation estimait que l’AMFm « a changé la donne » en accroissant la disponibilité et la part de marché des CTA tout en en réduisant le prix de vente, mais ne fournissait aucune indication quant au nombre de cas de paludisme confirmés qui ont été traités. Cette évaluation n’a pas mesuré concrètement si les populations les plus vulnérables, comme les enfants vivant dans des régions pauvres et reculées, avaient accès aux médicaments. Elle n’a pas non plus tenu compte des données de pays tels que l’Éthiopie, où les décès dus au paludisme ont diminué de moitié au cours des trois dernières années grâce à des investissements dans le personnel de santé de proximité.

Les vraies solutions occultées

L’AMFm a en outre entraîné un excès de commandes de CTA, moins par nécessité médicale que par intérêt commercial. À Zanzibar, par exemple, le secteur privé a commandé 150 000 boîtes dans un pays où moins de 2 500 cas de paludisme ont été signalés en un an.

Oxfam appelle le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme à mettre fin à l’AMFm lors de la réunion de son conseil d’administration, le 10 novembre prochain.

Selon le Dr Mohga Kamal Yanni, « il n’existe pas de solution facile, rapide et bon marché dans la lutte contre le paludisme. L’AMFm nous détourne dangereusement des vraies solutions, telles que l’investissement dans des personnels de santé de proximité qui ont permis de sensiblement réduire le nombre de décès dus au paludisme en Zambie et en Éthiopie. Le conseil d’administration du Fonds mondial doit prendre la décision qui s’impose à la lumière des faits et mettre fin à l’AMFm sans délai. »

En savoir plus

Télécharger le rapport : Des antipaludéens à l'épicerie : Comment l’AMFm met en danger la santé publique

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Notes aux rédactions

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Sarah Dransfield, chargée de relations médias chez Oxfam, par téléphone au 01865 472269 et au 07767 085636 ou à l’adresse suivante : sdransfield@oxfam.org.uk